Chapitre tringt-ïmitième
à cette occasion, il fit exposer toutes les reliques des martyrs et des saints de Milan.
Le 22 décembre, par un touchant appel à ses diocésains, il les engageait à profiter des châtiments que le Seigneur leur avait infligés, en menant une vie plus chrétienne. Dans ce but, il fit composer un petit manuel complet de la vie chrétienne, adapté à tous les âges et à toutes les conditions de la vie. Enfin il publia un petit opuscule, appelé Memoriale « de la plus grande importance, dit César Cantu ('), dans lequel il expose avec candeur les maux passés, et invite ses diocésains à reconnaître qu'ils n'en doivent la cessation qu'à la miséricorde de Dieu. »
Ce fut comme le résumé de tous les discours qu'il leur adressa pendant la peste : il sera pour eux, dit-il, un mémorial perpétuel de la grâce qu'ils ont reçue et du pieux usage qu'ils en doivent faire. Nous ne pouvons reproduire les conseils du saint dans leur intégrité; néanmoins nous en citerons quelques pages. Elles sont de nature à donner une idée de son genre d'éloquence; elles nous feront jeter un regard rétrospectif sur l'état de la ville de Milan, pendant la peste, qui ne sera pas sans intérêt.
«O cité de Milan! s'écrie-t-il, ta grandeur s'élevait jusqu'aux cieux; tes richesses s'étendaient jusqu'aux limites de l'univers entier; les hommes, les animaux, les oiseaux venaient vers toi et se nourrissaient de ton abondance ; de tous côtés, les personnes de basse condition accouraient pour se substanter de leurs sueurs, à ton ombre; les nobles et les illustres venaient habiter tes maisons pour y jouir de ton bien-être; ils établis-
i. Commenta storico ai proinessi sposi, etc., p. 195.
après la peste.
saient leurs demeures et faisaient leur nid dans tes charmants sites !
« Tout à coup la peste, envoyée par la main de Dieu, apparaît et ton orgueil est abaissé! En un moment, tu es devenue un sujet de mépris aux yeux du monde. Tu es resserrée dans tes murs ; tes marchandises, ton trafic, ton superflu, tout est renfermé dans ton enceinte! Personne ne venait plus habiter chez toi, se nourrir de tes fruits, se pourvoir de tes marchandises, se vêtir de tes étoffes, se reposer dans tes lits, jouir de toutes les facilités de ta vie.... les grands fuyaient, les petits fuyaient : à l'instant, nobles et plébéiens t'abandonnèrent.
« Celui qui ne fuyait pas était contraint, ou par le mal, ou seulement parce qu'on le soupçonnait d'en être atteint, à se retirer au milieu des misères du lazaret, ou hors des portes de la ville pour habiter de petites cabanes, s'estimant très heureux s'il avait de la paille pour se couvrir, pour s'en faire un lit ; à plusieurs milles à la ronde, on n'en trouvait plus dans le pays et bien souvent on avait pour lit la terre nue, humide ou glacée. Ainsi, en grande partie, tu étais réduite à habiter en plein air, exposée à la rosée du ciel, placée au milieu de la campagne, dans les champs, là où paissaient autrefois les animaux et les bêtes sauvages et, là, tu étais gardée par des soldats armés qui t'empêchaient d'en franchir les limites.
« Et quoi encore ? Il faut le dire et se le rappeler constamment pour garder la mémoire du bienfait reçu. Les rues, les places restaient solitaires; les maisons, les églises, les boutiques furent entièrement fermées.
« Toi, Milan, affamée, dans l'angoisse, ayant besoin