Sorte de caleçon
DE saint riivxr.ois D'ASSISE. 388
à leur exécution : moi son pauvre serviteur, je veux dire enterré sur la colline d'Enfer, dans le lieu où Ton exécute 1rs criminels.
Il appela ensuite le frère tagelo al lui dit :
— Écrivez, mon bien cher !<Yère, les paroles que je
vais dicter pour vous tous quiète! présents, pour ceux de nos Frères qui sont absenta et pour tous ceux c(ui entivront dans l'Ordre jusqu'à ta fin du monde. Avant de quitter la terre, un père doit taire sou testament ; voici le mien :
i Le Seigneur m'a fait la grâce, à moi, frère François,
de commencer ainsi à taire pénitence. Lorsque j'étais dans l'état du péché, il me semblait très-amer de voir les lépreux ; mais le Seigneur lui-mèm \ m'avant amené parmi eux j'exerçai la miséricorde à leur égard, et ce qui m'avait paru amer fut changé en douceur, et pour mon âme et pour mon corps. Alors je quittai le siècle, et Nôtre-Seigneur me donnant une vive toi en sa présence dans la sainte Eucharistie* je l'y adorais profondément, mais 'rèssimplement en lui disant: « Nous vous adorons, ô trèssaint Seigneur Jésus-Christ, ici et dans toutes les églises de la terre et nous vous bénissons d'avoir racheté ie monde par votre croix. »
• Il me donna aussi, et me donne encore, tant de foi aux prêtres qui vivent selon la tonne de l'Église romaine, à cause de leur caractère, que s'ils me persécutaient, ce serait à eux que je voudrais avoir recours : et quand j'aurais autant de sagesse qu'en a eu Salomon, si je trouvais des prêtres pauvres selon le monde; je ne voudrais pas prêcher dans leurs églises contre leur volonté. Je veux les craindre, les aimer, les honorer, eux et les autres, comme mes maîtres. Jo ne veux point considère* de péché en eux, parce que je vois en eux le Fils de Dieu, et par là, ils sont
mes maîtres ; car, en ce mon le, je ne vois rien de sensible du Fils de Dieu,' que son très-saint Corps et son très-saint Sang, qu'ils reçoivent, et qu'eux seuls a Jministrent aux autres... Nous devons encore respecter les théologiens et ceux qui nous annoncent la parole de Dieu, comme des ministres qui nous donnent l'esprit et la vie.
« Après que le Seigneur m'eut chargé de la conduite des Frères, personne ne m'enseigna ce qu'il fallait que je fisse, mais le Très-Haut lui-même me révéla que je devais vivre conformément au saint Évangile. Je fis écrire cette forme de vie en peu de paroles très-simples, et notre Saint Père le Pape la confirma.
« Ceux qui venaient embrasser cette vie donnaient aux pauvres tout ce qu'ils avaient, et se contentaient d'une seule tunique rapiécée et d'une ceinture de corde, n'ayant que des brayes en dessous; nous ne voulons rien davantage. Nous qui sommes clercs disions l'office comme les autres clercs ; les laïques disaient le Pater noster. Nous demeurions volontiers dans les églises pauvres et abandonnées ; nous étions des gens simples soumis à tout le monde. Je travaillais de mes mains, et je veux travailler. Je veux aussi que tous les Frères s'occupent à un travail convenable pour le bon exemple et pour fuir l'oisiveté.
« Que les Frères ne reçoivent ni églises, ni maisons qui ne soient conformes à la sainte pauvreté que nous avons promis d'observer, et qu'ils soient dans leurs demeures
comme des étrangers et des voyageurs Quand ils ne
seront pas reçus dans un lieu, qu'ils fuient dans un autre et y fassent pénitence, avec la bénédiction de Dieu.
« Je veux absolument obéir au ministre général de cette fraternité et au gardien qu'il lui plaira de me donner; et je veux être tellement lié entre ses mains, que ja ne puisse rien faire contre sa volonté, parce qu'il est
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mon maître. Bien que je sois siniple el infirmé, je veux avoT toujours un clerc qui me dise l'office, ; in i qu'il es! marqué dans la règle. Que tous les Frères soient tenus de même d'obéir à leurs gardiens el de fkire l'office selon la
• Que les Frères ne disent point : c'est ici une autre règle; car c'est un mémorial, un avertissement, une
exhortation, et mon testament, que moi, frère François, votre très-petit serviteur, j'adresse à vous, mes Frères, rqui êtes bénis de Dieu, alin que nous observions mieux, d'une manière catholique, la règle que nous avoh's promis au Seigneur de garder. Oncle ministre général et tous les autres ministres et custodes soient tenus par obéissance de ne rien ajouter à ces paroles et de n'en rien retrancher. Qu'ils aient toujours cet écrit avec eux, joint à la règle, et que, dans tons les chapitres qu'ils tiendront, lorsqu'ils auront lu la règle, ils lisent aussi ces paroles. Je défends absolument à tous mes Frères, clercs et laïques de mettre des gloses à la règle et à cet écrit, en disant : C'est ainsi qu'on les doit entendre. Mais (\ mme le Seigneur m'a tait la grâce de les dicter purement et simplement, et sans glose, et mettez-les en pratique jusqu'à la lin par de saintes actions. Quiconque observera ces choses soit rempli au ciel de la bénédiction du Père céleste, le Très-Haut» et sur la terre de la bénédiction de son Fils bien-aimé et du très-saint Esprit consolateur, avec l'assistance de toutes les vertus célestes et de tous les saints ; et moi, frère François, votre très-petit serviteur en Notre- Seigneur, je vous confirme tout autant que je le puis, cette très-sainte bénédiction au dedans et au dehors. Ainsi soit-il. »
Lorsque ces instructions fuient édites ' vers le soir,
i. Nous les avons un peu abrégées.
