Chapitre toingt^mème
de la Jérusalem délivrée. Saint Charles ne s'occupa que de son âme et du jubilé. On raconte que sa sœur Anne, épouse de Fabrice Colonna, fils aîné de Marc-Antoine, Octave Farnèse, duc de Parme et de Plaisance et plusieurs autres grands personnages vinrent à sa rencontre : mais le saint, les saluant à peine, leur fit comprendre par son silence que leur courtoisie était inopportune et qu'il voulait être tout entier aux choses de Dieu.
Son page a raconté dans le procès de sa canonisation ce qu'il fit à Rome pendant ces jours de jubilé. « Il visita non seulement les quatre églises désignées pour gagner l'indulgence, mais encore les sept grandes basiliques stationales. Quelquefois, dit-il, je l'ai vu aller à ces visites les pieds nus ; il montait à genoux la scaïa santa, il répandait de grandes aumônes, il jeûnait chaque jour et quand il passait dans les rues le peuple courait sur ses pas, s'agenouillait devant lui, cherchait à baiser ses mains, ses habits, son rochet et beaucoup le suivaient en l'appelant saint. Quand il allait dans les églises avec sa famille cardinalice, deux à deux, ils récitaient des psaumes, les litanies, et ils faisaient cela avec tant de dévotion qu'ils excitaient la piété de tous les témoins (r). »
Quand il prenait quelques moments de repos, il le consacrait à la visite des églises les plus anciennes dont il étudiait l'iconographie. Les ambons, les baptistères, tout ce qui rappelait les anciens et primitifs usages de la liturgie sacrée étaient l'objet de ses études particulières. Il prenait avec lui Octave de Forieri et il recueillait des notes qui lui servirent pour composer la remarquable instruction, qu'il adressa plus tard à son clergé, sur la construction des églises.
i. Bip.. Amb. : Ms. G. 30 p. 446.
le 3lut)ilé &c 1575. 119
A cette époque, il connut le fils de prédilection de saint Philippe Néri, le célèbre Baronius, qui devait un jour honorer la pourpre romaine et s'immortaliser par ses Annales ecclésiastiques. Ils s'éprirent l'un pour l'autre d'une mutuelle admiration : le religieux vénérait le saint et le cardinal aurait voulu le religieux dans son diocèse. Il le demanda à saint Philippe Néri et nous trouvons, sur ce sujet, dans les Bollandistes, une lettre assez piquante du fondateur de l'Oratoire au cardinal Borromée. Il faut croire que ce dernier fit tant d'instances, pour emmener Baronius, que Philippe ne crut pouvoir mieux s'y soustraire qu'en évitant de faire une visite d'adieu à son saint ami. « Il m'a été très pénible, écrit l'Oratorien au cardinal, de ne pouvoir aller vous voir, au moment de votre départ. Combien je vous aime ! Dieu seul en est témoin :je ne pouvais supporter la pensée de vous refuser celui de nos religieux que vous me demandez et je ne pouvais cependant vous le donner, sans un grand dommage pour notre congrégation. Plût à Dieu qu'il me fût possible de ne songer qu'à moi seul !... Quant à ce que vous dites de ma sensualités cet égard, je sais certainement, et je puis le dire sans vous offenser, que beaucoup vous accusent non seulement de la même sensualité, mais encore de vol. Les évêques de Rimini, de Verceil et plusieurs autres l'affirment. Lorsque vous rencontrez un homme capable, vous ne vous préoccupez pas, comme on dit vulgairement, de dépouiller un autel pour en couvrir un autre. Amiais Socrates, amicus Plato, inagis arnica ventas. Pardonnez-moi, je vous prie, ma liberté ('). »