‹ Histoire de Saint Charles Borromée, Cardinal, Archevêque de MilanChapitre 67 sur 169 · Chapitre tringt^cptièmc · texte numérisé non relu

Chapitre tringt^cptièmc

Ces nobles paroles ébranlèrent les plus timides et bientôt, familiers et religieux, ne songèrent plus qu'à partager avec leur père et leur archevêque les périls et la gloire d'un infatigable dévouement. Dieu récompensa leur générosité et leur confiance. De tous les familiers et de tous les domestiques du saint qui l'accompagnèrent dans ses visites aux pestiférés, pas un seul ne fut atteint de la maladie : l'archevêque sembla tout le temps les couvrir de sa vertu et de sa protection. Un seul de ses domestiques mourut de ce mal et il fut constaté qu'il n'avait jamais été employé au service des malades.

Plusieurs religieux moururent sur le champ de bataille ; mais la peste ne pénétra que dans un seul couvent, précisément dans celui dont les membres avaient refusé leur concours. « Ils ne savent pas, écrivait le saint à Mgr Speciano, d'où le mal leur est venu ; mais je suppose qu'il faut l'attribuer à cette prudence de la chair qui, au témoignage de l'Apôtre, est la mort (l). » Le cardinal semblait se jouer du danger pour luimême ; mais il prenait toutes les précautions imaginables pour en préserver les autres. Il ne permettait point à ses serviteurs de s'approcher de sa personne, il leur défendait expressément de toucher aux objets dont il s'était servi lui-même. On venait souvent au palais implorer sa charité, demander ses conseils, lui rendre compte de la situation de la ville ou du diocèse, il s'isolait de ses visiteurs et afin qu'on ne fût pas tenté de l'approcher de trop près, il avait fait placer une grille entre eux et lui. Lorsqu'il se rendait chaque jour à la cathédrale pour réciter l'office avec ses chanoines, tous

i. Lettre citée par Oltrocchi, p. 312, note d, à la fin.

ïLa peste De a^ilan.

les prêtres et les ministres de l'autel devaient se tenir loin de son trône et n'avoir aucun contact avec sa personne. Il était constamment en rapport avec les pestiférés. « Il va très souvent au lazaret, écrivait le père Jacques, Capucin, à l'évêque de Brescia ('); il console les malades... Il va dans les cabanes, dans les maisons particulières... Il parle avec tous, les console tous, les pourvoit tous de ce dont ils ont besoin... Il n'a peur de rien et il ne faut même pas essayer de l'effrayer. Il est certain qu'il s'expose trop au danger et, comme il a été jusqu'ici préservé par une grâce privilégiée de Dieu, il dit qu'il est obligé de faire ce qu'il fait. La ville n'a pas d'autre consolation. »

Le bon Capucin par ces dernières paroles nous révèle la situation de Milan ; les nobles et les riches étaient partis; le gouverneur s'était retiré àVigevano; les décurions qui étaient restés ne faisaient rien sans prendre l'avis du cardinal. Tous les pauvres avaient recours à lui, mais ses ressources avaient été vite dépensées.

Apprenant alors que le gouverneur devait venir à Milan, il prit la résolution de lui écrire pour lui exposer la détresse extrême dans laquelle on se trouvait. Tout était épuisé, les riches étaient absents ou ne pouvaient plus rien donner, il était à craindre que la famine ne vînt s'ajouter à la peste. L'archevêque ne sait de quel côté diriger le regard et ses appels. Il se plaint du tribunal de la santé et il prie le gouverneur de remédier à cette situation (2). En terminant, il exposait avec franchise la mauvaise impression qu'avait produite son

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