Lettre du 15 mars. — V. Olïrocchi, p. 421, note a
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Le marquis très irrité résolut de frapper un grand coup. Il réunit les décurions de la ville et il les engage à dresser un mémoire contre l'archevêque. Après avoir articulé vingt et un griefs contre le cardinal, les décurions terminaient ainsi leur réquisitoire : « Les décurions, prosternés aux pieds de Votre Sainteté, vous supplient humblement de vouloir bien, le plus tôt possible, mettre fin à tant de scandales et de dangers, en révoquant les décrets et les ordres susdits de l'archevêque et en restituant à la cité ses anciennes coutumes qui ne sont pas contraires aux sacrés canons, aux conciles généraux ou qui ne semblent pas intolérables à Votre Sainteté. Pour l'avenir, veuillez commander au cardinal de ne plus introduire aucune nouveauté, sans la participation et la permission de Votre Sainteté, au sentiment et à l'autorité de laquelle chacun de nous obéira, comme cela se doit, très volontiers ; les troubles énumérés ci-dessus ne pourront jamais cesser par une autre voie ('). »
Parmi tous ces griefs, quelques-uns sont très curieux, d'autres puérils, et en général, on peut affirmer qu'aucun des points de discipline ecclésiastique qu'ils traitaient dans ce mémoire ne relevait de l'autorité civile. Comprend-on des conseillers municipaux qui vont se plaindre au pape que leur archevêque a interdit les bals, les jeux publics pendant les offices ? qu'il a dressé une liste de cas réservés, donné à ses prêtres des ordonnances et des règles pour les diriger dans la concession ou le refus de l'absolution à leurs pénitents? qui lui reprochent d'avoir changé la liturgie ambro-
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encore la lutte.
sienne et autres choses semblables ? Ce serait à n'y pas croire, si nous n'avions sous les yeux le texte même de ce mémoire. Qu'un tyran quelconque, qu'un empereur, comme Joseph II d'Autriche et autres, mettent la main à l'encensoir, fassent des ordonnances ridicules pour enchaîner la liberté du culte et tenir le clergé sous leur domination, cela se conçoit encore. C'est une manie d'absolutisme, ou un travers que l'histoire nous montre trop souvent chez certains monarques, à l'esprit étroit et borné ; mais aller déposer aux pieds mêmes du pape des plaintes dans le genre de celles des décurions de Milan et le prier de blâmer l'évêque, qui fait son devoir, c'est une aberration à laquelle peut conduire seulement l'aveuglement de la haine ou delà jalousie.
Ce mémoire achevé et signé, d'Ayamont le fit porter à Rome par le docteur Jacques Riccardi de. Lodi, qui reçut également la mission de défendre les prétendus droits de l'État de Milan et d'accuser le saint le plus qu'il pourrait.
Le 22 mai 1579, Mgr Speciano écrivait à l'archevêque : « J'ai vu dernièrement le souverain pontife, il m'a appris qu'on lui avait adressé une lettre au nom de la ville de Milan ; elle lui fut remise par Riccardi. Une supplique de trois pages, entièrement écrites et contenant tous les sujets de plainte des citoyens contre vos lois, y est annexée. Grégoire, étonné, demanda pourquoi aucun envoyé de la ville ne s'était présenté devant lui (x). »
Au moment où cette lettre partait pour Milan, Speciano en recevait une de l'archevêque, datée du 1 7 mai, qui l'avertissait de l'existence de ce mémoire et