‹ Histoire de Saint François d'AssiseChapitre 14 sur 23 · M. Ghavin de Malan · texte numérisé non relu

M. Ghavin de Malan

DK saint FRANÇOIS D'ASSISE. 201

ordinairement consacrée à visiter la basilique d'Assise, le tombeau de sainte Claire, Saint-Damien, tons 1rs sanctuaires vénérés de ce para lis de l'Apennin ; mais les bandes pieuses, en chantant des cantiques, aiment surtout h aller prier un instant dans L'humble el très-ancienne chapelljB Délie Garceri. Pour arriver à cette solitude chérie de saint François, il faut suivre une petite route qui serpente sur le liane du Monte-Soubazio. Le pauvre couvent occupé par les Rr format i est en partie adossé à un énorme rocher qui fait un des côtés du cloître. Au milieu de cette nature si pittoresque, si grandiose, en face de ce monument des saintes douleurs de la pénitence, l'homme qui aime Dieu verse des larmes bien douces, des prières ferventes

« L'intérieur du couvent présente l'aspect d'un grand caravansérail, ou se serait arrêtée une nombreuse caravane. Tous les bons paysans des environs, qui, plus d'une fois dans l'année, ont accueilli le frère quêteur, descendent de leurs montagnes et viennent demander à leur tour une hospitalité qu'ils n'ont jamais refusée. D'ailleurs, le couvent est par excellence la maison du peuple ; il s'y établit comme chez lui : dans la cour, il met son àne, son cheval, et il se couche tranquillement dans les corridors, dans les cloîtres, et sur les marches des escaliers. Tout le long de la route, de Pérouse à Spolète, à plusieurs milles, des marchands dressent leurs boutiques : on y vend des vivres, des étoiles et surtout des chapelets, des médailles et autres objets de dévotion; chacun veut emporter un souvenir, un gage qui doit charmer les embrassements du retour.

« Ce pèlerinage, qui nous paraît encore si nombreux, n'est rien en comparaison de ce qu'il était dans les siècles de foi

« En 1309, le bienheureux Jean de l'Alvernia, se trou-

io.

vaut à la Portioneule pour confesser dans le temps de l'indulgence, entendit la confession d'un homme âgé de plus de cent ans, portant l'habit du Tiers-Ordre, qui était venu à pied du lieu de sa demeure, entre Assise et Pérouse. Le confesseur, admirant son zôle, lui demanda comment il avait pu entreprendre ce voyage dans une si grande vieillesse. « Mon révérend Père, répondit-il, si je ne pouvais venir à pied, je me ferais amener, et môme traîner, pour ne pas perdre le profit de ce saint jour. » Le confesseur ayant voulu savoir d'où lui venait une telle confiance: « C'est, poursuivit le vieillard, que j'étais présent lorsque saint François, qui logeait souvent chez mon père, y vint un jour en allant à Pérouse, et nous dit qu'il allait demander au pape la confirmation de l'indulgence qu'il avait obtenue du Seigneur. Depuis ce temps-là, je n'ai pas mapqué, chaque année, à venir dans ce saint lieu le jour de la rémission, et je n'y manquerai pas tant que je vivrai. » Des rois, des princes, de nobles chevaliers se sont agenouillés dans la Portioneule, avec leurs vassaux, avec leurs sujets ; ils ont confondu leurs larmes et leurs prières.

« Au milieu du quatorzième siècle, une femme, illustre entre toutes, priait pendant la nuit de la rémission dans la Portioneule ; elle disait à Dieu : « Je suis troublée inté- .rieurement de ce que quelques-uns prétendent que ces indulgences sont fausses et ont été supposées par saint François. » Le Christ lui répondit : « Ma fille, le mensonge ne se trouve point où habitent la vérité et le feu de la charité divine. Mon ami avait en lui la vérité, et ce qu'il a dit est vrai. Voyant la tiédeur des hommes pour D eu et leur cupidité pour le monde, il me demanda une marque d'amour pour éteindre en eux le fi u de la cupidité et y allumer relui de la charité- La mar jue qqe je lui donnai, moi qui suis l'amour, lut que tous ceux qui

nrc SAINT FRANÇOIS !» SJB3

Rendraient vi les dâ

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\\ ui s pé< h s. » Or, i était la glorieuse servante

de Jésus-Christ, Brigitte

Le Qouveau Sinaï. — I jneurs. — Le pain <ln La

quête sur la table d'un cardinal.

Go n'était pas assez pour saint François d'Assise d'avoir enfin obtenu du Saint-Siège la publication de findulgen a accordée par Jésus-Christ; il voulait maintenant une appr ibation authentique de la règle qu'il avait donix l'Ordre tonde par so i zèle apostolique, mais il devait auparavant la rédiger plus succinctement, et pour cela, il voulait être seul avec Dieu, afin de travailler sous sa 1 inspiration. Il prit avec lui les frères Léon et I>onet il se rendit à Moute-Columba, dans le voisinage de Uieti.

eurs avaient là un couvent; mais leur saint fondateur voulait vivre dans la plus complète solitude, et, en arrivant, son premier soin fut de parcourir la partie la plus abrupte de la montagne, pour y chercher un abri dans les creux des rochers. Il le trouva tel qu'il p vait le souhaiter, s'y fixa, y jeûna au pain et à l'eau durant quarante jours, et ne sortait de sa retraite que pour ! écrire à ses compagnons ce que Notre-Scigneur lui avait dicté comme devant être la règle littérale destinée à recevoir l'approbation du pape.

Au bout de quarante jours, nouveau Moïse, il descendait de la montagne sur laquelle il s'était entretenu chaque jour avec Dieu pour régler la lé peuple, et

il retournait à Notre-Dame-des-Angcs, portant ! de la loi.

