Bib. Amb. : Ms. C. S
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rets mêmes des âmes qui lui étaient confiées, on voulait absolument l'engager à modérer son zèle et on lui envoya de Rome des décisions, pleines d'autorité, dans lesquelles on déclarait que l'évêque n'était point, par devoir, obligé de s'exposer au danger de perdre la vie, en soignant les pestiférés ; il opposa à ces avis les actes et les paroles des saints qui étaient d'un sentiment bien différent. « C'est vrai, lui disait-on, mais il s'agit ici de la perfection et non pas du devoir rigoureux. — L'évêque, répondit-il, est obligé à la perfection.» Cette héroïque réponse ne laissait aucun lieu à la réplique. Le saint suivit donc les impulsions de sa charité. On aurait tort néanmoins de croire qu'il poussa son dévouement jusqu'à une vaine présomption. « Dès le principe, écrivit-il plus tard, j'ai résolu de m'abandonner entièrement entre les mains de Dieu, sans toutefois mépriser les remèdes communs et ordinaires. Je n'ai pas voulu me purger, ni faire autres choses semblables, mais quand je m'approchais des personnes ou des lieux très suspects, j'avais l'habitude de porter toujours avec moi une éponge imbibée de vinaigre. Dans le commencement, j'avais coutume aussi de mettre dans ma bouche quelques herbes aromatiques, comme un clou de girofle, ou une petite racine d'angélique, dont je vous envoie une portion dans la crainte que vous n'en trouviez pas d'aussi bonne chez vous; mais je souhaite que vous n'ayez pas à en faire usage (*)! »
Le nombre des malades se multipliait ; il fallait songer aux besoins spirituels de ces malheureux
i. Lettre du 9 juillet 1577 à l'évêque de Brescia. On peut aussi voiries lettres adressées par le saint à l'évêque de Rimini et au cardinal Palleotti. — Bib. des Barn. : vol. II, delGoverno.
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abandonnés. « Jusqu'ici, écrivait le cardinal à Mgr Carniglia, j'ai trouvé des aumônes pour subvenir aux besoins matériels des pestiférés ; je trouve même au lazaret des hommes et des femmes qui vont s'y renfermer et s'exposent à la mort, par charité, dans le but de soigner les malades ; néanmoins, je suis dans de très grandes angoisses, je voudrais trouver des prêtres qui veuillent bien montrer une minime partie de cette charité. J'ai même été contraint d'agir contre quelquescurés qui avaient manqué à leur devoir, dans des choses qu'ils pouvaient faire avec peu ou point de péril corporel... J'ai fait demander dans la partie de mon diocèse, soumise aux Suisses, des prêtres, parce qu'ils sont plus courageux et plus habitués à soigner ces maladies. Si cela est nécessaire, j'en ferai venir un plus grand nombre. En dehors de cela, je place ma plus grande espérance, en cette extrémité, après Dieu, en quelques religieux qui, par leur zèle et leur charité, me serviraient véritablement, s'ils en avaient la permission de leurs supérieurs. Je compte spécialement sur les Capucins, sur les Récollets (*) et sur les Jésuites qui ont précisément, en vertu de leur institution, l'obligation de se tenir toujours prêts à aller et à être mandés dans tous les lieux où il y a danger, sur l'ordre du souverain pontife. » Puis, songeant aux besoins exceptionnels de l'heure présente, il voudrait que le saint père lui donnât des pouvoirs extraordinaires. « Je désire par dessus tout un conseil, un secours de Notre Seigneur sur toutes les choses que je vous ai dites; je voudrais spécialement
1. Les Capucins les premiers et dès le début de la peste répondirent à Tappel de l'archevêque. Ils furent spécialement chargés des malades du lazaret.
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un bref dans lequel on exhorterait tout le monde, prêtres séculiers et réguliers, hommes et femmes, à s'employer activement pour le service des malades, des suspects et de ceux qui sont renfermés pour ce motif; ce même bref nous ferait la concession d'indulgences et de grâces spéciales, en abondance, autant que le demande la gravité des circonstances et il me donnerait la faculté d'accorder de semblables faveurs à tous ceux qui s'exposeront, au danger de leur vie, pour servir de près ces malades, ainsi qu'à tous ceux qui feront des aumônes. Et si cela paraît convenable à Notre Seigneur, je le prie de vouloir bien surtout me donner, avec une très ample bénédiction, le droit de l'obédience sur tous les réguliers et prêtres séculiers d'un autre diocèse. De cette sorte, je pourrais les employer à ce devoir de charité, à ma guise; il suffirait pour cela de mon consentement et de ma volonté, sans avoir besoin ni de la réquisition, ni du consentement de la part des supérieurs. Cette concession ne me paraît pas exorbitante dans un cas où le danger de mort est si grand; il n'est pas vraisemblable, en effet, que quelques-uns d'entre eux veuillent sortir de ce monde par une autre voie que par celle de la charité ou du salut des âmes. Ce serait une impiété, semble-t-il, si dans une aussi pressante nécessité les supérieurs s'opposaient à ce désir ou le refroidissaient. On pourrait m'adresser ce bref, à moi personnellement, en me donnant le pouvoir d'employer les religieux de la manière que je viens de dire; mais considérez que si Dieu venait à disposer de ma personne, il ne faut pas que cette faculté s'éteigne avec moi; il serait bon qu'elle s'étendît à mes vicaires ou à ceux qui dans ce cas seraient chargés d'administrer ce
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diocèse. Tout ce que je demande pour Milan, il serait bon de l'accorder aux autres évêques de la province, qui sont également menacés du mal (I). »
Le saint père accorda à l'archevêque toutes les indulgences qu'il demandait (2) : et plus tard, la disette des confesseurs se faisant sentir, il lui permit de pouvoir disposer, comme s'il en était, en quelque sorte, le supérieur, des sujets appartenant aux ordres religieux. Mais il eut, à ce sujet, de douloureuses déceptions. Les Jésuites ne se montrèrent pas d'abord aussi empressés qu'il l'eût désiré et saint Philippe Néri, qui avait rappelé de Milan les Oratoriens qu'il y avait envoyés, à la prière du saint, ne voulut point qu'ils y retournassent, à cause de la peste, malgré l'appel pressant de son ami. En apprenant ce refus, l'archevêque de Milan fut consterné et il dit que le père Philippe était « un homme sans miséricorde ».
Nous avons le témoignage du père Paul de Salo sur le peu d'empressement des religieux en général à répondre à l'appel de l'archevêque. « Le mal, dit-il, allait toujours en augmentant, l'on avait construit des cabanes dans les environs de Milan et il fallut de nouveaux confesseurs. Le saint fît alors appeler tous les confesseurs religieux et il leur fit un discours d'une