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et son cœur le pressaient également de se dévouer pour ses brebis : « Depuis longtemps, répond-il, j'ai pris la résolution de ne jamais rien omettre de tout ce qui peut être utile au salut du peuple. Je désire surtout que vous ne perdiez pas courage, que vous ne vous laissiez pas impressionner par l'exemple de ceux qui, nés et élevés dans cette ville, se sont hâtés de l'abandonner par la fuite, dans un moment où la nécessité d'un secours se fait vivement sentir (J). »
Ranimés par ces paroles, les magistrats de la cité prirent les premières mesures que réclamait la situation, ils firent quelques édits et fermèrent les portes de la ville à tous les étrangers. Ces moyens étaient nécessaires ; ils ne pouvaient suffire. L'archevêque convaincu qu'ils n'aboutiraient à rien, s'ils n'étaient accompagnés d'une prière fervente et continue, ordonna des prières publiques. A sa voix, le sénat et les autres magistrats entourent les autels, avec le peuple en larmes.
Charles prend la parole et, avec cette franchise apostolique dont il ne se départait jamais, il reproche aux autorités civiles d'avoir eu recours si tard aux moyens les plus efficaces, plus puissants que tous les remèdes
i. Le 31 août, le marquis d'Ayamont avait défendu sous les peines les plus sévères à tous les gentilshommes de quitter la ville sans sa permission. « Mais il ne sut pas lui-même, dit Damien Muoni, donner un exemple salutaire en affrontant le danger. Tant que dura le fléau, il se tint loin de la ville dans un lieu qui lui offrait plus de sécurité. Le grand chancelier Lopez de Monténégro fit comme lui. » V. Collezione (Pautografi di famiglie sovrane... con cennibiografici, etc., Governatori etc., dello stato diMilano.— Milano 1859. — Tous les historiens s'accordent à constater cette fuite d'Ayamont et à la blâmer. V. CUSAXI : Storia di Milano, I, p. 287;Gaspar Bugati : livre déjà cité, p. 24 et suivantes. — Tous les nobles et les riches en fuyant avaient allégué l'exemple du gouverneur. Ces départs avaient indigné les vrais Milanais et la ville fit un décret par lequel elle proclamait les déserteurs indignes de porter le titre de citoyens milanais : Clntorio a publié ce décret, ouvrage déjà cité, p. 102.
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humains, pour écarter le fléau. Ils ont placé leur confiance ailleurs que dans la protection divine. N'avaientils pas défendu toutes les réunions pieuses, toutes les processions pendant le temps de jubilé ? Pour lui, il en est convaincu, là se trouvent les causes du châtiment. Cette prohibition avait éloigné des sacrements une grande multitude depersonnes, elles n'avaient puse réconcilier avec Dieu, gagner l'indulgence du jubilé et il ne doute pas que cette négligence n'ait attiré la colère de Dieu, qui aurait été certainement apaisée par le retour de tous ces hommes à une vie meilleure et plus chrétienne.
Il faut maintenant par une vie plus fervente et par la pénitence apaiser la justice divine. Et, comme s'il était lui-même le plus coupable, il commença par donner à son peuple l'exemple des vertus qu'il recommandait, en se livrant plus que jamais à la prière et en redoublant ses mortifications. Il avait consenti, aux instances des évêques de sa province, à dormir sur une couche moins dure, il avait laissé mettre sur sa paillasse des draps d'une toile rude et grossière ; en présence des maux dont son peuple est menacé, il renonce à cet adoucissement et il ne veut que des planches nues sur lesquelles il prendra quelques instants de repos.
Dès cette heure il s'offrit à Dieu comme victime. Nous ignorons ce qui se passa au plus intime de son cœur ; les faits nous permettent de soupçonner les plus secrètes pensées de cette âme généreuse. Disposé à servir son peuple, à s'occuper des malades jusqu'au sacrifice même de sa vie, il écrit son testament, il choisit l'hospice des pauvres pour son héritier, se contentant de laisser de pieux témoignages de son
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amour et de sa reconnaissance à son Église, à ses amis et à ses serviteurs. Cette grave mesure étant prise, il convoque de nouveau son peuple clans les églises, il lui adresse la parole, il l'exhorte à la pénitence et se dispose lui-même à se dépenser tout entier. Il devait faire la visite apostolique du diocèse de Brescia, il l'ajourne, il ne veut pas quitter son troupeau. Malgré la grande chaleur, chaque jour il visite à pied les églises, se prosterne devant les tombes glorieuses des saints protecteurs de Milan : il cherche à les intéresser à la cause de ses enfants menacés d'un si grand malheur. Le peuple se pressait sur ses pas; il implorait avec larmes son assistance et son crédit auprès de Dieu : il s'approchait de lui avec confiance, se mettait à ses genoux, touchait ses vêtements, les baisait avec respect et ceux qui n'avaient pu jouir de cette faveur s'estimaient encore heureux de baiser les mains de ceux qui l'avaient touché. La confiance et le courage revenaient dans tous les cœurs. Cependant le mal faisait de rapides progrès ; l'activité du saint semblait s'accroître avec la recrudescence du fléau. Il s'occupe du besoin des âmes, il songe au soulagement des corps : il prendra, pour les uns comme pour les autres, les mesures que lui inspirera son inépuisable charité mise au service d'un rare talent d'organisation.
Les malades se multipliant, les magistrats les envoyèrent à l'hôpital de Saint-Grégoire ou lazaret, situé près de la porte Orientale, appelée aujourd'hui porte de Venise.
Elevé par Louis le More en 1489, et complété successivement dans les années suivantes, le lazaret de
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Milan a la forme d'un grand quadrilatère. Un majestueux cloitre, soutenu par des colonnes, court le long de trois côtés et donne accès à 296 chambres organisées avec beaucoup d'intelligence pour la commodité et la salubrité de la vie. C'est là qu'étaient les personnes atteintes de la peste. Un immense espace s'ouvrait devant ces chambres, un courant d'eau vive le traversant dans sa longueur contribuait à y entretenir la propreté et à purifier l'air. Au milieu, s'élevait la petite église de Saint-Grégoire vers laquelle les mourants pouvaient tourner leurs derniers regards et leurs dernières pensées.
Le lazaret fut d'un grand secours à toutes les époques où la peste vint affliger Milan. Il nous est facile de nous représenter cet asile de la souffrance. Les graves et austères constructions encore debout, sont occupées par des familles particulières ; mais l'église est dans un état de délabrement lamentable et le chemin de fer traverse le lazaret dans toute sa largeur. Nos économistes modernes, confiants dans les découvertes de la science et de l'industrie, semblent ne plus redouter ces terribles épidémies, que le peuple regardait autrefois comme des fléaux de Dieu : à Milan ils font disparaître le lazaret (T). Les souvenirs de l'his-
1. Au moment où s'impriment ces lignes, le lazaret a disparu en grande partie. La municipalité de Milan Ta livré à Findustrie privée : de nombreuses maisons s'élèvent maintenant dans ce lieu que les souvenirs historiques, qui s'y rattachent, auraient dû protéger contre la main des hommes, plus terrible que celle du temps. Nous ne pouvons dissimuler notre étonnement et nous nous demandons comment la municipalité milanaise, si intelligente dans les embellissements qu'elle a multipliés dans la ville, n'a pas tenu davantage à conserver cette œuvre d'art qui n'était pas sans mérite. Heureusement tous les souvenirs de saint Charles qui se rattachent au lazaret ne périront pas. L'église de Saint-Grégoire