Plus tard il ajouta un petit manteau à ce pauvre costume
2. Cette formule lui avait été révélée par Jésus-Christ lui-même.
était devenu. L'opinion générale fut qu'il avait été chargé par la Providence d'annoncer les biens et la paix que François allait apporter par sa parole et par l'exemple de ses éminentes vertus. Cette opinion parut bientôt justifiée par les nombreuses conversions qui suivirent les premières exhortations du nouvel apôtre.
François parlait avec une extrême simplicité, mais lorsqu'il rappelait les souffrances de lTIomme-Dieu, lorsqu'il retraçait les tourments et les douleurs de la Passion du Sauveur, il devenait éloquent, ses larmes coulaient en abondance et on Fécoutait à genoux.
Ce sujet était celui de ses continuelles méditations ; il excitait dans son cœur un tel amour et une si vive douleur, qu'il éclatait souvent en sanglots lorsqu'il était seul en présence de Dieu. Un jour, un de ses amis passant près de Notre-Dame-des-Anges, entend des gémissements douloureux qui attirent son attention. Ces plaintes lui paraissent venir de l'église; il y entre et voit François inondé de larmes, priant et sanglotant tout haut devant l'autel où il se croyait absolument seul avec Notre- Soigneur. Son ami s'approche, lui demande la cause d'une si grande désolation et lui dit :
— Vous pleurez comme une femme f J'avoue que je suis peu édifié de votre faiblesse; un homme doit avoir plus de force et de courage.
— Je pleure la Passion de mon Seigneur Jésus-Christ, lui répondit François : je ne devrais pas avoir de honte de la pleurer en face du monde entier.
Parmi les auditeurs les plus empressés autour de notre jeune saint, on remarquait Bernard de Quinlavalle, aussi distingué par son mérile que par sa naissance et sa fortune. Profondément touché de l'exemple et des exhortations de François, il se demandait si lui-même ne ferait pas plus sagement de l'imiter que d'attendre à la
DK SAINT FRANÇOIS i>" '7
mor( pour se séparer forcément à ce moment redoutabl . de loin ce qui rattachai! maintenant à la ne. La pan volontaire de François lui paraissait une source de ~.; grandes richesses pour I éternité, qu'il se sentait pris d'un vif désir de la choisir lui aus>i pour sa compagne,
et de lui éonsacrer sa vie dans L'apostolat des pauvres et
des petits. Toutefois, il ne se croyait pas encore suffisamment édifié sur la sincérité de la sainteté du jeune François, ei il jugea prudent de la mettre à l'épreuve.
Les mœurs, au moyen âge, étaient autrement simples cpie les nôtres, nous sommes forcé de le rappeler pour ceux de nos lecteurs à qui l'époque est peu connue sous ce rap- . Les habitations étaient larges, les salles spacieuses, les meubles grands et lourds. Les chambres étai nt assez vastes pour contenir dans chacun de leurs quatre coins, un immense lit, séparé du mur par une large dislance dans laquelle on circulai! aisément. D'épaisses courtines entouraient le tout et formaient un cabinet, de telle manière, que chacun était chez soi, sans sortir de la chambre commune.
Bernard de Quintavalle invita François à souper et à coucher chez lui ; François accepta : c'était le 14 avril 1208. Pendant le souper et l'entretien qui suivit, Bernard ne remarquait rienquede très-édifianl : mais l'épreuve n'était pas là. L'heure venue, Bernard conduit son hôte dans la chambre commune, il lui désigne le lit préparé pour le recevoir, et lui-même gagna le sien, laissant sur un lourd guéridon, placé au milieu de la chambre, la lampe destinée à brûler toute la nuit.
Lorsque chacun fut couché, Bernard parut s'endormir promptement, et bientôt même, il affecta un bruit régulier in liquant très-clairement qu'il ne sciait pas aisé de troubler un sommeil aussi profond (pie celui dont il jouissait, c'est ce que nous assure l'auteur des Fiovctti. François se
voyant seul et parfaitement libre, se lève doucement, se met en oraison, et, après y être demeuré quelques moments en silence, Bernard l'entend répéter à de courts intervalles cette seule parole d'amour : « Mon Dieu et mon tout t » Cette sorte d'extase dura toute la nuit, le saint ne prononça d'autre parole jusqu'au matin, et ses larmes inondèrent constamment son visage, dont l'expression était séraphique. L'épreuve était suffisante. A son lever, Bernard dit à notre saint :
— Frère François, si un esclave avait reçu de son maître des sommes considérables, et qu'elles lui fussent devenues inutiles, que devrait-il en faire?
— Il devrait les rendre à son maître, lui répondit le saint.
— Cet esclave, c'est moi, reprit Bernard. — J'ai reçu de Dieu de grandes richesses qui me sont devenues inutiles, je les lui rendrai : car je suis résolu à quitter le monde pour être votre disciple.