François ordonna aux frères Léon et Angelo de lui chanter le Cantique du Soleil, et il s'unit avec une allégresse indicible à ce chant d'amour. Le cantique achevé, il croisa de nouveau ses bras, il donna au nom et par la vertu de Jésus crucifié, une suprême bénédiction aux présents et aux absents, et il ajouta :
« Adieu, mes enfants ; je vous dis adieu à tous. Je vous laisse dans la crainte du Seigneur; demeurez-y toujours. Le temps de l'épreuve et de la tribulation approche : heureux ceux qui persévéreront dans le bien. Pour moi, je vais à Dieu avec empressement, et je vous recommande tous à sa grâce. »
Il demanda ensuite à entendre la lecture de la Passion de Notre- Seigneur, dans l'évangile de saint Jean ; lorsqu'elle fut achevée, il récita, d'une voix presque éteinte, le psaume 141, et au dernier verset, en prononçant ces paroles qui le terminent : les justes sont dans V attente de la récompense que vous me donnerez, il poussa un léger soupir... Son âme avait brisé ses liens, elle était entrée dans l'éternité et jouissait déjà de la félicité des saints 1 ! Il avait près de quarante-cinq ans.
Frère Au Lrns tin. — L'évoque d'Assise. — Constatation des stigmates. — Glorieuses funérailles. — Miracles. — Colline du Paradis.
Le provincial de la Terre de Labour, dangereusement malade, était le samedi soir 4 octobre, à la dernière
1. Les historiens de saint François d'Assise laissent ignorer la manière dont il reçut les derniers sacrements ; le P. Chalippe attribue cette omission à l'usage adopté par les hapiographes de l'époque de ne mentionner que 1ns faits extraordinaires de la vie <}<t< suint-, et
non celles de leurs actions qui rentraient dans la vie chrétienne commune à tous les enfant- de L'Égifee.
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extrémité : plusieurs religieux entouraient sa couche et prikieni pendant son agonie. Tout à coup, le mourant >«> ranime :
i Attendez-moi, mon Père I attendez-taôi I levais avec
vous. »
— À qui parlez-vous donc, mou Frère? lui demande un religieux.
— Hé! répondit-il, ne voyez-vous pas notre Père François qui va au eiel.
Au même instant, le bon provincial cessait de souffrir, son âme avait rejoint celle de son Père François. Ce provincial était frère Augustin d'Assise, en grande réputation de vertu parmi ses Frères.
Le même jour et à la même heure, l'évêque d'Assise, alors en pèlerinage à Saint-Michel, sur le mont Gargâno, dans le royaume de Naples, vit saint François d'As paraître devant lui et le regarder avec tendresse, en lui disant : « Je quitte la terre et je vais au ciel. » Le prélat s'empressa de raconter cette vision aux prêtres qui l'accompagnaient ; mais tous ignoraient si François était réellement mort ce jour-là. Bientôt la vérité leur fut connue, et nul ne s'étonna de cette apparition, d'après l'affection du saint pour le premier Pasteur de son diocèse.
François avait demandé à rester quelque temps étendu SUT la terre nUe après que son âme se serait séparée de son corps : celte volonté fut respectée, et lorsque ce temps fut écoulé, la noble veuve lacoba de Settisoli demanda la faveur de laver et d'ensevelir le corps vénéré, avec Faidede ses deux fils, sénateurs romains; elle le revêtit ensuite du cilice qu'elle avait apporté, et baisa chacune de ses plaies avec un respect profond. S s tils les examinèrent attentivement et ne pouvaient assez admirer un tel prodige.
« On voyait dans ses mains et dans ses pieds, dit saint Bonaventure, d'après un très-grand nombre de témoins
oculaires, — des clous noirs comme du fer, merveilleusement formés de si chair par une vertu divine; ils adhéraient au point que lorsqu'on les poussait d'un côté ils avançaient de l'autre, ainsi que des nerfs durs, et d'une seule pièce. Rien n'empêchait de voir la plaie de son côté qu'il cachait avec tant de soin pendant sa vie. Cette plaie, que la main de l'homme n'avait point faite, et qui ressemblait à l'ouverture faite au côté du Sauveur, était de couleur rouge, et ses bords repliés en rond la faisaient paraître comme une rose rouge. La chair du saint, naturellement brune, et que les fatigues et la maladie avaient rendue basanée, devint extraordinairement blanche et représentait les robes blanchies dans le sang de l'agneau, dont les saints sont revêtus au ciel. Ses membres étaient flexibles comme ceux d'un petit enfant. »
La nouvelle de la mort de François se répandit dans la vallée avec une prodigieuse rapidité; le concours fut immense toute la soirée et toute la nuit à l'église de la Portioncule, où le corps était exposé. Chacun tenait à vénérer les restes mortels du saint de l'Italie, et à contempler les saints stigmates que quelques religieux seulement a aient pu voir pendant sa vie. Les magistrats et le clergé d'Assise furent les premiers admis ; ils les touchèrent, les baisèrent respectueusement et en attestèrent la réalité. Les principaux habitants de la ville leur succédèrent ; la plupart avaient souvent exprimé des doutes sur l'existence des saintes plaie>, et ils voulaient constater par eux-mêmes la vérité sur ce fait si merveilleux. Parmi les plus incrédules on distinguait Jérôme, chevalier de renom, qui, nouveau Thomas, avait souvent déclaré qu'il ne croirait pas aux stigmates de frère François avant de les avoir VUS de ses yeux et touchés de ses mains. 11 était bon chrétien, sa conduite était des plus honorables, sa réputation était
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?nns tache, son témoignage devait être apprécié et avoir Dite autorité d'autant plus grande, «pn* son incrédulité avait paru plus obstinée. Il fut un (U*> premiers arrivés el des plus empressés à demander la permission de s'aqsij|rer de Pexistence des miraculeuses plaies : les religieux ne Rirent pas moins empressés à lui laisser toute liberté sur ce point.
Le chevalier en usa hardiment, disent les historien? du saint : il fit mouvoir les elous des pieds et des mains, afin de les enlever et de dénoncer la supercherie qq'il soupçonnait, mais il se vit forcé de reconnaître «pièces clous al lieraient à la chair de manière à ne les pouvoir arracher. I1 mit ses doigts dans la plaie du côté, l'examina dans tous les sens, et s'écria qu'il n'aurait jamais cru celte merveille s'il ne lui eût été donné de la vérifier ainsi. Les premiers personnages d'Assise étaient là ; tous furent témoins de sa surprise et l'entendirent protester qu'il était prêl à signer ce dont il ne lui était plus permis de douter. Il fut, en effet, un des plus zélés défenseurs des stigmates de saint François, et en attesta la vérité, après en avoir prêté serment sur les saints Évangiles.
