‹ Histoire de Saint Charles Borromée, Cardinal, Archevêque de MilanChapitre 90 sur 169 · Lettre du 16 juillet 1579. — BlB. des Barn., tom. V · texte numérisé non relu

Lettre du 16 juillet 1579. — BlB. des Barn., tom. V

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De semblables moyens de persécution et de tracasserie rendaient chaque jour plus difficile l'administration du diocèse de Milan. L'archevêque cependant ne se décourageait pas ; il maintenait son droit, continuait son œuvre de réforme, s'occupait de l'instruction de la jeunesse, établissait de nouvelles maisons religieuses ou ramenait à leur état primitif les anciennes. Malgré cette lutte quotidienne, obligé de se défendre des accusations portées contre lui, à Rome et en Espagne, il n'interrompit nullement ses courses et ses travaux apostoliques ; et c'est au milieu des populations de la campagne, à Desio, où il est en visite pastorale, qu'il écrit une réponse au réquisitoire des décurions de Milan, dont le Saint-Père lui a fait adresser une copie.

Nous avons trouvé à la Bibliothèque ambrosienne la minute de cette réponse, elle est longue, elle entre dans de nombreux détails, selon l'usage du saint; mais elle est victorieuse. Avant de commencer la discussion des griefs qui lui sont reprochés, il présente quelques considérations générales. « Nous ne sommes pas aux Indes, dit-il, nous sommes très voisins de Rome et néanmoins ces ardents négociateurs osent présenter à Sa Sainteté les affaires de ce pays, qui sont publiques et très connues, tout différemment de ce qu'elles sont en réalité. Tantôt leurs officieuses démarches, tantôt leurs obséquieux empressements ou toute autre espèce de procédés artificieux, — plaise à Dieu que les passions, les intérêts et les divers projets de nous autres, cardinaux et ministres de l'entourage du Saint Père, ne viennent pas à les favoriser considérablement! — réussissent quelquefois, sinon à persuader, du moins à faire une notable impression sur l'esprit de Notre Seigneur

C&apitre tringMieutrième,

par des récits faux ou par de ridicules inventions. Et quand ils ont, par ce moyen, obtenu quelque chose de Sa Sainteté, ne serait-ce qu'une bonne parole ou une réponse générale, ils s'en vont la répandant avec un tel art qu'ils s'en servent pour colorer, en quelque façon, ou donner quelque fondement à leurs inventions extravagantes. Telle est la tactique qu'on a suivie dans les négociations que nous avons entre les mains. »

Nous ne pouvons suivre le cardinal dans le détail de ses réponses. Quand ses ennemis lui faisaient un crime d'avoir supprimé les divertissements profanes du premier dimanche de carême, et de les prohiber également pour tous les autres dimanches et jours de fête de l'année, au moins pendant l'heure des offices, il n'avait qu'à rappeler les ordonnances des conciles et une bulle même de Grégoire XIII. Mais à cette première réponse, il ajoute les preuves du mauvais effet produit par les exemples et les ordonnances des magistrats. On ne dansait plus dans les campagnes, on s'abstenait de toutes les fêtes bruyantes et mondaines et maintenant presque partout la dissipation est revenue. Ce n'est pas lui qui a innové en renouvelant les censures de l'Eglise; mais bien, au contraire, ceux qui, ressuscitant des usages coupables, depuis longtemps oubliés, l'ont contraint à faire son devoir.

Mais ces jeux, ces tournois, ces exercices sont nobles, disent les décurions, ils sont une occupation pour la jeunesse et pour la noblesse; ils préviennent les désordres qui sont la conséquence ordinaire de l'oisiveté. Bien plus, ces exercices peuvent, en bien des circonstances, servir pour la défense de l'Église, du roi catholique et même de notre patrie.

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« Exercer la jeunesse et la noblesse dans des choses qui peuvent servir à la profession militaire, répond l'archevêque, n'a jamais été défendu dans mon édit sur les jeux. Ces exercices se peuvent faire beaucoup plus chrétiennement les jours fériés, puisqu'ils sont faits surtout par des personnes nobles et riches et non par des ouvriers qui, ces jours-là, sont retenus dans les boutiques ; mais consacrer à cet usage des jours qui doivent se dépenser entièrement au service de Dieu, non seulement c'est détourner des offices divins les personnes qui s'emploient à ces jeux, comme le prouve l'expérience, mais c'est encore le plus souvent les obliger à manquer la messe. Ils la font perdre à leurs serviteurs et à tous ceux qui travaillent aux préparatifs, aux vêtements, aux livrées et autres choses semblables, la nuit qui précède ces jeux, la matinée et même une partie du jour dans lequel ils ont lieu. Alors, nos écoles de la doctrine chrétienne sont interrompues, la parole divine n'est plus écoutée, les âmes n'ont plus l'assistance spirituelle dont elles ont besoin, pour vaincre leurs passions et pratiquer la vertu. On ne trouvera jamais un homme raisonnable qui puisse approuver ces exercices militaires, en un tel lieu, avec un concours de femmes, qui est de nature à donner à la jeunesse des habitudes de mollesse; ces usages sont opposés à la virilité des bons soldats. Ne serait-il pas mieux de les faire dans des lieux solitaires, à la campagne, loin de ces carrosses et de ces fenêtres. Alors la dépense serait moindre et l'on ne verrait pas tant de familles ruinées et tant de créanciers réclamer ce qui leur est dû. »

Si le saint a séparé les hommes d'avec les femmes dans les églises, c'est pour se conformer aux anciens

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usages de la discipline primitive, pour abolir des abus criants, et il s'applaudit des heureux résultats qu'il a déjà obtenus. Quant aux cérémonies, aux rits, aux règles à donner aux confesseurs, aux cas réservés, aux réparations ou autres choses à faire dans les églises, tout cela regarde l'évêque, c'est son droit, c'est l'exercice même de sa mission divine et nul, parmi les laïcs, n'a le droit d'intervenir dans ces questions.

Les décurions se montraient très jaloux de leur honneur; ils prétendaient que les nombreuses ordonnances du saint étaient de nature à nuire à leur réputation. « Ces édits, ces ordres, disaient-ils, donnent à notre cité une note d'infamie ('). » Le cardinal répond, avec raison, que les bonnes mesures et les réformes ne sont jamais infamantes ; mais qu'elles sont plutôt de nature à donner de la splendeur et de la gloire aux villes et aux provinces qui les acceptent (2).

Le gouverneur avait fait répandre le bruit que le Saint-Père ne condamnait point les réjouissances et les jeux publics, le dimanche; l'archevêque montre la fâcheuse influence de ces bruits, répandus dans le peuple, en racontant ce qui se passait sous ses yeux. « A Desio, dit-il, où je suis en visite, il y a bien longtemps qu'on n'avait point dansé. Quelques jeunes gens ont eu la pensée, dimanche dernier, le lendemain de Saint- Materne, patron du lieu, d'organiser une fête publique à l'heure même où a lieu la doctrine chrétienne. Aussitôt un grand nombre de femmes sortirent de l'église pour se rendre à la fête, au mépris d'une si sainte institution. Notre Seigneur peut imaginer si ce fut au

i. Art. 19.

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