— Etes-vous sûr que Dieu vous appelle dans cette voie? lui dit François. L'affaire est trop grave pour être décidée légèrement, il faut consulter Dieu afin de connaître sa volonté. Demain matin nous irons demander au curé de Saint-Nicolas de dire la messe à cette intention; après la messe nous continuerons à prier jusqu'à l'heure de Tierce ; et puis, nous demanderons au curé d'ouvrir le missel par trois fois, pour y trouver la réponse d'en haut.
Le même jour, 15 avril, Pierre de Gatane, d'une noble et riche famille d'Assise, et chanoine de la cathédrale de cette ville, venait demander aussi à François la faveur de vivre avec lui de pauvreté, d'humilité et de pénitence, et le jeune saint lui donnait également rendez-vous pour le lendemain, à l'église de Saint-Nicolas.
Dans ces temps de foi simple et naïve, la dévotion populaire était toute iiliale : lorsqu'on désirait connaître la
volonté du Père qui est dans tes cieux, on recourait à l'adorable parole de ^i>u divin Fils, on lui deman lail en toute confiance de répondre par sa voix» et on ouvrait le saint Evangile par trois fois, en l'honneur de la très-sainte Trinité. Dion semblait si* plaire à justifier cette confiance,
en présentant à celui qui le consultait ainsi, un texte toujours applicable à la situation, et propre à résoudre toute difficulté.
Le 16 avril, François, accompagné de Bernard de Quintavalle et de Pierre de Gatane, se rendit à l'église de Saint-Nicolas, y entendit la sainte messe, et pria jusqu'à l'heure de Tierce comme il ('tait convenu; les trois amis demandèrent ensuite au curé d'ouvrir trois fois le missel. A la première ouverture, il lut:
« Si vous voulez être parfait, aile/., vendez ce que vous « possédez, et donnez-en le prix, aux pauvres. » (S. Md'/i., XIX. -21.)
A la seconde, il lut cette autre parole de saint Marc :
« Il leur commanda de ne rien porter en voyage. » (S. Marc. Yl. — s.)
Et à la troisième :
« Si quelqu'un veut venir après moi, qu'il renonce à « soi-même, qu'il prenne sa croix, et qu'il me suive. » (S. Marc.XXl. —14.)
— Voilà, s'écria François, la règle que nous devons suivre ! Si donc vous voulez être parfaits, allez, et laites ce (pie vous venez d'entendre.
Bernard et Pierre n'hésitent pas; ils rentrent chez eux, disposent de leurs biens en faveur des hôpitaux, des églises, des monastères et des orphelins, vendent tout ce qui est contenu dans leurs demeures, se rendent sur la place Saint-Georges et distribuent aux pauvres l'argent qu'ils possèdent et celui qu'a produit la vente qu'ils viennent d'effectuer. François est avec eux, il les aide dans
< tte distribution, heureux des merveilles que la grâce vient d'opérer dans ces premiers disciples.
Pendant la répartition de ces larges aumônes, un prêtre se tenait à distance et suivait de l'œil les sommes qui disparaissaient ainsi dans la main du pauvre. A son regard ardent, à son visage contracté, aux mouvements fébriles de ses membres, il était aisé de voir qu'il luttait contre une pensée mauvaise. Bientôt, il se laisse emporter et va droit à notre saint :
— Frère François, lui dit-il sur le ton de la menace, vous savez pourtant bien que vous ne m'avez pas payé toutes les pierres que je vous ai vendues pour la réparation de l'église de Saint-Damien ?
— Tenez, maître Sylvestre;, lui répond le saint en lui donnant une poignée d'argent, prenez cela, et si ce n'est pas assez, si vous n'êtes pas satisfait, vous aurez davantage.
Sylvestre prend l'argent, le compte, trouve la somme plus considérable que celle à laquelle il avait droit, rentre chez lui, ravi de sa journée, et se dit que le surplus delà dette en paiera les intérêts. Maître Sylvestre était peu scrupuleux.
Le même jour Bernard et Pierre, après s'être entièrement dépouillés de tout ce qu'ils possédaient en ce monde, recevaient en échange un pauvre vêtement semblable à celui de François, et qui devait être désormais toute leuï richesse terrestre. Toutefois, il leur fallait une habitation. Ils étaient trois maintenant, et leur nombre devait s'accroître rapidement, Dieu l'avait révélé à son élu.
Rivo-Torlo. — Nouveaux disciples. — Prédications.