La nuit se passa tout entière à l'église, et pour les Frères-Mineurs, et pour un grand nombre de personnes attirées par leur vénération pour le saint patriarche dont elles pleuraient la perte.
Le lendemain dimanche, le corps fut porté à Assise sur les épaules des plus nobles habitants de la ville, qui en avaient sollicité l'honneur; les religieux l'escortaient, portant des cierges ou des branches d'olivier, et chantant des hymnes et des cantiques.
On voulut donner à sainte Claire et h ses filles, dont la douleur était inexprimable, la consolation de voir leur vénéré Père une dernière fois, et de contempler ses sacrés stigmates qu'il leur avait toujours cachés soigneusement.
Le convoi fut donc dirigé sur Saint-Damien, où il fit une station.
Sainte Claire, la première admise à baiser les plaies de celui qui l'avait retirée du monde et donnée à Jésus crucifié, s'efforça d'arracher un des clous de ses mains, désirant le conserver comme une des reliques les plus précieuses pour son monastère ; ce fut en vain, il résista à tous ses efforts ; mais il en sortit du sang dont elle imbiba des linges. Elle prit ensuite la mesure de la longueur du corps, afin que l'artiste conformât à sa taille naturelle, la statue du saint qu'elle voulait placer dans le chœur des religieuses.
Le convoi se remit en marche; suivi d'une multitude de fidèles, il traversa les principales rues de l'heureuse cité d'Assise, toutes ornées de guirlandes de verdure ou de riches draperies, et arriva ainsi, au milieu des plus grands honneurs, à l'église de Saint-Georges, où la sainte dépouille fut déposée. « Là, où il avait commencé à étudier dans son enfance, dit saint Bonaventure, là où il avait fait sa première prédication, là aussi devait être son premier lieu de repos. »
Le frère Élie, vicaire général, écrivit à tous les ministres provinciaux une lettre circulaire pour leur annoncer la perte irréparable que l'Ordre venait de faire. Après leur avoir donné tous les détails que nous connaissons, il ajoutait :
« On a vu François notre frère et notre Père, quelque temps avant sa mort, dans un état de crucifié, ayant sur son corps cinq plaies semblables à celle de Jésus-Christ : des clous de la couleur des clous de fer, transperçant ses mains et ses pieds, et son côté étant ouvert, comme par un coup de lance, d'où souvent il sortait du sang. Immédiatement après sa mort, son visage, qui n'était point beau pendant
sa vie, est devenu blanc, brillant et 'l'une beauté extraordinaire. Sjes membres, dont la maladie avait contracté les nerfs e\ les avait raidis comme qeijx d'un mort, se sont, trouvés flexibles comme ceift 'l'un enfant, el si maniabl s que Ton pouvait les poser comme on voulait... »
François avait fait tant de miracles pendant sa vie, que les malades arrivés de tous côtés, affluaient & l'église de Saint-Georges aussitôt après son inhumation!
Une jeune fille dont, la tête était tournée sur l'épaule, et dont toute la ville d'Assise connaissait depuis longtemps la monstrueuse infirmité, se posa sur le tombeau et se releva guérie.
Un ami du saint patriarche, aveuglé depuis cinq ans, s'agenouille sur son tombeau, lui demande de lui rendre la vue, et la recouvre au même instant.
Deux aveugles de Spello virent également cesser leur cécité par le même moyen.
Un enfant s'était brisé dans une chute; depuis trois jours, il était comme mort : sa mère fait vœu de le porter au tombeau de François, s'il guérit, et la santé lui est rendue dans le moment.
Une infinité d'autres miracles avaient lieu dans tous les environs, dès ce même jour, et les jours suivants, et ils étaient si incontestables, que les curés les publiaient à Rome, où ils avaient appelé la plupart de ceux qui ea avaient été l'objet.
La mort du pape Honorius III suivit de près celle de saint François ; l'Église perdait ce Pontife le 18 mars 12^7. Le lendemain, le sacré collège, à l'unanimité, élevait sur la chaire de saint Pierre le cardinal Ugolini, qui prenait le nom de Grégoire IX. François lui avait prédit qu'il serait pape.
Longtemps protecteur de l'Ordre des Frères-Mineurs, il lui restait profondément dévoué. Après avoir confié ce protectorat à son neveu, le cardinal Reinaldi, il voulut présider le chapitre qui se tint à Rome pour l'élection du supérieur général. Frère Élie ayant obtenu la majorité des suffrages, le pape confirma l'élection. C'était le 6 juin, veille de la Pentecôte.
Bientôt, une sédition excitée et fomentée par la faction impériale, força le pape à quitter Rome et à se réfugier à Rieti. De là, il se rendit à Assise pour y vénérer son saint ami et lui recommander la barque de saint Pierre, si violemment agitée en ce moment. La ville entière supplia le Pontife souverain de procéder à la canonisation de François dont les miracles se multipliaient chaque jour depuis sa mort ; Grégoire choisit les cardinaux les plus opposés à une canonisation si prompte, et en forma une commission qu'il chargea d'examiner les preuves.
Cependant, frère Élie, voulant conserver à l'Ordre ses droits bien légitimes sur le corps de son saint fondateur, avait demandé aux consuls l'autorisation d'établir des Frères-Mineurs près de l'église Saint-Georges, afin que les restes mortels du saint patriarche fussent honorés chaque jour par ses enfants. Les consuls, ne pouvant refuser, s'étaient exécutés ; mais le pape, prévoyant des difficultés dans l'avenir, profita de sa présence à Assise pour déclarer sa volonté d'élever à la gloire de François un monument digne de sa haute sainteté, monument qui serait à jamais la sépulture du séraphique patriarche. Il ordonna à frère Élie de chercher, en dehors des murs de la cité, un lieu convenable pour y construire une église et un monastère dont il ferait les frais. Grégoire IX partit ensuite pour Pérouse, où l'appelaient ses démêlés avec Frédéric II.
