Chapitre tringt^uttième
mitre en tête, revêtu de tous les ornements de sa dignité, ils emplirent l'air de leurs acclamations ; ils ne savaient comment manifester leur joie : ils avaient peine à croire leurs yeux. Était-ce bien là ce pasteur qu'ils avaient vu, il y a quelques jours à peine, aux vêtements négligés, les yeux pleins de larmes, couvert de sueur, visiter les cabanes des pestiférés ? Et alors chacun le comblait de louanges, on se redisait ses actions et, dans leur légitime reconnaissance, ils l'appelaient le dompteur de la mort, le libérateur de la ville, le père de la patrie.
En sortant du Dôme, le saint archevêque s'était rendu à son palais pour le bénir, puis à la maison de ses chanoines dans le même but ; le peuple le suivait toujours et l'accompagnait de ses plus chaleureux souhaits.
Saint Charles avait résolu, au déclin de la peste, dans le but d'attirer les faveurs du ciel sur sa ville, de rétablir l'ancien usage de bénir les maisons des fidèles. Le peuple avait accueilli cette nouvelle avec enthousiasme ; il n'en fut pas de même des magistrats. Dans cette mesure inspirée par la plus vive piété, et qui se pratique encore à Rome, le samedi saint, ils voulurent voir une usurpation de l'autorité royale dont ils étaient les représentants. Ils dénoncèrent l'archevêque à Rome, au pape et à l'ambassadeur d'Espagne ; ils l'accusèrent de vouloir visiter personnellement et juridictionnellement toutes les maisons de la ville, dans le but d'y faire une espèce d'inquisition. Le saint, on le croira volontiers, n'avait aucune intention de ce genre. Il avait bénit lui-même, comme nous venons de le voir, son palais et l'habitation des chanoines, puis, pour exciter le zèle et les pieux désirs des
après la peste.
fidèles, il se proposait d'aller en personne, bénir une ou deux maisons dans chaque paroisse et de confier le reste à la sollicitude de chaque curé. « Assurément, écrit le saint au nonce près la cour d'Espagne, j'ai songé à ce qu'à l'occasion de ces visites, on fasse disparaître des maisons, d'une manière gracieuse et nullement judiciaire, les causes de beaucoup de péchés, telles que les choses profanes, les tableaux voluptueux ; ceci est un devoir de ma charge, et je devrais le remplir, même en dehors de ces bénédictions. »
Les magistrats accusaient le peuple de voir avec déplaisir l'introduction de ce qu'ils appelaient une nouveauté ; le saint affirme « que loin de voir ses bénédictions mal volontiers, le peuple les désire et les reçoit avec beaucoup d'amour. J'avais dit de commencer ces cérémonies par les maisons de ceux qui en montraient un plus grand désir et qui témoignaient d'une meilleure volonté, il s'est alors établi une telle émulation qu'on est sorti des justes limites: on n'épargnait aucune dépense pour inviter un grand nombre de prêtres, pour avoir de la musique et pour multiplier les décorations. J'ai dû remédier à ces abus par des défenses dont je vous envoie copie. J'ai voulu vous donner connaissance de toutes ces choses, afin que, si Sa Majesté en était avertie, vous sachiez ce qu'il faut répondre (*). »
L'archevêque fut obligé d'interrompre les bénédictions commencées et il ordonna à ses curés de les remettre après Pâques. La peste s'était de nouveau réveillée dans la campagne et le cardinal s'était hâté