L'hôpital des lépreux était situé dans la partie de la campagne d'Assise, appelée llivo-Torto, eu raison des
qui !';ir; loin
humiliation et de la d tuleur, e timr ma-} vieil lonnée, ç mue dans le pays sous
le ona de ta cabane de Rivo-Torlo. Sa situation entre la r e el le bois qui la séparaient de Pencl >s de l'hôpital, la rendait propreà servir d'ermitag *esv lon-
tiires qui venai réunir au nom de Jésus-Christ,
e ■ fut là qu< François conduisit ses deux premiers disciples ; ce lui 1 1 qu'ils se livrèrent sans retard à de longues islinence rigoureu mortifications
de tou
Ils \ étaient depuis quatre jours seulement, lorsqu'un I re au regard baissé, au maintien recueilli, à la dérave, vient trouver François, lui remet son escarel lui dit :
— Frère François, quand je vous réclamai, l'autre jour, sur la place Saint-Georges, le prix des pierres que vous me deviez, vous me donnâtes bien au delà de ce qui mV
dû. Je succombai à la tentation qui me pre garder un argent qui ne m'appartenait pas. Le soir, troubl ; d uis ma conscience par cette coupable action, je demandai à Dieu de me la pardonner, et lui promis de vous rapporter ce qui est le bien des pauvres et non le mien; le voici,
— Dieu soit loué ! s'écria Fi sa miséricorde infinie vous tiendra compte de 1 1 res itution et de la manière dont votre repentir répare votre faute.
— Je n'ai pas fini, reprend Sylvestre. La nuit suivante, je vis en songe un immense dragon entourant la ville et la vallée d'Assise, <t menaç out détruire. Au même instant, je vous a debout, au sommet de la montagne qui domine la ville; de votre bouche sortait une croix d or, dont les bras s'étendaient jusqu'aux extrémités de la terre, dont la tête s'élevait jusqu'au ciel, et dont
l'éclat épouvanta le dragon et le mit en fuite. Frappé de cette vision, qui s'est renouvelée les deux, nuits dernières, j'ai promis à Dieu d'embrasser la pauvreté évangélique sous votre direction.
François, après avoir loué Dieu de ces merveilles, interrogea Sylvestre sur Fétat de ses affaires, et voyant qu'il était prudent de remettre l'exécution de son pieux projet à temps plus opportun, il l'ajourna à la lin de la même année 1209.
Trois jours après, le 23 avril, fête de Saint-Georges, un autre disciple se présentait à lui. C'était un habitant d'Assise des plus distingués par son mérite. Touché de la grâce à la vue du grand exemple que donnaient Bernard de Quintavalle et Pierre de Gatane, Egide ou Gilles se sentait pressé de les imiter. Depuis quelques jours il demandait à Dieu de lui faire connaître sa volonté, et après avoir passé la nuit précédente en prière, il était allé, le matin, à l'église de Saint-Georges, conjurer le saint martyr dont on célébrait la glorieuse mort, de lui obtenir une lumière décisive. En sortant de l'église, ignorant où il pourrait trouver François, il se dirige vers l'hôpital des lépreux, espérant le rencontrer dans ce voisinage delà misère et de la souffrance. Il cheminait ainsi pieusement recueilli, dans la campagne, lorsque se voyant au milieu de trois routes il reste indécis sur celle qu'il doit prendre, et dit à Dieu, en tonte simplicité :
« Seigneur, Père saint, si je dois persister dans cette il ion, si elle vient réellement de vous, je vous conjure de guider mes pas de manière à me faire rencontrer celui de vos serviteurs vers lequel vous voulez m'envoyer. »
Après cette fervente prière, il entre dans l'un des trois chemins et bientôt il voit venir à lui celui qu'il cherchait. François était en oraison dans un bois, une lumière d vine lui avait lait eunnaïUe l'arrivée du nouveau disciple, et il
accourait au-devant de lui. Égide se jette à ses pieds et lui demande la faveur de partager sa vie ; François le relève, l'embrasse et lui dit :
— Mon bien cher frère, si l'empereur venait à Assise avec l'intention de choisir un de ses habitants pour en faire son chevalier favori, chacun se dirait : Plaise à Dieu qu'il porte son choix sur moi ! C'est donc une grande grâce, que celle que vous demandez. C'est un grand honneur, que celui d'être le serviteur et le chevalier du Roi des rois! Or, je vous le dis de sa part, il a daigné vous faire cette faveur, il vous a choisi entre tous pour vous admettre à l'observance de la perfection évangélique. Réjouissez-vous donc d'une telle grâce, et soyez constant dans votre vocation.
Et prenant le nouvel élu par la main, il le relève, le conduit à la masure et le présente à ses frères Bernard et Pierre en leur disant ;
— Voici un bon frère que Dieu nous envoie ; réjouissons-nous dans le Seigneur, et prenons ensemble notre repas dans l'union de la charité.
Après la collation, le saint se rendit à la ville, accompagné de frère Égide, pour quêter l'étoffe nécessaire à son nouveau vêtement, car Égide devait porter, comme les autres, une tunique semblable à celle de François. Sur le chemin, une mendiante s'approche d'eux et leur demande une aumône pour l'amour de Dieu. François ne possélait rien ; il ne s'informe pas si Égide a de l'argent dans sa . bourse, il lai dit seulement :
— Mon cher frère, donnez à cette femme; pour l'amour de Dieu, le manteau que vous portez.
