‹ Histoire de Saint Charles Borromée, Cardinal, Archevêque de MilanChapitre 68 sur 169 · Bip,. A.mb. : Ms. S · texte numérisé non relu

Bip,. A.mb. : Ms. S

2. Lettre du 13 novembre 1576. Bib. des Barn., vol. II del Governo.

152 Cïmpitre tringt^eptième*

départ de Milan : le roi lui avait confié la garde et la défense de la ville et il devait songer à ne pas laisser à ses descendants une mémoire et un nom déshonorés par une pareille fuite. S'il ne se sentait pas le courage de rester, il devait du moins prendre des mesures et donner des ordres pour le salut de la ville. D'Ayamont reçut cette lettre au moment où il se trouvait au sénat ; elle l'impressionna vivement et il prit les mesures demandées.

Cet appel ne suffit pas à l'archevêque ; il demande au pape la permission de distraire une partie des legs destinés à de pieux usages, en faveur des malheureux pestiférés. Il sollicite par ses lettres les chanoines de Latran, les moines de Saint-Benoît, de Saint-Bruno, de la congrégation des Olivétains à consacrer une partie de leurs revenus au soulagement de ce malheur public et, un peu plus tard, il donne ordre à Mgr Spéciano, son agent à Rome, de demander au pape « le droit d'exiger, à titre d'aumônes ou autre, des abbayes régulières et des commendes de son diocèse, même de celles dépendant des cardinaux, la somme qu'il croira convenable, de manière à ce que, pour certains bénéfices, elle n'excède pas deux décimes (I). »

Ses démarches ne furent point inutiles. Chacun voulut imiter la générosité du prélat. Le roi, dont il fit à plusieurs reprises implorer la pitié par le nonce, Mgr Ormanetto, fit l'abandon à la ville de Milan de plusieurs impôts dont les revenus furent consacrés au soulagement des malheureux. Le gouverneur d'Ayamont ne resta point en dehors de ce mouvement charitable et, de concert avec le président du sénat, Jérôme

i. Bib. DES Barn. : Ici.

La peste ne a^ilan.

Monti, l'émule de notre saint, il fit venir en abondance du froment des pays voisins : Milan se vit assurée contre la famine (*).

Peu de jours après la réunion du sénat, un mouvement extraordinaire avait lieu dans les rues de la cité, à laquelle la fuite d'un grand nombre des habitants et la réclusion des autres avaient donné un aspect des plus tristes. Plusieurs centaines d'ouvriers sans ouvrage, sans pain, sans vêtements, s'étaient réunis sur la place publique : des domestiques, privés de leurs maîtres par la mort ou par la misère, s'étaient joints à leur groupe; tous s'étaient dirigés vers le palais de l'archevêque pour lui exposer leur détresse et recourir à sa bonté. La vue de ces malheureux, à demi nus, affamés, au teint livide, impressionna vivement le cardinal. Sa douleur fut d'autant plus vive qu'il avait épuisé toutes ses ressources. Il trouve sans doute dans son cœur des paroles assez puissantes pour les consoler, ranimer leur courage. Cela ne suffisait pas, il fallait vêtir ces hommes, les mettre à l'abri du besoin, et surtout leur créer une occupation pour éviter le danger du pillage et de la révolte auxquels ils pouvaient se laisser entraîner par le désespoir et l'oisiveté. Le cardinal pourvut à tout avec autant d'habileté que de générosité. Un témoin du procès de sa canonisation, Louis Septala,

1. Les comptes de la municipalité de Milan nous apprennent que l'archevêque pourvut à la nourriture de quatorze cents malades renfermés à Saint- Grégoire, depuis le 29 août jusqu'au 22 septembre. Quatre cents pauvres furent logés à la Vittoria et la ville de Milan ne dépensa que 784 francs pour leur entretien : le cardinal dut pourvoir à tout. Il est aussi question dans ces comptes de mille prêtres qui furent secourus par lui. La charité est ingénieuse, elle s'oublie elle-même, elle se donne et se dépense sans cesse et sans réserve. Saint Charles est une merveilleuse réalisation de ces paroles de saint Paul.

i54 Cïmpîtte tringt'0eptième.

docteur médecin, raconte à quelle industrie il eut recours pour vêtir ces infortunés. « Il dépouilla tous les murs de son palais de leurs tentures d'étoffes, il en fit préparer des habits pour ces malheureux transis de froid. Je le sais, ajoute-t-il, parce que je fus appelé un matin par le cardinal pour aller visiter les pestiférés; je fus présent au moment où l'on taillait les étoffes et où l'on faisait les vêtements (T). »

Le cardinal choisit les plus valides et il les envoya parmi les soldats chargés de faire la garde des lieux suspects ; il chargea les autres de soigner les malades ; les troisièmes reçurent la mission de laver et de purifier tous les objets qui avaient servi aux pestiférés; enfin ceux qui étaient trop faibles pour remplir même ces dernières fonctions furent enfermés, à huit milles de Milan, dans une maison qu'il possédait appelée la Victoire, en souvenir d'une bataille que François I remporta sur les Suisses, dans ce même lieu. Plus de trois cents malheureux y furent conduits et leur nombre ne tarda pas à s'accroître. Jusqu'au 22 janvier de l'année suivante, il se chargea de pourvoir à tous leurs besoins. Il rencontra des âmes généreuses, dignes de la sienne, il les mit à contribution et il n'eut point la douleur d'être contraint d'abandonner ces pauvres gens, faute de ressources. Le marquis Litta, le comte Erasme de Abdua, les frères Cusani lui envoyèrent des sommes importantes dont il avait le libre emploi. Le comte Louis Gallarati lui avait envoyé de sa basse-cour douze poulets. En le remerciant, l'archevêque lui écrit: «Quand les tempsdeviennent difficiles un grand nombre de malheureux de la ville ont recours à moi, et, comme cela

Page 1