En arrivant, il remit à frère Élie, vicaire général de l'Ordre, la règle dictée par Notre-Seigneur, en lui recommandant de la lire attentivement et de la garder jusqu'au moment où elle lui serait réclamée. Ce moment ne tarda pas à se présenter. François, jugeant que frère Élie a eu tout le temps de réfléchir, lui demande le précieux manuscrit; frère Élie feint de l'avoir égaré, le cherche sans succès et le déclare perdu :

— Eh bien, dit le saint patriarche, je vais retourner à Monte-Columba, je demanderai à Dieu de me dicter de nouveau sa sainte volonté et je la ferai écrire comme la première fois.

Et il partit sans délai.

Frère Élie s'était formellement prononcé contre l'austérité de cette règle ; c'était là, sans doute, le secret de la perte du manuscrit ; le saint fondateur ne l'ignorait pas. Le vicaire général, voyant qu'il n'avait rien gagné, appela plusieurs Provinciaux, leur exposa les dangers auxquels la sévérité d'une telle règle exposerait les religieux, et les engagea à partir ensemble pour aller trouver François à Monte-Columba, et le conjurer d'adoucir la rigueur d'une règle si forl au-dessus de la faiblesse humaine :

— Ne serait-ce pas plutôt à vous, mon Frère, lui répondirent les Provinciaux, à vous charger d'une semblable mission ? Vous êtes vicaire général, tandis que chacun de nous n'est qu'un simple ministre de province.

— Je vous avoue, reprit Élie, que, connaissant la fermeté du Père et m'étant vu souvent l'objet de ses plus sévères remontrances, je n'ose m'exposer à ses reproches on y allant seul; mais je vous accompagnerai bien volontiers.

Ce plan fut accueilli, ils partirent ensemble, et, au moment où ils gravissaient la montagne sur laquelle Dieu se communiquait à François, le saint fondateur apprit du

Seigneur lui-même l'arrivée du frère Élie et des religieux qui l'accompagnaient. Aussitôt, il sort de la grotte sanctifiée par les communications divines, et paraissant devant

les coupables qui approchaient à grands pas, il lance sur frère Élie un regard foudroyant et lui dit :

— Que venez-vous faire ici ? Que demandez-vous ? Et que veulent tous ces ministres provinciaux que je vois avec vous ?

— Mon Père, répond Elie en baissant les yeux et déjà tout honteux de son action, ces ministres ayant appris que vous vouliez leur donner une règle au-dessus des forces humaines, m'ont engagé avenir, en qualité de vicaire, pour vous prier de la modérer, attendu qu'ils sont résolus à ne la point recevoir si elle est trop rigoureuse.

François, douloureusement ému, lève son regard vers le ciel et s'écrie :

« Seigneur, ne l'avais-je pas dit, que ceux-ci ne me croiraient point ? Pour moi, je garderai cette règle jusqu'à la mort, avec ceux des miens qui aiment la pauvreté; mais je ne pourrai y obliger ceux qui ne la veulent pasl »

Le saint achevait de parler lorsqu'une nuée lumineuse parut au-dessus de lui et saisit de frayeurMes religieux présents. Au milieu de cette nuée, Jésus-Christ se montra visiblement et dit d'une voix forte et qui fut entendue de tous:

« Petit homme, pourquoi te troubles-tu comme si c'était ici ton ouvrage? Il n'y a rien de toi dans la règle, c'est moi qui l'ai dictée, et je veux qu'elle s'observe à la lettre, à la lettre, à la lettre ! et sans glose, sans glose, sans glose ! Je sais de quoi la faiblesse humaine est capable, et je sais aussi quel secours je puis et je veux lui donner. Que ceux qui ne voudront pas observercette règle sortent de l'Ordre t J'en susciterai d'autres à leur place, et, s'il en était besoin, j'en ferais naître de ces pierres même î »

2f>(5 HISTOIRE

Pondant que la voix divine s'était fait entçndm François était reste prosterné sur le rocher ; ses compagnons s'étaient retirés à 1 écart et étaient restés également prosternés, la face contre terre ; les religieux coupables étaient demeurés sans mouvement, dominés par la frayeur, lorsque Jésus-Christ eut cessé de parler, François se relova et /adressant à frère Élie et à ceux qui l'accompagnaient, il leur dit :

— Comprenez-vous maintenant que votre complot n'a été qu'une opposition à la volonté de Dieu, et qu'au Heu de considérer ce qu'il peut faire pour nous, vous n'avez consulté que les faibles lumières de la sagesse humaine ? Avoz-vous entendu, avez-vous entendu la voix sortie de la nuée? Si elle ne retentit pas toujours à vos oreilles, je ferai en sorte crue vous l'entendiez une fois encore !

Nul ne répondit à ces paroles du saint patriarche ; tous se retirèrent dans une confusion inexprimable; mais, il faut bien le dire, toujours convaincus, ftpère Élie surtout, que la règle imposée par la volonté divine était impraticable.

François alla rejoindre alors les frères Léon et Bonzie, qu'il trouva prosternés en oraison :

— Levez-vous, mes enfants, leur dit-il, et ne craignez point; mais, comme des soldats de Jésus-Christ, revctezvous des armes de Dieu, et mettez-vous en garde contre }es embûches que le démon ne manquera pas de vous dresser sur la voie que vous suivez.

En descendant avec eux de la montagne, il se rendit au couvent et présenta aux religieux la règle qu'il venait de faire écrire et qui était de tout point conforme à celle du premier manuscrit. Après en avoir pris lecture, quelquesuns des frères lui dirent que le nombre des religieux leur paraissait trop considérable pour interdire absolument toute propriété dans l'Ordre; car il était à craindre que la

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