DEUXIÈME PARTIE
Vocation. — Premiers disciples.
François avait établi sa demeure à Notre-Dame-des- Ànges ; il y passait des journées entières en oraison et souvent, oubliant de prendre un autre repos que celui qu'il goûtait aux. pieds de la Heine du ciel, il y passait encore la plus grande partie de la nuit. N'en soyons pas surpris : saint Uonaventure assure qu'il y était fréquemment visité par les anges.
11 n'y avait point de prêtre desservant pour cette église ; mais de temps à autre, celui de Saint-Damien, maître Pietro, venait y célébrer les saints mystères, à la prière de François qu'il vénérait et chérissait tendrement. Un jour où il y disait la messe des apôtres, pendant qu'il récitait l'Évangile, François se sentit éclairé subitement en entendant cette parole du Maître divin : Ne portez ni or, ni argent, ni aucune monnaie dans votre bourse, ni deux vêtements, ni souliers, ni lui ton.
C'était un trait de lumière, c'était la réponse à la prière incessante qu'il adressait à Dieu depuis si longtemps ! Celte pauvreté évangélique qu'il aimait avec tant d'ardeur, il venait de l'apercevoir dans tout l'éclat de sa beauté! Cette vocation qu'il cherchait à connaître depuis plus de trois ans, il la voyait, il la comprenait pour la première fois! Il était appelé à la vie apostolique, il devint marcher sur les traces des premiers apôtres, il n'en
doutait plus, et il était résolu à les imiter rigoureusement. Après la messe, il va demander à maître Pietro de lui
expliquer comment il doit entendre ees paroles qui l'ont si vivement ému, et, ravi d'apprendre qu'elles peuvent être prises dans leur sens littéral, ainsi qu'il l'avait si clairement pressenti, il s'écrie :
— Voilà ce que je cherchais ! voilà ce que je souhaitais de tout mon cœur 1
Et, au même instant, il jette sa bourse et son bâton, il ôte ses souliers et sa ceinture de cuir, et il passe une corde autour de son corps. La robe d'ermite ne lui paraît plus assez pauvre; il adopte une tunique de l'étoffe la plus rude et la plus grossière, ayant de longues manches et un capuce, qui, au besoin, couvrait sa (été et une partie de son visage (1).
De tout temps, en Italie, les prédicateurs populaires se sont fait entendre dans les rues et les places publiques, ou même sur les chemins, pour l'instruction des pauvres, à l'exemple de Notre-Seigneur, et de ses premiers apôtres. François, certain de sa vocation, commença par prêcher dans sa ville natale. Il s'arrêtait aux endroits où il voyait le plus de monde, saluait ses auditeurs en leur disant: «Que le Seigneur vous donne sa paix? » Puis, il excitait les pécheurs à la pénitence avec tant d'onction, et il parlait de la miséricorde de Dieu avec tant d'amour, que les larmes du repentir s'échappaient de tous les yeux.
Alors, fut signalée la disparition d'un pieux personnage, qui depuis quelque temps parcourait les rues d'Assise, en disant à haute voix : « Paix et bien ; paix et bien. » Du jour ou notre saint avait commencé ses prédications, ce mystérieux personnage n'avait plus reparu dans la ville, et chacun se demandait en vain ce qu'il