Égide ôte son manteau, le donne à la mendiante, et éprouve en même temps un allégement intérieur d'une douceur infinie. Il lui semblait que cette aumône montait au ciel et que les anges la présentaient à Dieu. Ce n'était
5i HISTOIRE
pourtant pas la première qu'Égide eût fai le pour l'amour
de . mais pour lui, c'était la première dont
le prix.
Après avoir le l'habit qu'il ne devait plus
quitter, François s'appliqua à former ces trois disciples à • rit religieux, et lorsqu'il les jugea, assez exercés dan s la pratique de l'oraison, de la pénitence et des vertus dont levaient offrir le modèle, il décida que le moment était venu pour eux d'aller travailler parla prédication à la conversion des pécheurs et au salut des cames. Il envoya Bernard et Pierre dans l'Emilie, et prenant Égide pour son compagnon, il partit avec lui pour la Marche d'Ancôn'e. La singularité de leur costume, l'humilité de leur main- . h simplicité de leur langage étonnaient le peuple, excitaient le rire et attiraient de fréquentes humiliations ; quelques misérables se permettaient même de les frapper en les insultant. Les saints apôtres acceptaient ces mauvais traitements avec des sentiments de joie et de reconnaissance qui devaient attirer les bénédictions divines sur leurs traer l'estime de ceux-mêmes qui les insultaient. Lorsque frère Égide vit le respect des hommes succéder à leur mépris, il s'en effraya et dit à François :
— Père, les hommes nous honorent ; fuyons ! car nous Irions ici notre gloire.
El se reprenant ensuite, il reconnut qu'il y avait encore épines à eu lillir. Ils voyaient que plusieurs souriaient ironiquement lorsque François et lui 1 s saluaient en leur nt : « Que Dieu vous donne sa paix! • Cette inintelligent arole révélée à François par Dieu même affiiit l'àtned'Égide.
— Pardonnez-leur, lui dit notre saint, car ils ne
pas ce qu'ils font; un jour viendra, je vous le promets, nii !K ît avec respect le salut
- paroles, vous et vos Fi
DE SAfNT FRANV!S D'ASSIS£. ^3
et ceux qui vous succéderont. Car notre Institut sera semb7able à un filet qu'un pêcheur jette dans la mer, et qu'il relire ensuite rempli de poissons.
Après avoir évangélisé plusieurs villages de la Marche d'Ancône, il revint, toujours accompagné d'Égide, à la cabane de Rivo-Torto, où Bernard et Pierre devaient le rejoindre au jour convenu. La nouvelle de son retour se répandit aussitôt dans les environs, et un malade de l'hôpital de Saint-Sauveur, à Assise, s'empressa de se faire recommander à ses prières. C'était frère Morico, religieux. de Tordre de Sainte-Croix. Abandonné des hommes de l'art, il ne lui restait plus qu'à mourir, et il faisait demander à celui que tout le pays nommait le saint, de lui obtenir miséricorde au trii3uual du Juge souverain devant lequel il allait paraître. François pria, se rendit ensuite à Sainte-Marie-des-Anges, prit, dans la lampe qui brûlait devant l'autel, un peu d'huile qu'il mêla avec de la mie de pain, envoya ce mélange à Morico, par deux de ses disciples, et leur dit :
— Portez ce remède à notre cher frère Morico. La puissance de Jésus-Christ lui rendra une santé parfaite et le fera entrer dans notre milice, dont il sera un généreux soldat jusqu'à la fin de sa vie.
Le malade crut à la parole de François, il prit le remède préparé par sa charité, et aussitôt il se trouva guéri. Quelques semaines après, il avait quitté Tordre de Sainte-Croix et marchait à la suite de François.
Un sixième disciple se présenta dans le même temps à notre saint, il se nommait Giovani, et on lui donna le surnom de Capella, en raison d'une sorte de chaperon qu'il avait adopté et que ses frères ne portaient pas.
La pauvreté était la vertu favorite de François ; il voulait qu'elle servit de base à l'Institut qu'il fondait, et il jugeait nécessaire de n'épargner aucune de ses rigueurs aux
d'sciples que le ciel lui envoyait. Ils étaient maintenant six à nourrir, et ils ne devaient vivre que du pain de la charité. Le jeune saint les conduisit à Assise, leur fit demander l'aumône de porte en porte et leur dit que désormais ils y retourneraient chaque jour, pendant qu'ils résideraient à Rivo-Torto.
