‹ Histoire de Saint Charles Borromée, Cardinal, Archevêque de MilanChapitre 43 sur 169 · Chapitre tringt^quatuème · texte numérisé non relu

Chapitre tringt^quatuème

semblables occasions, il se réserve de manifester davantage sa bonté et sa miséricorde (I). »

Le commandeur Requesens comprit son devoir, il ne voulut pas quitter Milan, sous le coup des anathèmes du saint archevêque, il vint le trouver et lui demander pardon. Le cardinal, par une lettre, en date du 26 octobre, annonça à son diocèse que le gouverneur de Milan était absous de toutes les peines et censures qu'il avait portées contre lui.

Malgré tout, la vertu du saint laissa dans l'âme de Requesens une grande impression. Deux ans plus tard le chagrin du mauvais succès de ses armes et une grave maladie conduisirent aux portes du tombeau l'ancien gouverneur de Milan; il se souvint de sa conduite envers le cardinal Borromée, et il lui écrivit pour implorer de nouveau son pardon et se recommander à ses prières. »

Le grand chancelier avait été également excommunié, mais ne voulant pas se soumettre, il avait trouvé plaisant de se moquer des censures de l'Eglise. Le châtiment ne tarda pas à se faire sentir, il tomba tout à coup dans une mélancolie, une tristesse si sombres que rien ne pouvait plus le distraire. Les médecins épuisèrent leur art pour dissiper ces humeurs noires : leurs remèdes, comme leur science, furent incapables de le soulager. Il traîna pendant six ans une vie pleine d'angoisses. La maladie, l'ayant jeté sur un lit de douleur, son premier cri fut pour appeler à son chevet l'archevêque de Milan. Saint Charles raconta à monseigneur Speciano cette consolante réconciliation : « Je

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voudrais que vous puissiez voir ici la fausseté du bruit répandu là bas contre moi : on dit que je suis odieux aux administrateurs royaux de cette ville. Aujourd'hui, le grand chancelier, dont la vie laisse peu d'espérance, a voulu que je le réconforte par la réception du corps de Jésus-Christ. Ensuite, sur mon conseil, il a signé son testament, et il s'est ouvert avec moi confidentiellement au sujet de l'administration de quelquesunes de ses affaires particulières (x). »

Ces faits démontrent la puissance de la vertu du cardinal, ils sont la meilleure justification de sa conduite dans la défense énergique des droits de Dieu et de son Église.

Le zèle de l'Église pour l'instruction du peuple. — Sollicitude de saint Charles à cet égard. — Castellino di Castello fondateur de la Doctrine chrétienne. — Saint Charles protège et développe cette œuvre. — Les ouvriers des écoles chrétiennes. — Règlement de cette congrégation. — Moyens d'attirer l'enfance à la doctrine chrétienne. — Organisation dans tout le diocèse de la doctrine chrétienne. — Suppression de cette compagnie. — La compagnie des Vierges de Sainte-Ursule. — Le bien que ces œuvres font dans le diocèse de Milan. — Si les maîtres d'écoles laïques doivent rester neutres vis-à-vis de la Religion.

] 'EGLISE n'est point l'ennemie des lumières ;

dans le cours de sa longue existence, elle a donné tous les gages imaginables de son amour de la vérité. Je suis la lumière du monde, avait dit son divin fondateur, et il avait chargé ses Apôtres de répandre, dans l'univers entier, les rayons de cette lumière divine et indéfectible. Après la glorieuse ascension de leur maître, ceux-ci s'en vont annoncer à tous les peuples, ensevelis dans les ténèbres de la mort, la bonne nouvelle, c'est-à-dire la science de Dieu et de l'homme. Les successeurs des Apôtres ont continué cette noble mission de l'enseignement : à mesure que l'Église se constitue, nous voyons s'élever à côté du temple où Dieu s'immole et se donne à l'homme, l'école où l'enfance apprend non seulement les vérités nécessaires au salut, mais encore cette science.

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que nous pourrions appeler mondaine. C'est l'Église, par ses papes, ses évêques et ses écoles qui a sauvé les chefs-d'œuvre de la littérature et de l'art antiques. Les fameuses ténèbres du moyen âge n'existent pour elle que dans les livres où notre Religion est attaquée, calomniée et haie. Nous pouvons affirmer, sans crainte d'un démenti sérieux et fondé, qu'on ne trouverait pas un pape, pas un évêque peut-être, dans le monde catholique, dont la sollicitude n'ait été éveillée par le désir d'instruire l'enfance et la jeunesse. Quoi qu'en disent nos ennemis, l'Eglise a toujours jugé avec raison que les intérêts les plus sacrés de son existence, de son développement, que sa vitalité, en un mot, dépend de la diffusion des lumières dans les âmes. Elle n'a jamais redouté la science ; l'expérience est là pour attester que la science est toujours venue à l'appui de ses croyances, qu'elle a confirmé sur tous les points le récit de ses livres sacrés. Aussi l'hérésie n'a pas d'autres moyens de s'établir que l'ignorance, elle enseigne le mensonge, elle fuit la lumière. Saint Charles était si convaincu de cette vérité que l'une de ses premières préoccupations d'évêque fut l'instruction de la jeunesse (T). Il était encore à Rome et déjà il approuvait et encourageait une œuvre existant depuis quelques années à Milan, en attendant qu'il lui donnât un plus grand développement ; nous voulons parler de la Doctrine chrétienne.

Le fondateur de la Doctrine chrétienne fut un prêtre du

1. Nous ne chercherons même pas à réfuter les assertions contraires ; les faits parlent avec tant de force, qu'il faudrait plus que la simple affirmation d'un auteur contemporain, pour prouver que saint Charles fut l'ennemi de l'instruction du peuple.

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