‹ Histoire de Saint Charles Borromée, Cardinal, Archevêque de MilanChapitre 48 sur 169 · Chapitre tringt^cmqtuème · texte numérisé non relu

Chapitre tringt^cmqtuème

les enfants, en leur faisant de petits présents ou en leur offrant quelques friandises.

Les Jésuites, d'abord chargés de l'enseignement dans les écoles, accompagnaient les Pêcheurs séculiers dans leurs excursions à travers la ville. Les mémoires du temps nous racontent que les nobles, les gentilshommes se disputaient à l'envi l'honneur de remplir cette dernière fonction et ils s'estimaient plus heureux d'avoir cette baguette à la main que la croix de Malte sur la poitrine.

Saint Charles avait établi le centre de cette confrérie à San-Dalmazio ; mais plus tard, elle fut transportée à l'église du Saint-Sépulcre, quand les Oblats y furent établis et que le saint leur eut confié le soin de toutes les écoles de la Doctrine chrétienne. Cette compagnie étendait ses rameaux dans tout le diocèse ; mais pour maintenir à l'œuvre son unité d'esprit et d'action, saint Charles décida que toutes les écoles du diocèse dépendraient de la congrégation générale de la ville. Tous les prieurs diocésains, chefs des congrégations particulières, étaient soumis à ceux de Milan; tous devaient obéir aux supérieurs généraux de la compagnie et aux visiteurs ou délégués qu'ils leur enverraient avec une patente de l'évêque ou du prieur général. « Non seulement, disait le saint, ils apprendront d'eux leur méthode d'enseigner et les règles pour bien diriger l'école, mais encore ils seront édifiés par l'exemple des fatigues qu'ils supportent si volontiers pour le bien et le salut du prochain: ce qui est vraiment servir Dieu dans cette compagnie. . . Cette subordination, ajoutait-il, renferme l'obligation d'observer toutes les règles, modes et rits qui se pratiquent dans toute la compagnie,

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et aussi celle d'embrasser promptement les ordres et les décisions qui leur seront communiqués par les supérieurs. »

Saint Charles tenait dans sa main ce noyau de personnes dévouées, il les suivait de près, les encourageait, les soutenait, les défendait. Il se rendait souvent au sein des écoles, il se plaisait à interroger les enfants du peuple, à les combler de ses caresses et de ses bienfaits. Excités par de si nobles exemples, les confrères de la doctrine chrétienne opérèrent dans Milan de véritables merveilles ; ils amenèrent la majeure partie des jeunes garçons à fréquenter l'église : les jeux et les réjouissances publiques, dont leur âge est si avide, étaient laissés de côté dès qu'on entendait sonner 1 heure de la Doctrine. Ces écoles eurent tant de succès que Milan en compta bientôt jusqu'à deux mille quatre cents (r).

Non seulement cette congrégation avait ses règlements intérieurs et spirituels ; mais elle possédait des terres et des revenus, ce qui lui permettait de faire beaucoup de bien. L'œuvre de saint Charles persévéra jusqu'en l'année 1787. A cette époque, les corps moraux perdirent leur personnalité, leurs biens, selon l'expression polie du jour, furent incamérés et cette congrégation fut amenée, par la force des choses, à une dissolution complète. Aujourd'hui la ville de Milan a encore ses écoles de la Doctrine chrétienne ; mais excepté dans les campagnes de la Lombardie où elles ont toujours leur caractère particulier, elles ont perdu leur

1. On peut consulter avec fruit sur ce sujet, l'œuvre remarquable de J.B. Castiglione: Storia délie sciwle délia dottrina cristiana di Milano. etc. 2e partie manuscrite. — BlB. Ame.: Ms. B. S. VIII, S.

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Cïmpttrc tungt^inquièmc.

cachet primitif et elles ne diffèrent guère des catéchismes tels que nous les pratiquons dans l'Église de France.

Le saint songea également à l'instruction des jeunes filles. En 1537, Angèle de Mérici avait fondé à Brescia la compagnie dite des vierges de Sainte-Ursule, dans le but d'instruire les jeunes filles, principalement de la doctrine chrétienne. Plus tard, Jeanne Anguillara, femme d'Annibal Vistarino, prieure de l'une des écoles de Milan, reçut dans sa demeure de nombreuses jeunes filles. Leur pauvreté les obligeant à travailler pour gagner leur vie, elles n'avaient pas toute la liberté désirable pour vaquer sérieusement au soin de leur âme. Cette pieuse femme cultiva et développa avec soin leur piété naissante et elle les plaça sous la direction d'un père de Saint- Barnabe. Ces jeunes filles correspondirent parfaitement aux intentions de leur bienfaitrice, et saint Charles, comprenant l'utilité qu'il pourrait tirer de leur concours, les constitua en confrérie sous le même nom de Sainte-Ursule. Il leur donna une règle pleine de sagesse, et il sut si bien les encourager, les multiplier, qu'il eut bientôt quelquesunes de ces pieuses filles dans tout son diocèse. Elles vivaient dans le monde, étaient modestement vêtues et observaient la virginité sans en faire le vœu. Elles avaient un prieur général et un gouverneur qui s'occupaient de l'administration temporelle de leurs biens, devaient travailler à leur procurer des aumônes et des dons et pourvoir aux besoins des sœurs pauvres, orphelines ou malades. Plusieurs prélats, témoins du bien que faisaient ces personnes.établirent dans leurs diocèses des confréries semblables. La France elle-même envia cette

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belle institution à Milan. Lorsque le cardinal de Sourdis, archevêque de Bordeaux vint, à son retour de Rome, visiter le tombeau de saint Charles, près duquel il demeura sept heures en prières, Dieu lui inspira la pensée de fonder dans son diocèse une confrérie de vierges, semblable à celle fondée par le saint archevêque de Milan, afin que les jeunes filles de Bordeaux fussent mieux élevées. A peine de retour, il mit cette pensée à exécution, et il fut assez heureux pour établir trois communautés de ce genre dans son diocèse Elles s'y maintinrent comme simple confrérie, de l'année 1606 à 161 8, époque à laquelle cette institution fut érigée en ordre religieux (').

On peut aisément imaginer le bien qui se fit dans le diocèse de Milan par le moyen de ces pieuses confréries. Dans les visites pastorales qu'il faisait dans son diocèse, l'archevêque s'intéressait tout spécialement à leur situation et à leurs progrès, il recommandait souvent à ses curés de s'en occuper avec amour: il ordonna à ses vicaires forains d'avoir toujours les yeux ouverts sur les écoles et de lui signaler les curés négligents à remplir ce devoir. Quand il se rendait lui-même dans les villes et les bourgades, il visitait les confréries, assistait aux réunions des enfants, communiquait à chacun quelque chose de l'ardeur qui le dévorait lui-même et il prodiguait à tous ses encouragements. Ce n'était pas sans besoin ; le succès qu'obtenaient chaque jour ces hommes de bien avait excité la haine et la colère des impies; plus d'une fois ils furent insultés, frappés, surtout lorsqu'ils se présentaient dans les réunions

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