‹ Histoire de Saint Charles Borromée, Cardinal, Archevêque de MilanChapitre 6 sur 169 · Lettre du 8 octobre · texte numérisé non relu

Lettre du 8 octobre

lies Chanoines De la §>cala.

Loin de se laisser abattre, l'archevêque n'en poursuivait qu'avec plus de vigueur les moyens de faire triompher la cause de Dieu. Au milieu de ces luttes, sous le poids de ces haines suscitées par l'enfer, il écrit au roi d'Espagne une admirable lettre en faveur des droits de son Eglise. Nous tenons à la traduire entièrement, on y chercherait vainement une plainte, une allusion même dissimulée à la conduite des hommes du gouvernement vis-à-vis de sa personne : une seule chose l'occupe, les conséquences douloureuses, pour le salut des âmes, qui résultent de l'édit du gouverneur. Cette lettre porte la date du 25 octobre 1569, veille du jour où un attentat d'un autre genre allait de nouveau faire éclater la sainteté du cardinal et la protection dont le ciel l'entourait.

« Sacrée Majesté Catholique et Royale,

« Plus j'acquiers la preuve de la piété avec laquelle Votre Majesté s'efforce chaque jour de procurer le service de Dieu, la conservation et l'accroissement de la religion, non seulement dans vos propres États, mais dans tous ceux de la chrétienté, n'épargnant pour cela ni préoccupations, ni fatigues, ni dangers, ni dépenses, plus je demeure intérieurement troublé du peu de correspondance que vos ministres apportent, ici, à vos pieux sentiments. En effet, à différentes époques, ils ont suscité de nombreux et graves empêchements à la direction spirituelle que nous cherchons à donner aux âmes. Aujourd'hui, ils sont allés plus loin, ils ont déclaré une persécution ouverte à mon Eglise et à mon autorité pastorale. Ainsi, après tous les faits dont j'ai, en leur temps, avisé le nonce de Sa Sainteté afin qu'il les communiquât à Votre Majesté, le désordre

Cbapitre vingtième.

de la Scala encore tout récent est à lui seul un fait de nature à convaincre entièrement Votre Majesté, de la passion qui inspire leurs actions (I). Ils ont publié un édit dangereux, ils Font accompagné de mesures sinistres et de moyens d'exécution effrayants. Ils ont, de cette façon, jeté une si grande terreur dans l'esprit du peuple que presque personne, pour quoi que ce soit, n'ose paraître devant mon tribunal. L'exercice de la justice archiépiscopale se trouve ainsi arrêté et la plus grande partie de mon devoir pastoral est entravée.

« Si Votre Majesté n'y remédie promptement, sa conscience sera responsable de tous les préjudices, de tous les dommages qui seront la conséquence de cet édit, à la grande offense de Dieu et au détriment de beaucoup d'âmes. Il est facile devoir, dès maintenant, ces conséquences : les blasphémateurs, les sacrilèges, les incestueux, les adultères, les concubinaires, les simoniaques, ceux qui ne se confessent pas, tous les coupables, en un mot, peuvent maintenant se soustraire au jugement ecclésiastique et esquiver tout- châtiment. Un très grand nombre de séculiers, n'ayant point la crainte de Dieu, méprisent et maltraitent les prêtres ; beaucoup d'églises sont dépouillées de leurs revenus, de leurs primes et de leurs décimes ; les âmes

i. Le cardinal avait envoyé au nonce d'Espagne, à la date du 15 septembre, une relation de ce fait afin qu'il la communiquât au roi « et je ne doute point, ajoutait-il, qu'après l'avoir lue Sa Majesté ne prenne toutes les mesures qu'on doit attendre de sa grande bonté et de sa piété ». Archives secrètes du St-Siège : Nonciature d'Espagne, tom. 3. — L'archevêque avait eu d'abord la pensée d'envoyer, en son nom, quelqu'un au roi d'Espagne ; mais il s'était décidé à ne faire aucune démarche particulière. Toutefois il prévient le nonce qu'un certain Pierre Bocchi se rend à Madrid, qu'il a été témoin du scandale de la Scala et, s'il le juge à propos, il pourra l'interroger et recevoir de lui des témoignages précieux et très précis. — Ici.

Hes Chanoines! De la ^cala. 15

des défunts sont ainsi privées des pieux suffrages, des sacrifices et autres divins offices, des aumônes. Les recteurs et autres desservants des églises seront contraints de les abandonner, en sorte que les fidèles seront exposés à mourir sans les sacrements; d'autres dommages spirituels seront la conséquence de leur départ. Pour le présent, le manque du culte dû à Dieu et la ruine des âmes, confiées à mes soins, sont déjà manifestes, mais cette situation est d'autant plus grave qu'elle est la voie par laquelle l'hérésie a coutume de s'introduire dans les villes et dans les provinces.

« Pour tous ces motifs, je n'ai pu m'abstenir de donner ces renseignements à Votre Majesté. Je connais votre esprit si religieux et si catholique ; ces mesures, j'en suis certain, seront maudites comme elles doivent l'être, vous manifesterez votre désapprobation, comme le réclament les besoins présents. Vous agirez ainsi non seulement pour éviter les susdits préjudices, mais aussi pour favoriser la conservation et l'accroissement de la religion chrétienne dans vos états, en faisant disparaître ces oppressions dont elle est indirectement la victime de la part de vos ministres. Ils mettent en avant leur zèle pour la conservation des prééminences et de la juridiction royales ; mais je ne suis pas moins zélé qu'eux pour ces prérogatives ; je voudrais que Votre Majesté le crût à l'avenir et qu'elle n'écoutât plus ceux qui sont intéressés, par leurs passions, à la persuader du contraire. En finissant, je lui baise très humblement les mains et je prie Notre Seigneur Dieu de lui donner toute sorte d'exaltation (x). »

Nous dirons comment Philippe 1 1 accueillit cette

1. Archives secrètes du St-Siège: Nonciature d'Espagne, tom. 3.

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