Les Assisiens vénéraient François; mais lorsqu'ils le virent suivi de ses frères, ils s'effrayèrent tout d'abord du nombre qu'ils auraient à nourrir ; ils en murmurèrent assez haut, et quelques hommes du peuple profitèrent de ce mécontentement pour insulter les pauvres volontaires. François, ravi des humiliations dont on les honorait, leur recommanda d'en rendre grâces à Dieu ; leur quête finie, il les laissa retourner à la cabane et prit le chemin de 1 evèché. Il rendit compte à Pévêque de ce qu'il avait fait et attendit ses avis. Le prélat apprit avec peine qu'il s'exposait aux insultes populaires, ainsi que ses disciples, par une exagération de pauvreté que chacun d'eux eût peutêtre mieux fait d'éviter en conservant une partie de leurs biens. François, toujours ferme dans sa vocation, lui répondit :
— Il me semble, maître et seigneur, qu'il est encore plus dur et plus fâcheux de conserver quelque chose, que de ne rien posséder du tout. Le bien que l'on conserve est une source d'embarras, de sollicitudes et de procès ; souvent même, ou ne peut le défendre sans s'exposer à voir s'affaiblir en soi l'amour de Dieu et l'amour du prochain.
— Il est vrai, reprit le prélat, que Jésus-Christ luimême a dit qu'il est difficile aux riches d'entrer dans le royaume des deux! Allez donc, et suivez la voix qui vous appelle dans les étroits sentiers de la perfection évangélique. Mon appui ne vous lera jamais défaut; ni à vous, ni à vos ircres.
DE SAINT FRANÇOIS D ASSISE. o7
François, touché de la bonté toute paternelle du pieux évéque, se prosterna à ses pieds, 1m demanda sa bénédiction pour lui et pour ses disciples, et| après ravoir reçue
il alla rejoindre ses frères à Rivo-TortO.
La pauvre cabane qui leur servait d'abri était si étroite pour leur nombre, que notre saint avait fait écrire, le nom de chacun sur nue poutre, afin qu'ayant sa place marquées il n'empiétât pas involontairement sur celle de son voisin.
Vers le milieu de septembre de cette même année, 1200, ils étaient tous réunis dans leur chère solitude, lorsqu'ils entendirent un grand bruit de chevaux avançant rapidement. C'était l'empereur Othon qui se rendait à Rome en grand cortège, pour y être sacré par "le pape. Il traversait la vallée de l'Ombrie et allait passer très-près de la demeure des saints pénitents. François ordonne à deux de ses disciples d'aller au-devant de lui et de lui dire :
« Grand prince, la gloire qui t'environne sera de courte durée I »
Les pieux messagers portent au monarque cette parole prophétique; Othon en parait offensé, traite d'insensés les envoyés de François, sans oser toutefois les punir de leur sainte hardiesse, et bientôt, infidèle à ses serments, il était excommunié, détrôné et abandonné.
A la lin du même mois, notre jeune saint voulant entreprendre une nouvelle mission, conduisit ses disciples dans la vallée de Rieti, et les envoya dans les bourgs et dans les villages prêcher la pénitence et exciter les pécheurs à la contrition de leurs péchés. Lui-même leur donnait l'exemple avec un zèle infatigable, et lorsqu'il avait employé le jour à prêcher et à mendier pour sa subsistance, il se retirait dans un ermitage abandonné, sur le haut d'un rocher, et y passait la nuit en oraison, ne s'accordent
que quelques instants de sommeil. Quelquefois il s'écria:t, dans ses transports d'amour pour le divin Rédempteur des hommes :
« Il n'est rien sur la terre que je ne sois prêt à sacrifier; rien de si pénible et de si rude que je ne sois prêt à endurer avec joie ; rien de si difficile et de si périlleux que je ne sois prêt à entreprendre, suivant les forces de mon corps et de mon âme, pour le service et pour la gloire de mon Seigneur Jésus-Christ ! et je veux, autant qu'il me sera possible, exciter tous les autres à aimer Dieu de tout leur cœur et par-dessus toutes choses î »
Une nuit, pendant qu'il déplorait amèrement les années qu'il avait perdues d.ms les plaisirs mondains, Dieu lui fit connaître que tous ses péchés lui étaient pardonnes, et que toutes les peines qu'il avait méritées lui étaient en iièrement remises. Cette assurance le combla de joie et de reconnaissance, en lui donnant un besoin plus ardent encore de pénitence et d'expiation. Dans l'effusion de son amour pour le Dieu qui l'inondait de tant de grâces, il demandait ce qu'il pourrait faire pour lui plaire, lorsqu'il tomba dans un ravissement qui se prolongea jusqu'au matin. En descendant de son rocher, il rejoignit ses frères et leur dit, avec l'accent du bonheur et de la reconnaissance :
— Mes enfants, mes chers enfants, courage! Réjouissez-vous dans le Seigneur 1 Que votre petit nombre ne vous attriste point! que ma simplicité ne vous alarme point ; que la vôtre se maintienne ! Dieu m'a fait connaitre que, par sa bénédiction, il répandra dans le monde entier cette famille dont il est le père. Je voudrais taire ce que j'ai vu, mais la charité m'oblige à vous en foire part. J'ai vu une multitude d'hommes venant à nous pour prendre notre habit et vivre de notre vie; ils couvraient les chemins se dirigeant tous vers Assise. Il vient une foule de
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Français, d'Espagnols, d'Allemands, d'Anglais, •' toutes les nations de l'Europe I le bruit de leurs pas retentit encore à mes oreilles! car Ils viennent pour marcher dans la voie de La sainte Obéissante et de la sainte Pauvreté î
— Père, lui demanda l'un de ses disciples, quel sera dans l'avenir l'état de cei Ordre qui commence?
