‹ Histoire de Saint Charles Borromée, Cardinal, Archevêque de MilanChapitre 98 sur 169 · Chapitre trentième · texte numérisé non relu

Chapitre trentième

réponse qu'il ferait aux ambassadeurs de la ville de M ilan. 1 1 fut décidé qu'à l'arrivée de ces envoyés à Rome, l'archevêque partirait immédiatement pour Milan.

Quelques jours avant la réunion des décurions de la ville, le chapitre métropolitain avait cru devoir adresser à son pasteur une lettre de soumission et de dévouement. « Pourrions-nous avoir, lui disaient les chanoines, un père plus aimable, un pasteur plus diligent, un chef et un guide plus prudent que vous ? Vous connaissez très bien nos personnes, nos intérêts, la situation entière de notre Église. C'est pourquoi nous vous prions de tout gouverner, de tout conduire avec votre prudence et votre piété. »

M s1" Speciano avait communiqué cette lettre au saint père. Grégoire la prit et, tout rayonnant de joie, il s'écria : « Conservez-nous cette lettre, elle sera un témoignage incontestable de l'amour des Milanais pour le cardinal. Avec elle, je réfuterai tout ce que pourront m'objecter les ambassadeurs sur la haine, prétendue générale, excitée contre Borromée. >>

A Rome, où l'esprit satirique s'exerce si volontiers et souvent avec tant d'à-propos, dès qu'on apprit l'arrivée des ambassadeurs, on les appela aussitôt Ambasciatori del carnovale, les ambassadeurs du carnaval, faisant allusion aux causes principales des dénonciations du gouverneur contre l'archevêque.

Le marquis d'Ayamont ne prenait pas les moyens de gagner sa cause. Aveuglé par son orgueil effréné, au moment où partaient ses envoyés pour Rome, afin d'affirmer de nouveau son droit par une inutile bravade, il ordonna, un jour de fête, des jeux publics, auxquels ses fils prirent part. L'archevêque en ayant été informé, se

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hâta d'écrire à ces jeunes gens ; il leur exprime la peine qu'il avait ressentie en apprenant qu'ils avaient organisé des jeux, un jour de fête, à l'heure où l'on célébrait les offices au dôme. Il leur rappelle les censures qu'il a portées contre ceux qui se livrent à ces divertissements coupables et il s'étonne de voir les fils du gouverneur, ministre d'un roi si pieux, donner ce mauvais exemple, eux surtout qui ont reçu de leur vertueuse mère une si bonne éducation. «J'ai donné, dit-il, à mon vicaire le pouvoir de vous absoudre, si vos dispositions le méritent, sinon je devrai prononcer l'excommunication, car votre haute position vous rend plus coupables que les autres (1). »

Malgré les sérieuses préoccupations dont l'esprit de Charles devait être accablé par ces discussions et ces luttes sans fin, il ne négligeait à Rome aucun des autres intérêts de son Eglise. Il avait, du reste, tellement l'habitude d'agir toujours pour Dieu et par des motifs surnaturels, qu'il dominait toutes les passions humaines: rien n'était capable de troubler la sérénité de son âme, ni. le calme de son esprit. Pendant que le gouverneur, à Milan, cherchait les moyens de l'empêcher d'y revenir, lui. à Rome, ne songeait qu'aux œuvres qu'il y avait commencées et aux meilleurs moyens de les faire prospérer. Il y intéressait le pape, lui communiquait tous ses projets et sollicitait pour leur réussite ses conseils, le secours de ses prières et quelquefois même le bienfait de ses aumônes. C'est ainsi qu'il obtint plusieurs bénéfices en faveur du séminaire qu'il avait fondé pour les Suisses. Selon son habitude, il fit un choix d'ecclésiastiques remarquables par leur talent et leur vertu, et

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