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toire ne seront pas plus puissants pour le conserver que les craintes d'un fléau à venir. Il est de convention, auprès d'un certain monde, que nos lumières et notre civilisation sauront bien nous préserver de pareilles calamités.
C'est là qu'on vient de conduire, à la hâte, les premières personnes atteintes du mal inconnu, qui a si soudainement envahi la cité. Elles n'y trouvèrent pas tous les soulagements qu'elles auraient pu espérer. L'invasion du mal a été si subite, si rapide, la panique si grande. et si universelle, qu'on avait transporté au lazaret indistinctement tous ceux que le mal avait frappés. On songeait moins à les sauver qu'à préserver par leur éloignement ceux qui étaient en bonne santé. Les pauvres, les gens qu'on soupçonnait atteints de la peste y avaient été réunis, comme autant de victimes offertes à la mort. Tout manquait : il n'y avait ni lits pour les malades, ni pain pour les affamés, ni remèdes contre la fièvre, ni infirmiers pour donner des soins, ni prêtres pour assister les moribonds, en sorte que ceux que la peste épargnait n'échappaient point aux étreintes de la faim ou du désespoir : la vue de si horribles maux suffisait souvent pour les conduire au tombeau. Les parents mouraient sous les yeux de leurs enfants, les fils expiraient entre les bras de leurs mères et ni les uns ni les autres ne pouvaient apporter aucun soulagement, ni aucune consolation à de si cruelles souffrances. Ce qui ajoutait
a été achetée par M. l'abbé Jean Mazzoleni, curé cle Sainte-Françoise Romaine, qui, sous les auspices du vénérable archevêque de Milan et à l'aide des souscriptions des catholiques milanais, va la faire restaurer pour la rendre au culte, après l'avoir dédiée à. saint Charles,
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encore à l'horreur de tant de maux, c'était le petit nombre de Monatti (*) ; ils ne pouvaient suffire à l'ensevelissement des morts, et morts et mourants, faméliques et fiévreux, se trouvaient réunis pèle mêle dans le même local : c'était un lamentable spectacle.
L'archevêque, averti de cette situation, se dirige aussitôt vers Saint-Grégoire ; mais les portes en sontfermées ; nul ne peut y pénétrer et il est réduit à faire le tour extérieur de cette enceinte de la mort. A toutes les fenêtres du lazaret, fermées de grilles en fer, il voit apparaître de pauvres infortunés dont les figures livides, amaigries par la douleur et le jeûne, portent déjà les signes précurseurs d'une fin prochaine. En voyant le cardinal, ces malheureux poussent d'affreux gémissements, ils exposent leurs inexprimables souffrances : celui-ci se plaint d'être envahi par la peste, celui-là pleure son père qui vient de rendre le dernier soupir en sa présence ; l'un gémit sur les privations auxquelles il est condamné, l'autre se lamente de l'absence des secours religieux ; tous implorent l'assistance du prélat et, dans l'excès de leur douleur, ils s'écrient : « O notre Père, donnez-nous au moins votre bénédiction. »
Et l'archevêque, rentré dans son palais, suffoqué par la douleur, appuyé contre le mur de sa chambre, laisse s'exhaler, en présence de ses confidents, les plus intimes sentiments de son cœur : <( Avez-vous pu voir, sans en être émus, l'affreuse condition de ces infortunés ? Tout leur manque : soins du corps et soins de l'âme. Ces fils malheureux semblaient me regarder comme l'auteur et la cause de leurs maux. Leur silence me reprochait mon inertie : j'ai différé de leur tendre une main secourable
I, Parole vulgaire qui correspond à notre vulgaire Croque-morts.
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et je n'ai point, par mon exemple, excité les autres à la compassion. Je ne veux pas tarder davantage et, avec la grâce de Dieu, je ferai mon devoir, certainement. »
Il pourvoit aux premiers besoins de ces malheureux, en leur envoyant de la nourriture et des vêtements. Depuis longtemps, il ne possède plus ni or, ni argenterie à son usage; mais il lui reste encore une aiguière, quelques coupes et des couverts en argent qu'il place sur la table des hôtes illustres qui le viennent visiter, il les fait vendre. Les ornements d'or ou d'argent qui décorent sa chapelle domestique ou qui tiennent à sa dignité, il les envoie à la monnaie ; tout, jusqu'aux deux masses recouvertes d'argent qu'on portait devant lui dans les cérémonies, comme symbole de son cardinalat, va prendre le même chemin.
S'il ne recule devant aucun obstacle pour pourvoir aux besoins des corps, on peut imaginer ce que sera son zèle pour procurer à ces malheureux abandonnés les secours de la religion. Il fait appel au dévouement de ses prêtres ; aucun d'eux ne veut se rendre au lazaret ; un seul consent à confesser et à communier les pestiférés, mais il refuse de leur administrer les saintes huiles. Il écrit à ses curés, il leur rappelle l'obligation dans laquelle ils sont de ne pas abandonner les pestiférés: « Rappelez-vous, dit-il, que vous êtes les vicaires et les ministres de Dieu; vous avez le devoir de nourrir par les sacrements ces âmes qui en ont si grand besoin et pour lesquelles, selon les enseignements et les exemples de Jésus-Christ, vous devez même exposer votre vie. » Il leur envoie sa bénédiction pour les encourager et pour les fortifier. Il espère
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que cette bénédiction nouvelle et toute particulière sera pour eux l'occasion d'un accroissement de grâces, de forces spirituelles et aussi un préservatif pour leur santé. « Nous n'avons qu'une vie, ajoute-t-il, et nous devons la dépenser en ce monde pour Jésus- Christ et pour les âmes. En cette occasion, nous devons le faire, dans le temps et de la manière qu'il plaira à Dieu et non comme nous le voulons. Ce serait une grande présomption de négliger nos obligations et le service de Dieu par la persuasion que, si nous venions à mourir, Dieu ne saurait nous remplacer dans son service par d'autres qui seraient plus propres que nous à procurer sa gloire. Cela ne veut pas dire que vous devez bannir les moyens humains, les remèdes, les préservatifs, les médecins, tout ce dont vous pourrez faire usage pour vous préserver : ces moyens ne sont nullement en opposition avec l'accomplissement de notre devoir (*). »
Il envoya chercher dans un pays de la Suisse nommé Leccantina et situé au-dessus de Milan, un bon prêtre appelé Leonardo, très au courant des choses de la peste. Il le fit venir à ses frais et l'envoya au lazaret où il y avait déjà beaucoup de malades. Ce fut le premier qui confessa les pestiférés (2).