— Mon cher frère, lui répondit le saint, notre Ordre rendra de très-grands services à l'Église de Jésus-Ghrist; mais, hélas ! il viendra un temps où le relâchement s'étant introduit dans ses monastères y produira un grand mal!..# Priez donc, et tenez-vous fermes !
La prédication des nouveaux apôtres avait produit dos fruits consolants et François allait ramener sa petite troupe à Rivo-Torto, lorsqu'un jeu.ie homme, appelé Fiiippo- Longo, lui demanda de le recevoir au nombre des siens. Notre saint, reconnaissant en lui une vocation certaine, n'hésita pas à l'accepter et l'emmena avec les autres disciples, dans la solitude de la campagne' d'Assise. Lorsqu'ils s'y lurent relrempés par la retraite et la contemplation, pendant quelques semaines, François, jugeant qu'ils devaient se remettre en marche pour de nouvelles missions, .eur dit un jour :
— Mes frères, ce n'est pas seulement pour notre propre salut qu'il a plu à Dieu de nous appeler par sa miséricorde; c'est encore pour le salut de beaucoup d'autres. Il veut que nous allions exhorter tous les hommes, par l'exemple et par la parole, à faire pénitence et à observer les préceptes divins. Nous paraissons, il est vrai, insensés et méprisables; mais ne craignez rien, prenez courage, ayez confiance : le divin Sauveur, qui a vaincu le monde, parlera en vous d'une manière efficace. Gardons nous, après avoir tout quitté, de perdre le royaume des cieux pour un ; intérêt. Si nous trouons de l'argent, \i^n faisons pis plus
d'estime que de la poussière du chemin. Ne jugeons point, ne méprisons point les riches qui vivent dans la mollesse et portent les ornements de la vanité : Dieu est leur maitre comme il est le nôtre, il peut les appeler et les justifier. Allez donc annoncer la pénitence et la paix. Vous trouverez des hommes fidèles, doux et pleins de charité, qui recevront avec joie votre personne et votre parole ; vous en trouverez d'autres infidèles, orgueilleux et impies, qui vous blâmeront et se déclareront contre vous. Supportez tout avec une grande patience. Ne craignez pas ; dans peu de temps, les sages et les nobles viendront se joindre à vous pour prêcher aux rois, aux princes et aux peuples. Soyez courageux dans le travail, modestes dans vos paroles, graves dans vos mœurs, fervents dans la prière, humbles dans le succès, doux et inébranlables dans la tribulation. Soyez reconnaissants du bien qui vous sera fait ; mais songez que le royaume des deux doit être votre récompense, et que ce royaume est éternel. A ceux qui nous demanderont qui nous sommes, nous répondrons que nous sommes des pénitents venus d'Assise. Lorsque vous passerez près d'une église, ne manquez pas d'y entrer et de vous prosterner, en disant
« Nous vous adorons , ô très-saint Seigneur Jésus- « Christ, ici, et dans toutes les églises de la terre, et nous « vous bénissons d'avoir racheté le monde par votre sainte « croix. »
Après cette courts exhortation, François embrasse ses disciples, il les bénit l'un après l'autre, il leur désigne, en formant une croix, les quatre points cardinaux, il adresse à chaque frère ces paroles du roi prophète, qu'il avait adoptées comme formule d'obédience : Déposez le fardeau de vos misères dans le sein du Seigneur, et il prendra soin de vous ; puis, il les envoie, deux dans chaque direction, et prend la quatrième avec le frère qui restait.
L'année 1209 était pvH de finir, cette mission ne devait pas se prolonger longtemps, et elle ne devait pas s'étendre au delà de-certaines limites; néanmoins le saint n'Avait pas fixé le jour du retour. Pressé par une inspiration divine, lui-même termina ses pré lic&tions plus tôt qu'il n'avait eu d'abord l'intention <!<> le fairéi et il revint à Rivo- Torlo. Aussitôt après son arrivée, quatre nouveaux disciples qui attendaient son retour et le désiraient avec ardeur, s'empressèrent de lui demander la Faveur de vivre sous son obéissance. C'étaient Jean <Ie Sainte-Constance, Barbarie Bernard de Viridanti et le prêtre Sylvestre, que nous avons déjà vu.