DR SAINT ThANCOIs D ASSISE. SSII
Par une disposition toute providentielle, Élie netn Remplacement réunissant toutes les conditions désirables pour l'exécution des ordres du pape, que sur la colline d'Enfer, à l'endroit, et sur le rocher même Dû les oo damnés subissaient le dernier supplice. C'était là précisément le lieu que François avait désigné pour sou tombeau. Mais lorsque livre Klie le demanda aux consuls, ces magistrats se récrièrent sur un tel choix, te considérant comme une sorte d'outrage à la mémoire d'un saint qui était la gloire de la cité. Les Assisiena eux-mêmes semblaient vouloir s'opposer par la force aux plans de frère Élie ; il fallut en appeler à la décision du pape. Cette décision ne se fit pas atten lie. Grégoire IX a; prouva le choix delà (olliue d'Enler, et déclara que son nom serait changé et que désonnais elle serait appelée colline du Paradis. Toute opposition dut céder; le 30 mars 1228* les consuls de la ville d'Assise déclaraient la colline d'Enfer fief du Saint-Siège, et l'acte était signé par l'un d'eux, Simone Puzarelli; il est conservé dans les archives de la ville.
Canonisation. — Translation. — Enlèvement. — Lettre du pap»v — Le< stigmates reconnus par plusieurs papes — L'Alvemia bénie par sept évoques. — Recherches et découverte du corps de François. — Brel de Pie Vil. — Frère Élie. — Diverses réformes. — Tiers-Ordre de saint François
La commission des cardinaux chargés d'examiner les preuves de la sainteté de François, et des nombreux miracles qui avaient suivi sa mort, venait d'achever son travail. Tous les témoins étaient vivants, tous les malades, les infirmes, les aveugles, les sourds et les muets à qui le saint patriarche avait rendu la santé, le mouvement, la vue ou la parole et L'ouïe, tous les morts qu'il avait ressuscites, tous ceux qui les avaient connus étaient là pleins de vie,
attestant la vérité des faits. Jamais informations de ce genre ne furent si faciles et si promptes. Le pape proposa la canonisation en consistoire ; il n'y eut qu'âne voix pour en reconnaître l'opportunité et décider qu'elle pouvait être immédiate ; le jour de la cérémonie fut donc fixé au 16 juillet de la même année.
Dès la veille de ce grand jour, la vieille cité, qui avait vu naître sur la paille d'une étable le pauvre évangélique, dont la voix la plus auguste allait proclamer la gloire, la vieille cité d'Assise ne pouvait contenir dans ses murs les flots (le seigneurs, de prélats, de chevaliers, de peuple accourant de toutes les parties de l'Italie, pour assister au triomphe de l'humble frère François. Grégoire IX avait annoncé qu'il se transporterait à Assise pour y célébrer la canonisation de son ami ; or, c'était la première fois, que Ton voyait le Souverain Pontife se rendre sur le tombeau d'un saint personnage pour le déclarer admis dans îe catalogue de ceux à qui l'Eglise permet de rendre un culte public. C'est aussi la première fois que l'Église se prononçait deux ans seulement après la mort du saint qu'elle plaçait sur ses autels.
Le dimanche, 16 juillet, le Souverain Poniife faisait ouvrir le tombeau de saint François, en présence des cardinaux, des prélats et des seigneurs de la cour romaine; il examinait le saint corps, il en vénérait les stigmates et ,a\ faisait constater la réalité à tous les personnages dont il était eniouré, puis, après une prière fervente, il montait sur son trône et prononçait un magnifique et touchant éloge de François ; il termina en le proclamant digne de recevoir le culte que l'Église rend à ses saints, et fixa sa fête au 4 octobre, jour de sa mort.
Avaril de quitter Assise, Grégoire IX posa sur la colline du Paradis la première pierre de l'église dédiée à saint François, et assigna aux frais de cet édifice la plus grande partie de ses revenus de la vallée de Spolète.
IhrèreÉlie voulail que cette église sqrpassàt en magnificence toutes celles d'Italie. Pour atteindre ce but, la somme assignée par le pape devait être insuffisantes ou tout au moins faire traîner en longueur les impenses Iravaux dont ce religieux avait conçu le plan. Afin de remédier S ces inconvénients, il trouva très-simple d'enfreindre la règle du saint fondateur, en employant mille moyens pour se procurer de l'argent. Il en vint même à imposer les couvents de l'Ordre, ce qui les jetait tous dans l'irrégularité. Ces diverses ressources perçurent à Klie de pousser les travaux si activement, que, vers la lin de févrjer 1230 , l'église inférieure et le couvent étaient presque achevés.
Après en avoir reçu l'ordre du Souverain Pontife, frère Élie fit savoir à tous les Frères-Mineurs et à tous les princes chrétiens que la translation du corps de saint François de l'église Saint-Georges dans celle qui devait porter son nom aurait lieu le 2o mai de la même année, et qu'il y tiendrait le même jour un chapitre général de l'Ordre.
La réputation de François était universelle ; tous les princes et souverains catholiques s'empressèrent d'envoyer de riches offrandes à la nouvelle église, et le pape, ne pouvant se rendre à cette solennité suivant son désir, députa trois légats chargés de déposer en son nom sur le tombeau du glorieux patriarche, une croix d'or, enrichie de pierreries, renfermant une parcelle de la croix du Sauveur; des vases sacrés d'une grande richesse ; un rétable d'autel en or semé de pierres précieuses ; des ornements du plus grand prix, et une somme d'argent pour l'achèvement de la basilique.
