‹ Histoire de Saint Charles Borromée, Cardinal, Archevêque de MilanChapitre 77 sur 169 · Chapitre tringHmitième · texte numérisé non relu

Chapitre tringHmitième

d'aller au secours*' des malheureux. Plus tard, par un désir de conciliation, il abandonna son premier projet.

Milan se croyait à tout jamais délivrée du terrible fléau, quand tout à coup de nouveaux bruits de peste circulent dans la ville : la terreur est à son comble. L'avarice, le désir d'un gain sordide avaient été la cause de cette seconde apparition du mal. On trafiquait des vêtements et des objets qui avaient appartenu aux pestiférés; il n'en fallait pas davantage pour renouveler avant peu les scènes douloureuses du passé. Les magistrats menacèrent des peines les plus terribles, ils punirent même sévèrement plusieurs coupables ; ces moyens furent inutiles, il fallut que l'archevêque intervînt. Par un édit du 22 mars 1577, il excommunia tous ceux qui, se livrant à ce honteux commerce, exposaient de nouveau la cité aux plus affreux malheurs et il se réserva à lui seul l'absolution de cette censure. La menace des peines éternelles eut plus d'efficacité sur ce peuple, encore croyant, que l'exécution même des châtiments corporels les plus redoutables et l'ordonnance du pontife obtint le résultat désiré.

La crainte d'une seconde invasion du fléau fut si grande que les magistrats crurent devoir ordonner une autre quarantaine. De nouveau, le peuple fut emprisonné dans ses demeures et le silence de la mort envahit la cité. L'Annonciation de la B. V. Marie approchait, cette fête avait un caractère tout particulier de solennité pour les Milanais. En 1560, Pie IV avait accordé une indulgence plénière, à perpétuité, à tous ceux qui visiteraient l'église cathédrale, ou celle de l'hôpital majeur, à partir des premières vêpres jusqu'au coucher du soleil du jour de la fête. C'était l'occasion

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de grandes réunions populaires, on accourait de très loin pour gagner cette indulgence au pardon. Une procession à laquelle assistait l'archevêque et dans laquelle on portait avec honneur la bulle du pape, ouvrait la solennité; des confesseurs en grand nombre se trouvaient à la disposition des pèlerins. On pouvait croire, par suite des alarmes répandues de toutes parts, que le pèlerinage serait moins fréquenté; jamais au contraire on ne vit une foule aussi nombreuse. On accourut des campagnes environnantes : rien ne put arrêter les flots pressés et vivants de ces foules enthousiastes ; ni la crainte de la peste, ni les édits du gouverneur n'avaient pu les retenir dans leurs demeures; ils entrèrent dans la ville, pénétrèrent dans tous les sanctuaires, visitèrent leurs parents, leurs amis : la foi avait banni toute frayeur. La protection du ciel fut visible; elle bénit la confiance de ce peuple et cette agglomération de personnes de tout âge, de toutes conditions et de tous pays, alors que l'air ne semblait pas encore entièrement purifié des miasmes délétères de la peste, n'amena aucune maladie. Le gouverneur ne put s'empêcher de reconnaître dans ce fait une intervention de la bonté divine, il ne songea plus à punir la violation de ses ordres et, ne voulant pas davantage résister aux instances de l'archevêque, il consentit à abroger son édit de quarantaine pour les fêtes de Pâques.

L'archevêque songeait à de nouvelles supplications, il pensait à établir une solennité qui, en rappelant chaque année aux Milanais le souvenir des épreuves par lesquelles ils avaient passé, entretiendrait la reconnaissance envers la bonté divine qui les en avait

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