François travaillait activement à former les nouveaux, venus et aies exercer dans la pratique d'une pénitence rigoureuse et d'une oraison presque continuelle, lorsqu'il éprouva un vif désir de réunir au plus tôt tous ses disciples. N'ayant aucun moyen prompt de les mander tous à la fois, il pria Notre-Seigneur de les lui envoyer ; et le même jour, tous, obéissant à la même impulsion intérieure, se mettaient en chemin pour regagner la solitude de Rivo-Torto, et tous y arrivaient en même temps.
François ne put être surpris de cette faveur, mais son âme reconnaissante surabondait de joie, et il ne pouvait se lasser de remercier Dieu, surtout, quand il apprit les bénédictions que sa bonté avait daigné répandre sur la parole de ses frères. Après que chacun lui eut rendu compte de sa mission, il les réunit tous et leur dit :
— Mes frères, nous sommes douze maintenant. Le Seigneur, dans sa bonté infinie, veut augmenter notre nombre, il est donc nécessaire que nous ayons une règle dévie et que nous la soumettions au très-saint Pontife romain. Allons lui faire connaître ce (pie Dieu a daigué
commencer par notre ministère, afin que nous poursuivions ensuite nos travaux avec son approbation et sous ses ordres.
Les onze disciples n'eurent qu'une voix pour applaudir à la pensée do leur père spirituel, et François écrivit alors la règle que Dieu lui avait inspirée. Il la divisa en vingt-trois chapitres, dont les points principaux étaient : les vœux de chasteté, d'obéissance et de pauvreté; la renonciation à toute possession, l'engagement de vivre d'aumônes sans recevoir d'argent. Les clercs et les laïques étaient admis; le nom qu'ils porteraient serait celui de Frcrcs-Mineitrs. Ce travail était achevé au commencement de l'année 1210, et la petite troupe se mit en marche aussitôt après, pour l'aller soumettre au pape Innocent III.
François à Rome. — Les Frères-Mineurs. — Mission d'Orta.
Un jeune gentilhomme de Rieti, à la démarche noble, au regard assuré, aux allures guerrières, passait un jour dans une étroite rue de cette ville, lorsque son attention fut attirée soudain par un groupe de personnages étranges, qui, débouchant d'une rue voisine, semblait avancer vers lui. II s'arrête, considère avec étonnement le costume singulier de ces hommes, et se demande ce qu'ils peuvent être, d'où ils peuvent sortir et ce qu'ils viennent faire à Rieti.
Le groupe avançait toujours. Au moment où il approchait du gentilhomme, l'un des personnages qui excitaient si vivement sa curiosité, lui adresse la parole, en portant sur lui un regard d'une inexprimable douceur :
— Angelo, lui dit-il, vous portez depuis assez long--
temps le baudrier, l'épée et l'éperon ; il faut que désormais une grosse corde soit voire baudrier, que la croix de Jésus-Christ soil votre unique épée, ei que vous n'ayez d'autres éperons que la poussière ou la houe du chemin ! Suivez-moi, je vous armerai chevalier de Jésus- Christ !
— Me voici, lui répond Àngelo de Tancredo.
Ainsi le Sauveur Jésus avait appelé à l'apostolat. Simon et
André, en leur disant: Quittez vos filets et suivez-moi, je vous ferai pêcheurs d'hommes.
Le jeune guerrier ne connaissait pasFrançois et n'en élait pas connu. Éloigné depuis longtemps de sa ville natale, pour son service militaire, et revenu depuis peu de jours dans sa famille, il ignorai! jusqu'à l'existence des saints pénitents qu'il venaii de rencontrer. Frappé de leur modestie, de leur maintien recueilli, de l'expression angélique de leur douce physionomie, il avait éprouvé pour eux le sentiment du plus profond respect. Lorsqu'il s'était entendu nommer par François, dont il ne pouvait être connu que par une lumière surnaturelle, il s'était senti touché de la grâce, et, vivement éclairé d'en haut, il n'hésitait pas à tout quitter pour suivre la voix qui l'appelait.
La petite caravane partie pour Rome, ainsi que nous l'avons vu, arrivait à Rieti au moment où le chevalier Tancredo la rencontra. François avait décidé qu'elle serait dirigée dans le voyage par Bernard de Quintavalle, et qu'elle passerait deux jours à Rieti : ce court repos suffit pour donner l'habit de la sainte Pauvreté au frère Àngelo, douzième disciple de notre saint. Ses historiens remarquent (pie, né sur la paille d'une étable, comme le Sauveur du momie, pauvre volontaire et apostolique, à son exemple, il eut comme ce divin Maître douze disciples qui le suivirent au début de sa carrière évangélique, et que, dans ce nombre, il devait se trouver aussi un Judas,
Cependant la tentation n'épargnait pas nos voyageurs. Les bons Frères se demandaient ce qu'on allait penser à Uome de leur costume et de leur simplicité de langage ; ils craignaient de s'attirer la défaveur, de se voir repousser par le Saint-Siège ; et ils se disaient que leur Père eût peut-être mieux fait de constituer son Ordre sans en soumettre les statuts à l'autorité romaine ; car l'obligation de cette soumission n'existait pas alors pour les ordres reliligieux et ne fut décidée qu'en 1215, par le quatrième concile de Latran. Les disciples raisonnaient en cela un peu humainement. Dieu voulut bien les éclairer par la vision qu'il envoya à François, peu de jours avant leur arrivée à Rome.