Le concours des pèlerins fut si considérable qu'il furent obligés de camper en plein air dans la campagne, ne pouvant trouver place dans la ville. Le 28 mai, le saint corps, ayant été retiré de son tombeau provisoire, fut porté so-
lennellement, parles trois légats et frère Élie, sur un char disposé avec magnificence et traîné par des bœufs richement caparaçonnés l. Les Frères-Mineurs venus au nombre de deux mille pour la tenue du chapitre, marchaient sijr deux files, portant des palmes et des flambeaux ; autour du char, les légats, les évêques, frère Élie et ceux de ses religieux nommés par le Pape vicaires apostoliques, pour la circonstance ; le clergé et les magistrats venaient ensuite, et leurs hommes d'armes fermaient la marche. La foule était compacte sur tout le parcours du cortège et une masse de peuple le suivait.
Le cortège était arrivé en bon ordre sur la colline du Paradis, chantant des hymnes composés par le pape en l'honneur de François, lorsque tout à coup, il se fait un tumulte effroyable; le saint corps est enlevé, il est emporté précipitamment dans l'église, dont les portes sont aussitôt fermées avec violence, et il est déposé dans un caveau, dont la grille se referme de telle sorte que nul ne puisse la rouvrir. Les pierres retombent sur cette sépulture, et les précieux restes de François y sont privés de tous les honneurs que l'on s'était promis de lui rendre.
Comment cet événement fut amené ?
L'on prétendit que les Assisiens, auteurs de cette sorte de profanation, ayant aperçu un trop grand empressement dans le peuple, avaient craint que le saint ne leur fût enlevé, qu'ils avaient voulu s^en assurer la possession, et dérober à tout le monde, même aux Frères-Mineurs, remplacement du saint tombeau. Frère Élie, toutefois , ne pouvait l'ignorer, puisqu'il connaissait le plan et avait présidé à tous les travaux ; mais il garda peut-être son
I. L'étoffe qui les recouvrait était de couleur écarlate et brodée très-délicatement ; L'empereur des Grecs l'avait envoyée en présent au tombeau de saint François. Plus tard, on l'employa à .faire des ornements sacerdotaux pour l'église du saint.
secret à l'égard de ses Frères, <'r qui lit supposer qu'il s'était oniondu ave,c les consuls, dans la crainte que Ton ne cherchât plus tard à diviser le saint corps pour en distribuer des parcelles à toutes les maisons de l'Ordre.
Grégoire IX, vivement affligé d'un tel ado de la part des Assisiens, écrivit aux évêques de Pérpuse et de Spolète:
« J'ai comblé de bienfaits los habitants d'Assise ; ils devaient m'en êtiv reconnaissants, et les ingrats m'ont outragé t Après avoir canonise saint François, je fais bâtir en son honneur une église* dont j'ai mis la première
pierre de nies propres mains; je l'ai illustrée de plusieurs titres qui honorent la ville d Assise; j'y ai fait transporter par l'autorité apostolique le corps du saint; j'ai commis pour mes vicaires à cet effet le général des Frères-Mineurs, et d'autres bons religieux du même Ordre; j'ai attaché de grandes indulgences à cette église, et ils ont été assez insensés pour mettre leurs mains profanes et sacrilèges sur ce qui ne devait être touché que par des ministres sacrés! Ils ont troublé cette sainte solennité et ont empêché de rendre au saint l'honneur qui lui était dû !... »
Les consuls envoyèrent aussitôt une députafion à Rome pour implorer le pardon du pape, et la paix fut accordée.
Ce qui paraît inexplicable, c'est que le pape n'ait pas exigé (pie frère Élie fit connaître à l'un de ses religieux, au moins, Fendroit où repo-aii le coips du saint, et que, pendant six siècles, les Frères-Mineurs l'aient ignoré! Ni 'es magistrats d'Assise , ni les évêques qui se sont succédé n'ont connu la place occupée par ce c:ivem. Ce ne fut qu'en 1818, qu'il lut découvert comme nous le dirons plus loin.
L'église de Saint-Georges, où le corps du séraphique
François avait reposé pendant plus de trois ans, fut donnée par le pape aux Pauvres-Dames de Saint-Damien ; mais frère Élie la fit reconstruire et leur fit bâtir un monastère, celui de Saint-Damien étant devenu insuffisant pour leur nombre. Elles ne se transportèrent dans celui ) de Saint-Georges qu'à la mort de sainte Glaire, dont le tombeau est celui qui reçut provisoirement celui du saint fondateur.
En 1237, Téveque d'Olmutz ayant défendu dans son diocèse de représenter saint François, ou tout autre saint, avec les sacrés stigmates de la Passion de Jésus-Christ, Grégoire XI lui adressa un bref daté de Vilerbe, le 31 mars, lui ordonnant de réparer un tel scandale et de cesser d'offenser la majesté divine en niant la vérité des stigmates, que tant et de si graves personnages ont touchés après la mort du saint.
Une bulle du même pape défend, sous peine d'anathème, de parler contre les stigmates de saint François, et exhorte les fidèles à les considérer comme un prodige divin et d'une incontestable vérité. Cette bulle est conservée à Assise.
Le pape Alexandre IV, au témoignage de saint Bonaventure, et en sa présence, certifia la vérité des stigmates comme les ayant vus et touchés par lui-même, pendant la vie du saint. En 1255, le même pape adressait une bulle à tous les évoques de la catholicité, leur ordonnant de célébrer tous les ans le 4 octobre, jour de la fête de saint François , la mémoire des saints stigmates , et d'annoncer publiquement cette merveille à leurs diocésains. « Si quelqu'un, dit-il dans cette bulle, agité de l'esprit j insensé d'une présomption téméraire, ou envieux de la libéralité divine, ose entreprendre de combattre d'une bouche sacrilège cette détermination du siège apostolique, ou d'attaquer par des discours malins le miracle
des stigmates, ou les autres qui fonl éclater dans l'église la sainteté du bienheureux confesseur, nous ordonnons que son prélat le punisse sévèrement, pour té faire rieveniràson bon sens ci lui apprendre à oe plus blasphémer les œuvres de Dieu... » Cette bulle esl datée d'Anagnie, l<i 21) novembre l?55.
En 1279, écrivant au chapitre général tenu à Assise, le pape Nicolas III dit aux Frères-Mineurs que leur Ordre esl honoré des stigmates de Jésus-Christ, dans la personne de saint François.
