Chapitre binçumitmz
Saint Charles avait non seulement rêvé d'emmener Baronius, mais il avait longtemps désiré avoir à Milan les prêtres de son saint ami, il leur avait même offert le célèbre couvent de Bréra où, après le refus de saint Philippe, il appela les pères de la Compagnie de Jésus.
Baronius, entraîné par sa vénération pour le cardinal Borromée, avait trouvé moyen, pendant ce séjour à Rome, de lui dérober adroitement les sandales dont il se servait dans ses visites aux églises. Ce pieux larcin fut l'occasion d'une manifestation éclatante de la sainteté du cardinal Borromée. Depuis longtemps, une jeune fille de Rome était cruellement tourmentée par le démon qui s'était emparé d'elle. Baronius, avec la simplicité de la foi et de l'amour, lui fit toucher les sandales de l'archevêque et le démon furieux exhala, dans d'horribles blasphèmes, la douleur que lui causait la seule vue de ces précieuses reliques : il abandonna aussitôt le corps de cette jeune fille.
Saint Charles quitta le couvent des Chartreux pour aller habiter le petit palais, qu'il avait bâti auprès de son église de Sainte- Praxède. Il le transforma en une véritable hôtellerie, où il fut heureux de recevoir et de nourrir à ses frais une multitude de pèlerins milanais. Ils étaient si nombreux que le pape Grégoire XIII s'en étonnait et dans une audience qu'il accorda au comte Louis Gallarati, patricien de Milan, il lui posa cette question :
« Comment se fait-il qu'il soit venu aujourd'hui à Rome plus de pèlerins de Milan que de partout ailleurs ?
— Très Saint Père, nos concitoyens ont été excités et émus par l'exemple de leur pasteur. »
Et le pontife, levant les mains au ciel, avec un accent
le Jutrilé De 1575.
d'admiration et de joie, s'écria : « Où trouver quelqu'un qui aspire à une telle sainteté ! »
Le pape aimait à consulter le cardinal Borromée. Saint Charles donnait son avis avec toute la liberté et le respect que lui suggéraient son amour pour le bien et sa vénération pour le vicaire de Jésus-Christ. Parmi les mesures qu'il conseilla nous signalerons celle des visites apostoliques. Il s'agissait d'envoyer, dans tous les diocèses, des délégués du saint siège pour examiner tout par eux-mêmes et en rendre compte au pape. Nous le verrons bientôt exercer lui-même cette mission. Il engagea le pape à garder toujours auprès de lui un certain nombre de cardinaux, qui formeraient son conseil habituel, auraient la charge de trancher les questions litigieuses et la mission de chercher les remèdes le mieux appropriés aux besoins de l'Eglise et du clergé. Il insista par-dessus tout, pour que le pape prît tous les moyens de réformer sa Cour, son clergé et le peuple romain. « Il ne faut pas, disait-il, que les pèlerins qui accourent ici, de toutes les parties du monde, reçoivent de fâcheuses impressions là où ils ne doivent trouver que de bons et saints exemples. »
Grégoire fut heureux des résultats de la venue de saint Charles à Rome; il chercha à lui témoigner sa satisfaction par tous les moyens en son pouvoir; il le combla d'attentions affectueuses et il lui prodigua les plus insignes faveurs, au bénéfice de ses diocésains. Il lui accorda pour l'année suivante le privilège de l'indulgence du jubilé pour son diocèse. Cette faveur n'était point encore généralisée, comme aujourd'hui, pour l'Église universelle.
Saint Charles emporta aussi de Rome des souvenirs