‹ Histoire de Saint Charles Borromée, Cardinal, Archevêque de MilanChapitre 92 sur 169 · Chapitre tringMieutitème · texte numérisé non relu

Chapitre tringMieutitème

on l'accuse d'avoir plus d'une fois insinué à son pénitent que l'archevêque de Milan outrepassait ses droits épiscopaux dans plusieurs de ses ordonnances. Le supérieur général des Jésuites avait, en cette circonstance, recommandé à ses religieux de se tenir en dehors de toutes les controverses, soulevées entre l'archevêque et le gouverneur de Milan. Il avait spécialement insisté pour que cette recommandation fût adressée au père Adorno et au père Parra, confesseurs des deux parties litigantes et, ayant su que ce dernier n'avait pas toujours observé la plus extrême prudence, il l'appela à un autre poste pour l'éloigner de Milan.

Un autre membre de la Compagnie de Jésus, le père Jules Mazarin, sicilien et oncle du célèbre cardinal de ce nom, joua dans cette circonstance un rôle peu honorable. Homme d'un grand talent, d'une véritable éloquence, il avait su conquérir à Milan une certaine faveur. Il avait prêché le carême à la cathédrale, en 1578, et le gouverneur l'avait remarqué. Une grande intimité s'établit bientôt entre eux : le jeune père, «qui avait encore moins de bon sens que d'années ('), » ébloui par cette amitié, oublia bientôt les ordres de son général, et il épousa les sentiments du gouverneur contre le cardinal. Il ne manifesta pas d'abord publiquement ses pensées. Le marquis l'ayant invité à prêcher le carême dans l'église de son palais, il avait accepté,sans en référer à l'autorité de l'ordinaire ; mais il reçut, aux derniers moments, l'ordre de prêcher dans une autre église.

Froissé par cette mesure, il manifesta, dès le début

1. Ainsi s'exprime le père Bartoli, jésuite, cité par le père Joseph Boero, de la même Compagnie. V. Risposta a Vincenzo Gioberti sopra le letterd di San Carlo Borronieo, p. 77.

encore la lutte. 227

de sa prédication, son irritation, et bientôt, il ne sut plus mettre aucune borne à sa parole. Du haut de la chaire, il attaqua le saint par des allusions tellement claires qu'il était impossible de s'y méprendre. Le gouverneur venait chaque jour entendre son orateur favori et ces attaques, si peu déguisées, le remplissaient de joie. Les âmes pieuses en gémissaient profondément; les ennemis de l'archevêque triomphaient. Tout était fidèlement rapporté au saint, qui ne se plaignit pas, laissa l'orateur continuer ses attaques et ses allusions : il ne s'agissait que de sa personne et l'humble cardinal se taisait. Mais de la personne, le Jésuite passa à la critique des ordonnances et des actes épiscopaux ; la patience de Charles n'avait plus de raison pour se prolonger; on vint même l'avertir du scandale qui résultait de cette prédication et de la nécessité d'y imposer un terme. L'inquisiteur de la Foi, pour la province de Milan, et l'évêque de Lodi qui avaient entendu le père, prévinrent l'archevêque qu'il fallait absolument mettre un frein à ces excès. Il avertit alors les supérieurs de ce religieux; Mazarin n'en continua pas moins sa prédication et il s'enhardit au point qu'on l'accusa bientôt d'avoir émis du haut de la chaire des propositions hérétiques. Rappelé à Rome, on dressa contre lui un procès canonique qui ne fournit aucune preuve de la vérité de cette accusation ; néanmoins, le religieux fut puni par ses supérieurs ; le saint archevêque, plein d'une inépuisable charité, profita d'un voyage à Rome pour faire adoucir sa peine et lever, avant le temps, l'interdiction de la prédication (').

1. On peut, sur cette affaire, lire tout ce que raconte Oltrocchi, page 424, note a.

228 Cïjapttte tringtateutuème.

Le lecteur peut se rendre un compte exact des difficultés qui accablaient le saint archevêque: à Rome, à Madrid, à Milan, partout on l'attaque, on l'accuse, on le calomnie. Cette unanimité de plaintes devait impressionner la Cour romaine, et il n'est point étonnant de voir que plusieurs cardinaux lui soient opposés. De loin, comme il le dit souvent lui-même, on s'exagère les choses. Son agent lui écrit : « Ici on croit tout ce que l'on dit; on prétend que vous n'êtes pas aimé de vos diocésains. »

« Vous m'écrivez par le dernier courrier, répond le saint, que l'opinion à Rome est que je suis haï ici. Je ne voulais pas vous répondre : que cela soit vrai ou non, ce n'est pas, en effet, à moi de le dire. Je ne dois pas du- reste me préoccuper de plaire ou non aux hommes, surtout dans une charge comme celle de pasteur, dans laquelle Dieu permet qu'il se trouve tant de contradictions. En cette circonstance, je veux me rappeler ce que je vous ai écrit déjà : le gouverneur s'est plaint à une personne de qualité que j'avais tant d'autorité sur ce peuple, que j'en étais si aimé, que j'aurais toujours pu le faire agir comme j'aurais voulu. Et ils se servent même souvent de cela contre moi en Espagne (x). »

Le marquis d'Ayamont ne pouvait pas oublier le départ du père Mazarin de Milan, il regardait cette affaire comme un affront fait à lui-même. La pensée que toutes les ordonnances de l'archevêque étaient dirigées contre sa personne, ou conçues dans le dessein de lui déplaire, était devenue une idée fixe chez le gouverneur de Milan.

Le pape ne voulait rien décider de ces graves dis-

i. Lettre du 16 juillet 1579. - Bib. des Barn., tom. II, del Governo.

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eussions, sans avoir entendu le cardinal, et, de son côté, ce dernier écrivait à Speciano : « Je suis dans la résolution de traiter complètement toutes ces affaires avec Notre Seigneur, je me fais fort de le désabuser sur ce qui se passe ici. Beaucoup de choses, en effet, lui ont été présentées à l'envers de ce qu'elles sont, au grand préjudice de l'honneur de Dieu. Et puisque Notre Seigneur juge bon et ordonne que je ne me mette en route qu'après les pluies d'août, pour ne pas donner occasion de parler, j'ai décidé de partir après la madone de septembre. C'est la fête patronale de ma cathédrale et elle est si voisine du temps désigné pour mon voyage, que partir avant de l'avoir célébrée, prêterait encore davantage aux commentaires. Toutefois, je m'en remets à ce qu'ordonnera Sa Béatitude. Néanmoins, je ne voudrais pas qu'il résultât pour mon Église de nombreux et irréparables dommages, par suite de tous les bruits que ces gens vont répandant, avec beaucoup d'art, et surtout par les lettres du docteur Riccardi. Il prétend qu'il a appris de la bouche même de Sa Sainteté, et de plusieurs cardinaux, que Notre Seigneur a l'intention de prendre une décision sur tous les articles du mémoire qu'il lui a présenté, qu'elle sera entièrement favorable à toutes leurs demandes et que, en particulier, Notre Seigneur veut et entend qu'on danse les jours de fête, pourvu que ce soit à une heure différente de celle des offices. » Puis le cardinal ajoute qu'il va envoyer les principales réponses à faire à ce mémoire, que Mgr Speciano pourra s'en entretenir avec le pape et les cardinaux ('), avant son arrivée.

Pour lui, il ne veut qu'une seule chose : obéir au

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