La montagne de l'Alvernia était devenue un but de pèlerinage, non-seulement pour les Italiens, mais aussi pour tous les peuples de l'Europe. Le Saint-Siège, par une bulle d'Alexandre IV, Pavait prise sous sa protection spéciale, la nommait une sainte montagne, et défendait expressément aux Frères-Mineurs de l'abandonner jamais, leur enjoignant de la révérer comme un lieu sanctifié par la présence des esprits célestes envoyés de Dieu vers saint François, et par les stigmates dont il fut honoré. Cette bulle est datée de NapTes, le 22 mai 1255.
Le 20 août 1260, saint Bonaventure, alors général des Frères Mineurs, était sur la montagne de l'Alvernia, avec près de mille religieux, et assistait à une solennité bien consolante pour son Ordre, et surtout pour les Frères qui avaient eu, comme lui, le bonheur de connaître le saint fondateur. Les évéques d'Arezzo, de Florence, de Fiesole, de Pérouze, d'Assise, d'Urbino et de Cita-di-CastelIo> consacraient la grande église et la dédiaient à la fois à Notre- Dame-des-Anges et à saint François. Puis ils dépendaient la montagne, entourés et suivis des prêtres et des religieux portant des cierges ou des palmes, et chantant des hymnes et des psaumes; ils firent le tour de l'Alvernia, à travers
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les flots pressés des pèlerins, et la bénirent sous le nom de montagne séraphique.
\ L'église principale, commencée en 1348 , par Tarlat, (comte de Chiusi, et par sa femme Joanna, comtesse de I Santa-Flore, fut terminée dans le siècle suivant par le sénat de Florence, que le pape Eugène IV avait institué conservateur de la séraphique montagne. Cette église est entourée d'un portique se prolongeant d'un côté jusqu'à l'église des stigmates , dont la voûte azurée est semée d'étoiles d'or ; cinq lampes d'argent, présent du cardinal Montalto, en 1609, pendent devant l'autel. Au milieu de ce sanctuaire, et protégé par une grille posée au-dessus, est le lieu béni sur lequel saint François reçut la faveur des glorieux stigmates du Sauveur. Cette église, bâtie en 1264, par Simon, comte de Battifolio, fut consacrée en 1310 par Renaldi, archevêque de Ravenne, et Aldobrandini, évêque d'Arezzo ; elle porte le titre de la Sainte-Croix, des Saints-Anges, et de Saint-François.
Mais ce n'est pas seulement sur la montagne de FAI— vernia et dans la cité ou la campagne d'Assise que les monuments élevés à la gloire du séraphique François attirent les pèlerins et charment leur piété. Partout, en Italie, on retrouve le souvenir des prodiges qu'il opérait au milieu des populations accourues au-devant de lui pour entendre sa parole toujours si simple et toujours si féconde.
On se rappelle que pendant la cérémonie de la translation du corps de saint François, au moment où on approchait de la basilique bâtie en son honneur, le saint corps lut enlevé tumultueusement, la cérémonie suspendue, et le cortège forcé de se retirer sans avoir pu déposer dans le tombeau préparé les restes vénérés du saint patriarche, et lui rendre à cet instant solennel les honneurs qui lui
étaient dus. Cet événement, nous l'avons dît, avail donné lieu ;i mille conjectures. Les Frères-Mineurs tenaient pour certain que le corps de lôur fondateur avail été déposé dans le tombeau réservé el préparé poujr lui, el que ce
tombeau ne pouvait être que sous le nnihv-autd, puisque
l'église lui était dédiée, Mais leurs contradicteurs se plaisaient à supposer que les Assisiens l'avaieni placé ailleurs, et dans un lieu si bien caché, qu'il ne serait jamais possible de le découvrir.
Le pape Paul V, afin de metlre un terme ;i cette polémique, rendit un décret par lequel il défendit expressément, pour le présent et pour l'avenir, d'entreprendre des fouilles dans la partie inférieure de la basilique de saint François. Cette mesure empêcha les fouilles, mais ne changea rien à l'incertitude que l'on s'efforçait d'entretenir. Gela dura ainsi jusqu'en 1818.
A cette époque, le frère Joseph-Marie de Bonis, ministre général des Mineurs Conventuels, obtint du Souverain Pontife Pie VII l'autorisation de rechercher le corps du saint patriarche François, et de le reconnaître de la manière la plus authentique. Ce travail devait se faire secrètement.
« Il ne pouvait y avoir de doute, dit M. l'abhé Riche, traducteur des Fioretti, relativement à l'endroit où il fallait commencer les travaux; car, d'abord une tradition du couvent attestait qu'un souterrain existait sous le grand autel. Une inscription, toute postérieure qu'elle était au xme siècle, fournissait un autre indice qui n'était pas suspect. Sur un marbre de l'autel, on lisait ces mots : SepulciniK (jloriosum. Les anciennes peintures fournissaient aussi leur preuve. Il y avait dans la basilique un tableau du célèbre Giunta de Pise, l'ami de saint François, qui était le plus ancien portrait connu du patriarche séraphique.
« Or, sur un des compartiments de ce tableau, que l'on conserve encore à la basilique, on voyait l'autel provi*soire de bois, qui avait été disposé pour la solennité de la translation, en attendant l'autel de marbre construit quelques années plus tard. Auprès de cet autel, des Frères- Mineurs priaient, des lampes brûlaient, et de'â'inirâciés étaient opérés. Sans aucun doute, cette peinture se rapportait à quelque fait relatif à saint François d'Assise, et elle s'expliquait tout naturellement par la présence même de sa tombe sous cet autel. Le fait était donc d'une notoriété publique. Les fresques de Giotto représentant le triomphe de saint François, au-dessus du grand autel, parlaient dans le môme sens. D'un autre côté, les règlements ecclésiastiques mettaient, pour ainsi dire, le sceau à ces témoignages de la peinture. On sait, en effet, que, lorsqu'une basilique possède le corps du saint auquel elle est consacrée, une ancienne coutume veut que la principale relique se trouve placée sous le grand autel. D'ailleurs, les lois de l'Église n'ont jamais permis de déposer sous un autel aucun homme dont la sainteté n'eût été d'abord reconnue régulièrement. Or, nul autre saint n'avait été déposé dans le souterrain au-dessous du grand autel de la basilique, jusqu'à l'établissement de l'autel définitif, ni même à aucune autre époque postérieure. Déjà donc on avait la certitude que si l'on venait à découvrir une tombe en cet endroit, ce ne pouvait en être une autre que celle de saint François. Enfin, ce lieu était positivement indiqué dans une bulle de Sixte V. Ce fut donc là que l'on commença les fouilles.
