Promessi Sposi, cap. XXXI
Accroissement de la sainteté de l'archevêque. — Ses études. — Ses mortifications. — Les religieux atteints de la peste. — Préservation des religieuses. — Nouvelles processions. — Le saint songe à supprimer les abus du carnaval. — Un châtiment extraordinaire. — Il visite sa cathédrale. — Le peuple lui fait une ovation. — Il se propose de faire bénir les maisons des habitants. — Opposition des magistrats. — Nouvelle apparition du fléau. — Influence du saint. — Le Pardon de la Fête de l'Annonciation. — Le saint clou. — Fête du 3 mai. — La peste sévit à Brescia. — Le saint excite l'évêque à la résidence, il veut aller lui-même dans cette ville. — Vœu à saint Sébastien et jubilé d'actions de grâce. — Le Memoriale. — Milan pendant la peste. — Milan délivrée. — Les austérités du saint. — Ses sages instructions pour les temps de peste.
1 A peste de Milan fit éclater, aux yeux de la ville entière, l'héroïsme du dévouement et de la charité qui embrasait le cœur de l'archevêque : elle manifesta le haut degré de sainteté auquel il était arrivé. Toutes les préoccupations qui assiégeaient son esprit, toutes les fatigues extraordinaires qui accablaient son corps ne furent pas capables de le distraire de ses exercices de piété habituels et de ses études ordinaires. Ses familiers ont déclaré que ce temps fut pour lui comme de nouvelles étapes, dont il profitait chaque jour pour s'élever encore plus haut dans la voie du renoncement et de la sainteté. Quand il rentrait au milieu de la nuit, après de longues et pénibles courses au lazaret ou au milieu des cabanes
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des pestiférés, il n'omettait aucune de ses prières et de ses méditations; il faisait ses délices de reposer ses membres sur des planches nues. Il dormait à peine deux heures, tant il était préoccupé des malades et de leurs besoins et, avant le lever de l'aurore, il dérobait quelques instants au sommeil pour se livrer à l'étude.
Cette étude, prétendait-il, lui était nécessaire pour acquérir la science qui lui manquait, pour être à la hauteur de sa dignité de pasteur. Il rappelait alors l'exemple du pape saint Grégoire. Ce pontife, malgré le bruit des armes ennemies qui assiégeaient Rome et les dangers de la peste qui l'éprouvaient, n'en continuait pas moins ses commentaires sur Ezéchiel, dont les prophéties sont les plus profondes et les plus obscures de l'Ecriture.
La peste n'avait pas diminué la gravité, ni le nombre des désordres, ils s'étaient même accrus parmi ceux qui avaient pu fuir Milan. Dans les campagnes, dans les châteaux où ils jouissaient de tous les agréments de la nature, les Milanais avaient oublié les souffrances de leurs compatriotes et ils ne songeaient qu'à jouir de la vie. Un historien raconte que sa plume se refuse à décrire, à nommer seulement les réjouissances et les plaisirs auxquels on se livrait sans retenue et sans remords.
Ces scandales furent sévèrement stigmatisés par le saint et, pour les expier, il se crut obligé encore à une plus grande pénitence. C'est alors qu'il prit l'habitude de ne plus faire qu'un repas par jour, qu'il se priva toujours de feu, même dans les plus grandes rigueurs de l'hiver, et qu'il ne voulut plus qu'on servît de viande sur sa table.
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Plus que jamais il ne voulut avoir d'autre pensée, d'autre préoccupation que la gloire de Dieu et le salut des âmes. Les choses de la terre ne l'intéressèrent plus et il écrivit, cette même année, à l'un de ses amis de Gênes qui avait coutume de lui donner des nouvelles de tout genre : « Désormais ne prenez plus la peine de me mettre au courant de tout ce qui se passe dans les pays étrangers. Ce souci et cette curiosité répugnent à ma dignité; je veux rester étranger à toutes ces nouvelles (*). »
Il semble que Dieu ait voulu manifester aux Milanais combien le dévouement de leur archevêque lui était agréable, en accordant une protection toute spéciale aux prêtres et aux personnes qui s'associèrent à son héroïque charité et obéirent à ses ordres.
Dans une lettre écrite à Mgr Speciano, il raconte quel fut le sort des religieux qui assistèrent les pestiférés : « La peste ne fit aucun mal aux religieux de Saint-Calimère (les Théatins); deux clercs de Saint-Paul ou Barnabites et deux Jésuites furent atteints de la peste, dans les cabanes où ils soignaient les malades, et ils moururent. Un membre de la Compagnie de Jésus est à ma disposition et à celle des ecclésiastiques dont je me suis fait le ministre principal. Une grande peur s'est emparée de l'esprit de quelques-uns et ils ont constamment refusé de venir au secours des malades. Néanmoins, la peste a gagné ceux qui, loin du danger, restaient cachés dans leurs demeures. La Providence, je pense, a permis ce fait pour l'instruction de ceux qui redoutent de porter un prompt secours aux infirmes.
i. Lettre du 8 avril à Jérôme Grimaldi. note ci.