‹ Histoire de Saint Charles Borromée, Cardinal, Archevêque de MilanChapitre 83 sur 169 · Chapitre tungMieutrième · texte numérisé non relu

Chapitre tungMieutrième

de l'esprit sincère et candide du roi qu'ils servent (I). » A l'appui de son jugement, il cite l'exemple du comte René Borromée, son parent. Il traitait l'affaire de la restitution de la Rocca d'Arona. Chez le roi il rencontra toujours des sentiments de justice et beaucoup de bonne volonté; mais il n'en fut pas de même de la part des ministres : ils finirent par ne plus répondre au comte, et ils chargèrent le gouverneur de Milan de poursuivre les négociations. Celui-ci se montra rigoureux, après avoir enlevé à René toute espérance de rentrer dans son droit, il l'engagea à se contenter d'une compensation ; mais le comte persévéra dans ses légitimes revendications, et il finit par triompher, grâce à l'intervention du roi qui, ayant pris une connaissance exacte de l'opposition de ses ministres, ordonna qu'on lui restituât sur-le-champ sa propriété. Le saint concluait de cette affaire qu'il ne fallait pas se laisser intimider par les oppositions et les rodomontades des ministres royaux.

Si le gouverneur de Milan faisait agir auprès du monarque, il avait également à Rome des agents actifs et dévoués qui répandaient contre l'archevêque des mensonges et des calomnies. On le représentait comme un homme dévoré de l'ambition de se signaler, par les réformes les moins nécessaires et les plus' inopportunes. On disait cela sur tous les tons, on le répétait de toutes parts, et, à Rome, le cardinal n'avait pas que des amis. « Sa seule présence à Rome épouvantait les esprits, tant on avait peur de la réforme. » C'est le témoignage que nous a laissé l'ambassadeur de Venise, Jean Carraro : « on admirait le cardinal, dit-il,

i. Bib. Ami : J/s. C. S. I. 12.

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mais on ne le voyait pas volontiers pour ce motif séjourner dans la Ville éternelle ('). »

Ces plaintes répétées, exagérées par la malveillance, pouvaient sous certains rapports présenter quelque vraisemblance, et elles étaient accueillies par un grand nombre de personnes. « On croit tout ce que l'on dit, » lui écrivait son agent (2).

Un parent du cardinal Alciati, habitant Milan, se faisait l'écho ou plutôt le serviteur de ces indignes magistrats ; il envoyait à son parent des rapports mensongers et pleins d'inventions. Si la conduite mondaine de cet ecclésiastique, au témoignage de l'archevêque, explique le rôle qu'il jouait si volontiers, elle aurait dû au moins mettre en garde contre les renseignements qu'il envoyait. Mais l'éloignement, les liens de la parenté peuvent, dans une certaine mesure, expliquer la confiance qu'on lui témoignait. Saint Charles ordonne à son agent de prévenir le cardinal Alciati : « Que Sa Seigneurie illustrissime ne croie pas, dit-il, tout ce qu'on lui écrit, car elle pourrait s'en tirer avec peu d'honneur.» Il veut, néanmoins, qu'on remercie le cardinal de l'intérêt qu'il lui porte et des avertissements qu'il lui transmet, à la suite des rapports qu'il reçoit de Milan (3).

Le saint Père fait appeler l'agent du saint : « L'ambassadeur d'Espagne, lui dit-il, est venu se plaindre que le cardinal Borromée préparait de nouvelles réformes contre les laïcs: le marquis et le sénat s'attendent à quelques grandes nouveautés. »

1. Dépêche de l'an 1579. — Archives de la chancellerie secrète (Senato III), Archives générales de Venise. — Cité dans les Document^ etc., tome II, p. 470.

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