‹ Histoire de Saint Charles Borromée, Cardinal, Archevêque de MilanChapitre 96 sur 169 · Chapitre trentième · texte numérisé non relu

Chapitre trentième

L'année suivante, le cardinal de Sens écrivait à saint Charles pour le prier d'envoyer un exemplaire de ses conciles au cardinal de Bourbon, afin de le stimuler à promulguer en France les décrets du concile de Trente et « il est bien certain, ajoutait-il, que le cardinal de Bourbon acceptera de Charles, comme d'un autre Ambroise, tout ce qu'il ordonnera (*). »

Le cardinal Borromée séjourna une semaine à Frascati , à la villa Boncompagni : les courtisans avaient dit que sa présence troublerait les plaisirs de la villégiature et ils furent les premiers à se féliciter du calme et de la joie que sa venue avait apportés au milieu d'eux. La cour pontificale était devenue comme un cloître. Chaque jour, à midi, le saint mangeait avec le pape et le soir, après le souper, il s'entretenait avec deux de ses familiers des choses qu'il aurait à traiter le lendemain avec le saint père.

Grégoire XIII avait une telle vénération pour le cardinal Borromée, qu'il voulut assister à sa messe, dans sa propre chapelle, et des témoins racontent qu'ils virent le pape approcher avec respect ses mains des vêtements sacrés qui avaient servi à l'archevêque (2). La cour du pontife se ressentit de la présence du saint au milieu d'elle et le neveu même de Grégoire, le cardinal Gastallani, décréta que sa famille cardinalice imiterait, à l'avenir, dans ses vêtements la modestie et la simplicité des familiers du cardinal Borromée.

De retour à Rome, Charles visita tous les cardinaux, il voulut même les recevoir à sa table, les uns après les autres, heureux de leur donner ces marques

i. Lettre du 15 avril 1 58a — V. Oltrocchi, p. 481, note b, 2. V. Oltrocchi, p. 481, note d.

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d'une fraternelle affection. Le luxe était banni de ces festins, tout y était frugal, modeste et digne d'un saint; mais la cordialité n'était point absente et si la simplicité du service édifiait les convives, la douceur des entretiens du maître, sa vertu sereine et forte gagnaient leurs cœurs. Il se concilia l'affection de tous ces princes de l'Eglise; il gagna tellement la confiance de deux cardinaux qui jusqu'ici s'étaient montrés hostiles à toutes ses réformes, qu'ils devinrent ses plus ardents défenseurs. D'autres conçurent pour lui une si profonde vénération qu'ils le choisirent pour leur conseiller le plus intime, pour le directeur de leur conscience et la Bibliothèque ambrosienne possède plus d'une lettre dans laquelle, après lui avoir révélé les secrets les plus cachés de leur âme, ces cardinaux lui demandent ses conseils et se montrent disposés à suivre les moyens qu'il leur indiquera pour se corriger.

On ne saurait dire toutes les œuvres de dévotion auxquelles il se livra pendant son séjour à Rome, ni combien de nuits il passa près de la tombe des martyrs, dans les catacombes ou dans les sanctuaires les plus vénérables. Il faut nous borner dans le récit de ces œuvres merveilleuses. Saint Charles fut heureux de revoir l'apôtre de Rome, saint Philippe Néri. C'est encore au modeste couvent et dans l'église de Saint-Jérôme de la Charité qu'il va le visiter, si nous en croyons le récit de Corraro, ambassadeur de Venise (r). Le fondateur de l'Oratoire n'est point encore établi près de l'église de Sainte- Marie délia Vallicella que lui a donnée le pape

1. L'ambassadeur parle de l'église des Hicronimites, ce qui ne peut s'appliquer qu'à cette église de Saint-Jérôme où se trouvait encore saint Philippe, qui ne se rendit qu'en 1583 à la Chiesa nuova.

C&apttte trentième.

et dont il a commencé la reconstruction. Son illustre ami, le cardinal Borromée, lui a donné en 1575 deux cents écus pour l'aider : saint Philippe n'a point oublié que ce fut le premier argent qui lui fut donné pour cette œuvre ('). Le petit nuage qui s'était élevé dans l'esprit de saint Charles contre son saint ami, à l'époque de la peste de Milan, est depuis longtemps disparu et l'une des premières visites de l'archevêque à Rome fut pour les prêtres de l'Oratoire. Il voulut faire quelque chose de plus, et malgré ses nombreuses occupations, il passa une journée entière avec eux. Le 4 octobre, fête de saint François d'Assise, le jour avait à peine lui que le saint cardinal arrivait à l'église de Saint- Jérôme. Il y célébra la messe, distribua la sainte communion jusqu'à midi, et au delà, à une foule si nombreuse qu'on avait rarement vu un pareil concours (2). Parmi les personnes qui communièrent de sa main, nous citerons Martin Navarre, très célèbre par sa science et ses vertus, qui s'abstint ce jour-là de célébrer les saints mystères, afin de se procurer cette consolation.

Après le dîner, Charles prit connaissance des règles de la Congrégation, il entendit le sermon du soir, assista aux vêpres chantées dans l'Oratoire, soupa avec les pères, passa la nuit, et, le lendemain, en#s'en allant, il dit aux religieux : « Vous êtes bienheureux d'avoir pour maître un homme qui a fait de si louables et de si saints règlements. »

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