« Après un travail de cinquante nuits, on arriva, par une voie souterraine, à une construction située dans les entrailles de la pierre vive, sur laquelle s'élève la basilique. Dans l'intérieur se trouvait un espace creux et recouvert de trois grandes pierres superposées. Lorsqu'on
du saint fhanohs d'assis 348
les ont retirées, on trouva une grilje çie fer qui entoilait une espèce de cercueil de pierre. C'était le momeql décisif Al;i clarté «l'un petii ciçrge qu'oui i ntr duisit à travers les barreaux de là grilla op aperçut un squelette. Quelques parties de la tête, sur lesquelles L'humidité avait formé une sorte de cristallisation* présentaient divers poiïits luisants» Les ossements des bras étaient en croix
sur la poitrine, suivant l'habitude qu'en avait saint François pendant sa vie. La pauvreté que respirait cette sépulture rendait bien témoignage à. son, authenticité. Grossièrement travaillé et presque informe, le eereueil de pierre
n'était pas proportionné à ta stature du Saint, qui (Hait beaucoup plus petit. Il ne paraissait pas même avoir été préparé pour lui; car, à l'un fies angles* ou remarquait une ouverture qui semblait indiquer que ce cercueil avait été primitivement le bassin d'une fontaine. Sous la tête du squelette, une pierre tenait lieu de coussin mortuaire : on sait que c'était aussi là l'oreiller de saint François pendant sa vie. Une petite parcelle d'étoffe très-mince, la seule qui ait élé retrouvée, porte fortement à croire que le corps n'avait été enveloppé que d'un simple drap de toile. Car, s'il avait élé enseveli avec ses vêtements de grosse étoffe et sa ceinture de corde, les débris en auraient été retrouvés; ou du moins, ils auraient laissé quelque trace de poussière. Cette tombe, sur toutes ses faces, était d'une nudité complète. Les premiers disciples de saint François s'étaient appliqués, à cet égard, à remplir les dernières volontés de leur Père. Quelques instants avant de mourir, il s'était fait étendre sans vêtements sur la terre nue, pour ne rien emporter de ce monde ; et, comme l'a si bien dit le Dante, il ne voulut (pie le cercueil de la pauvreté.
« Et maintenant, voyez quel fut le sort de ce pauvre cercueil. A quelques pieds au-dessus de la grille de fer
qui le fermait d'abord, s'élève aujourd'hui un double autel magnifique, enrichi des marbres les plus précieux. Les chefs-d'œuvre de Giotfo le couronnent comme un arc-detriomphe ; et, (out autour, on admire les merveilles de la basilique inférieure. Au-dessus le cette première église, la basilique supérieure est couverte de fresques ravissanles et les peintures de Gimabûe embellissent sa voûte. Tout près, le Sacro-Gonvento et la résidence papale sont là comme les sentinelles préposées à sa garde. Dans Tintérieur de la ville, un essaim de couvents et d'églises environnent cette tombe, comme de nombreux enfants autour de leur mère. Le long des rues, sur les portes de la ville, des peintures et des inscriptions annoncent sa présence; et trois couvents célèbres s'élèvent à quelque distance les uns des autres, dans la campagne, comme les ouvrages avancés de la basilique patriarcale. Voilà donc le mausolée de Jean Bernardone, surnommé François; et cet homme, c'était l'humble fils de Pierre Bernardone et de Pica, marchands d'Assise. »
Aux détails que l'on vient de lire, nous ajouterons que Pie VII, dans son bref du 5 septembre 1820, au suji t des recherches et de l'ouverture du tombeau de saint François, après avoir attesté X' authenticité de son précieux cor s, défend expressément d'en extraire la moindre parcelle, ordonne de recouvrir et de sceller le cercueil, et interdit de l'ouvrir jamais de nouveau sans une autorisation spéciale du Saint-Siège.
Il nous i este quelques mots à dire de frère Élie : En 1230, sur les plaintes de saint Antoine de Padoue et de quelques ministres provinciaux, Grégoire IX le déposa de sa charge de ministre général ; mais en 1236, son parti
l'emporta, et il tut élu de nouveau, en 1239, il tut encc o déposé.
Frédéric II, empereur d'Allemagne et foi de Sicile, s" tant ouvertement révolté contre le Saint-Siège, venait d'être excommunié par le pape, ateo ton- ceux qui lui prêtaient appui ou conseil. L'empereur attira frère Klie, qui eut le tort d'embrasser son pardi (^an> te butj assurait-il, île ménager une réconciliation entre le pape el l'empereur. Mais il fut excommunié personnellement, et le pape lui interdit l'habit de l'Ordre auquel il était infidèle.
En 1250, après la mort de Pré lérie, Élie se retira près des parents qui lui restaient à Cortone. 11 avait un frère dans l'Ordre de saint François, fervent religieux, qui priait ardemment pour lui; c'était tVèrc Laieo. Un jour, en H53 , le bon frère apprenait avec brisement de cœur. qu'Élie était atteint d'une maladie assez grave pour ne laisser aucun espoir de le sauver. Avec la permission de son supérieur, Laïco part, précipite sa marche, arrive à Cortone^ et le trouve, en etfet, dangereusement malade :
— Ah! quelle douleur, lui dit-il en répandant des larmes brûlantes et bien amères : quelle douleur de vous voir mourir dans la disgrâce du Souverain Pontife, ci réparé île la sainte Église ! Oh ! si je pouvais sauver votre àme des tlammes éternelles! Il n'est rien que je ne fisse pour obtenir ce bonheur ! Tous les sacrifices, je les ferais* toutes les fatigues, je les braverais, toutes les soutVranees je les accepterais et les endurerais !...
