Homiliae Sancti Caroli, tom. I
la peste ne s^ilan.
Cette éloquente allocution du cardinal n'avait pas été assez puissante pour vaincre les hésitations, sa prière triompha de toutes les résistances et les religieux se mirent bientôt à sa disposition.
Dans le propre palais du cardinal, la terreur était à son comble parmi les personnes qui composaient sa cour cardinalice. Tous connaissaient l'archevêque et ils avaient compris qu'il se porterait dans les endroits où le danger serait plus grand. Dans la crainte d'être contraints de l'accompagner, plusieurs avaient pris le parti de s'éloigner; ceux qui avaient consenti à rester étaient résolus à décliner les ordres de leur maître, à toutes les fois qu'ils en jugeraient l'exécution périlleuse. Le cardinal, auquel rien n'échappait, s'aperçut vite de cette petite conspiration ; elle ne fut pas capable de le détourner des résolutions qu'il avait prises, il ne changea pas ses desseins, mais il tenta de ranimer le courage des siens. Il les fit d'abord venir près de lui, chacun en particulier, puis il les réunit tous et par un discours, dans lequel éclataient également la bonté de son cœur et l'énergie de son âme, il les persuada de renoncer à leur projet peu héroïque. «Vous vous trompez, leur dit-il, si vous vous croyez en sûreté dans la solitude et le repos. Le mal pénètre aussi bien dans les demeures les mieux closes que sur les places publiques. Il n'est pas rare de voir la mort s'attaquer de préférence à ceux qui cherchent, dans les commodités de la vie, un refuge contre ses atteintes. Saisissez donc au contraire cette occasion de vous attirer auprès de Dieu une très grande grâce. Ne vous montrez point oublieux de votre sacerdoce à ce point de préférer une mort tardive à une sainte mort. »