Lettre au curé de Monza. — Bib. AMB. : Ms. G. S. I
2. Extrait du dialogue de Fra Paolo Bellintano da Salo, capucin, publié par Oderici Federico. Milan 1857. — Oltrocchi raconte que ce Leonardo de Leonardi semblait cuirassé contre les atteintes de la peste. En arrivant à Milan, il coucha avec un homme qui avait déjà contracté cette maladie et il n'éprouva pas le moindre malaise. Tout le temps que dura la peste, il se dépensa au service des malades et il resta toujours sain et sauf. Il en fut de même à Brescia, où le saint l'envoya après la peste de Milan. Il se rendit pour le même motif à Locarno et, un beau jour, on le trouva mort, dans la campagne, à l'embouchure du fleuve, sans qu'on pût connaître la cause de cette mort subite.
142 Chapitre tringt^epttème.
Dès le 26 août, le cardinal avait écrit à Mgr Carniglia pour lui rendre compte des progrès du mal, et demander au pape des pouvoirs et des indulgences exceptionnels, pour ces circonstances si extraordinairement graves. « Je désire, disait-il, et tout particulièrement pour moi, la bénédiction de Notre- Seigneur, afin que toutes les fatigues et toutes les sollicitudes auxquelles je dois me livrer, en cette occasion, aient pour ces âmes et pour la mienne tous les fruits que j'en attends. » Puis après avoir rendu compte de la situation douloureuse de Milan, tout à coup son cœur paternel s'émeut, il craint que ce récit, en se répandant, ne jette partout la frayeur et que Milan, déjà si malheureuse, ne se voie encore isolée du reste du monde. « Le compte que je vous rends de ce qui se passe ici, dit-il, est pour vous engager à me procurer toutes les faveurs que je sollicite ; mais je ne voudrais pas qu'il serve à ralentir ou à diminuer les relations commerciales avec ce pays, à cause du préjudice qui en pourrait résulter pour tant de pauvres, qui souffrent déjà beaucoup du ralentissement du travail : la crainte seule pourrait être plus terrible que le mal (I). »
Mgr Carniglia lui répond : « Le pape vous bénit; mais, avant tout, il veut que je rappelle à Votre Seigneurie illustrissime que vous avez été constitué chef et pasteur de ce peuple, avec l'obligation de le gouverner et de le garder. Or, pour cela, il est nécessaire que vous vous gouverniez et vous gardiez vousmême ; vous ne le ferez pas si vous voulez vous exposer personnellement à tous les dangers, auxquels les autres peuvent suffire. La charge que vous occupez 1. Bib.Amb. iMs.C.S.l.g.
La peste ne e^tlan.
constitue pour votre peuple le plus grand et le plus important secours dont il ait besoin, pour lame et pour le corps. Sa Sainteté veut donc que je mette sous vos yeux le dommage qui résulterait pour ces âmes, si vous veniez à leur manquer dans leurs plus grands besoins. En effet, le respect, l'affection qu'on a pour votre personne, les persuasions, les prières, les ordres que vous emploierez, en décideront beaucoup à persévérer dans les soins spirituels et corporels à donner à ce peuple. Notre Seigneur allègue, à l'appui de sa recommandation, cette parole de l'Ecriture : Percussopastore, etc. (*).
« Sa Sainteté est bien éloignée de vouloir désobliger Votre Seigneurie illustrissime, ou de l'engager à manquer à son devoir, au contraire, elle l'y excite, elle la ranime, mais elle l'engage seulement à ne pas vouloir, toujours et en toute occasion, s'exposer à des dangers manifestes, lorsqu'elle pourrait y pourvoir par d'autres moyens. Vous devez faire un grand cas de votre personne, pour laconservation même de ce peuple; , vous pouvez vous persuader facilement que, si vous veniez à lui manquer, les remèdes les plus nécessaires, les secours les plus opportuns lui feraient défaut... Que le Seigneur donc soit avec vous, dans toutes vos actions, qu'il vous accompagne, vous éclaire et vous bénisse (2)! »
Toutes ces recommandations étaient sans doute d'un grand poids ; le pape, connaissant la vertu du saint archevêque, les avait crues nécessaires : il savait bien que son dévouement irait toujours au delà des limites du devoir strict et rigoureux du pasteur. Dans les inté-