— Je ne vois d'autre moyen, répondit Élie, que d'aller trouver le pape, de vous jeter à ses pieds et de le supplier de vouloir bien mfabsoudre de l'excommunication publique qui pèse sur moi ; vous lui demanderez ensuite de me rendre L'habit de l'Ordre.
Frère Laïco partit au même instant, alla se jeter ai pieds d'Innocent IV et le supplia, pour l'amour de Du et de saint François, de faire grâce à Élie, de l'absoud et de lui rendre l'habit religieux. Le pape se laissa toi cher et accorda tout ce qui lui était demandé. Laïco i s'arrêta pas davantage et revint promptement aupr< d'Élie, qui semblait n'attendre que sa réconciliation av« l'Église pour sortir de cette vie et entrer dans l'éternit
Ainsi fut littéralement accomplie la prédiction de saii François. Élie n'était pas damné, mais il n'avait pas pei sévéré dans l'Ordre, et il ne mourait pas dans son seir L'habit lui était rendu, il est vrai ; mais au dernier m ment, et lorsqu'il n'était plus temps de le revêtir.
Un auteur récent, M. l'abbé Ghavin, dans son Histoii de saint François d'Assise, trouve que frère Élie a é jugé trop sévèrement par les historiens et leschroniqueu contemporains que l'on a cru trop légèrement sur paroi* à son avis, l'Ordre tout entier s'est trompé, pendant pli sieurs siècles, sur le compte de ce religieux, et n'a pas reconnaître ses talents et son mérite.
Il y a des faits qui parlent assez éloquemment pour ju tifier l'opinion des enfants de saint François sur frère Éli Saint Antoine de Padoue demanda sa déposition à eau de ses infractions habituelles à la règle, qu'il avait fait vo d'observer, et dont il était chargé de maintenir lobse vance. Il était ministre général et donnait à l'Ordre enti l'exemple de l'irrégularité.
Son parti, celui des irréguliers, parvint, trois ans apr à le faire élire de nouveau, mais les mêmes causes am lièrent les mêmes résultats : il fallut le déposer au bout < trois ans.
L'empereur, en révolte ouverte contre l'Église, l'appe/ à lui, il y va, embrasse le parti rebelle, s'attache à i prince excommunié, renonce à ses vœux pour vivre à
DE s\!\ fIS d'assise, MO
oourj es( excommunié tui-môm -, él vii ainsi, près de Frédéric II, ou sous ses ordres pendant onie ann< sans songer à faire sa soumission an chef de
M. l'abbé Gbavin l'excuse par le besoin d'activité qui \e pressait .
Après la mort de Frédéric, filiale retire à Corton6,e)
il ne tait aucune démarche pour se réconcilier avéta L'Église I Il attend que la mort m pré ente : ( t ce n'est qu'après trois ans de vit4 inactive à Cottone, que, se voyant sur le point te paraître devant Dieu, il cede aux instances do son frère. et tait demander au pape le pardon d'une faute de quatorze années.
Il 11014s parait difficile de colorer de tels faits de manière à les rendre acceptables, Élie eût-il été un génie plus brillant encore. D'ailleurs, saint François, qui le connaissait, avait, tout prévu : faudrait-il donc l'accuser de trop de rigueur ? Qui l'oserai! \ Nous avons vu quelles lumières réduiraient et avec quelle etVusion Dieu se communiquait à lui. Notre saint avait bien jugé son vicaire général, et sa prédiction sur lui s'accomplit littéralement, comme toutes celles qu'il avait laites à d'autres personnages dont nous avons parlé dans le cours de cette histoire.
rendant la vie du saint fondateur, nous avons vu plusieurs l'ois des plaintes s'élever contre la rigueur des règles imposées aux Frères-Mineurs, et saint François avait prédit que sou Ordre serait divisé dans la suite. Cette1 prédiction s'accomplit. Peu après la mort de saint lîonaventure, les esprits s'a-itani de nouveau, la division se fit sous le nom de réforme, et le nombre des entants de saint François en devint plus considérable encore.
1 lu saint religieux, nommé Paoluccio à cause de sa petitetaille.cn jeta les tbndenientsen 131)8, dans l'ermitage de Bruliano. près de Foli^uo. Ce religieux était tils de Va-
gnotio de Trinci, d'origine suédoise 1 ; il eut pour son œuvre une autorisation spéciale du ministre général, Thomas de Farignano. Les puissances spirituelles et temporelles soutinrent, encouragèrent cette réforme ; aussi ses progrès furent rapides ; elle s'étendit dans toute l'Italie, en France, en Espagne, en Portugal, en Allemagne, et jusque dans le Levant. Elle produisit de saints et illustres personnages, et par-dessus tous, trois hommes qui seront à jamais une des grandes gloires de l'Église : saint Bernardin de Sienne, saint Jean Gampistran et saint Jacques de la Marche. A côté de la sainteté croissait la science. Cette réforme fut considérée comme une institution si importante, que le concile de Constance l'approuva solennellement et la favorisa en toutes choses 2 ; elle eut même ses vicaires généraux. Ainsi, de tous les membres qui composaient FOrdre des Frères-Mineurs, les uns modifiaient la pauvreté prescrite par la règle, et prétendaient en avoir le privilège; les aut;es voulaient la garder exactement et à la lettre ; mais aucun acte officiel ne portait atteinte à la pauv été absolue ; tous reconnaissaient pour supérieur le ministre çénérni, successeur de saint François. Il y avait une unité apparente, extérieure. En 1517, Léon X fit assembler à Rome un chapitre qu'il nomma Généralissime. Il était divisé en deux camps : les Observants 3, qui taisaient protession de garder la règle à la lettre, auxquels se joignirent toutes les autres réformes de différents noms, et ceux qui gardaient la règle avec de grandes modifications, et que l'on nommait Conventuels. Le projet du pape était d'établir une étroite union. Il fut impossible de s'entendre. Les Conventuels furent séparés par l'autorité du Souverain Pontife, et constitués en un corps particulier, sous le
1 Wadding, 13-23, n° XXI.