Dans cette vision, François croyait être sur un chemin, au bord duquel il voyait un arbre extrêmement élevé. Il s'en approche, l'admire et se place sous son ombre ; mais, au même instant, il se sent porté par une force invisible jusqu'au faite de ce bel arbre, et, dans cette position, il lui suffisait d'imprimer un léger mouvement aux branches les plus étendues pour les faire ployer et abaisser leur extrémité jusqu'à terre.
Dieu lui fît comprendre que la flexibilité de ces fortes branches, et sa position à la cime de l'arbre, figuraient la facilité de l'accès qu'il lui réservait auprès du Souverain Pontife, et l'accueil favorable qui serait fait à sa demande. François fit connaître à ses frères cet encouragement venu d'en haut, et dès lors toutes leurs craintes s'évanouirent.
L'évêque d'Assise était à Rome ; ce fut à lui que nos pèlerins s'adressèrent. En les voyant, le bon et affectueux prélat ne put dissimuler une impression de tristesse :
— Eh f quoi, mon cher fils, dit-il à François, voulezvous donc abandonner mon diocèse?
— Non? maître et Seigneur, lui répondit Je saint; à
DE sain;' FRANÇOIS D ASSISE, 65
Dieu no plaise I Nous désirons seulement soumettre à Notre Saint-Père le Pape, la règle de vie que nous sommes dans L'intention de suivre, avec la r'.i\t(v de Dieu, et noua
vous pri< QS de vouloir bien nous honorer de votre protection.
Le prélat ne demandait pas mieux. Il les recommanda chaudement au cardinal de Saint-Paul, évêque de Sabine, qui leur promit de les appuyer auprès du Pontife romain ; il lit plus, il leur assura la bienveillance du cardinal Ugclini, neveu du pape, et celle de plusieurs autres membres du sacré col le
François, pressé d'arriver à son but, va au palais de Latran et s'adressant à un officier de la maison du Pape, avec lequel il a eu des relations d'amitié, il lui témoigne son vif désir d'obtenir l'honneur de parler au Saint-Père. L'oilicier lui dit que le pape se promenant en ce moment même au Miroir, il n'a qu'à s'aller présenter sur son chemin, parla voie qu'il lui indique. Le Miroir était une terrasse très-élevée, d'où Ton jouissait d'une vue admirable, et où le Souverain Pontife aimait à se promener seul. François se place sur son passage, se prosterne à ses pieds et lui exprime le désir d'obtenir son approbation pour l'Ordre qu'il est appelé à fonder, et dont la pauvreté doit être la seule base, le seul appui.
Innocent III, à qui nul n'avait encore parlé des pauvres pèlerins récemment arrivés à Rome, repousse vivement la proposition d'un Ordre nouveau. Les Vaudois, se disant aussi pauvres volontaires, et ayant sollicité l'appui du Saint-Siège, n'avaient pas tardé à manifester leurs secrètes intentioi s, s'étaient ouvertement déclarés ennemis de l'Eglise romaine et se montraient déjà redoutables. Le pape craignant qu'il n'y eut quelque analogie entre les projets de François et la secte nouvelle, refuse énergiquement de l'entendre plus longtemps et le renvoie.
Gf> HISTOIRE
François se retire humblement, sort du palais, rencontre un pauvre malheureux dont les yeux ont été arrachés, prie sur lui, le bénit et lui rend ainsi et les yeux et la vue.
La nuit suivante, Innocent III voit en songe une palme qui, sortant de la terre, s'élève, grandit et atteint les proportions des plus grands arbres. Il cherche à ' s'expliquer la signification de cette vision, et une lumière surnaturelle l'éclairant aussitôt, lui fait connaître que cette palme figure la bassesse apparente et la grandeur réelle du pauvre volontaire qu'il avait repoussé la veille. Dès le matin, le pape donne l'ordre de rechercher François et de le lui amener. On le trouve à l'hôpital de Saint-Antoine, on le conduit au palais pontifical, et, prosterné de nouveau aux pieds du Souverain Pontife, notre saint lui expose le plan de son Institut. Le pape lui promet de l'examiner et de s'en occuper avec ses conseillers.
La simplicité et Fhumilité de François avaient touché Innocent III ; il sentait que l'esprit de Dieu était là; toutefois la prudence humaine lui disait que cette pauvreté éloignerait au lieu d'attirer. Les cardinaux consultés se récrient contre ce projet d'institution : la charité, disentils, leur parait tellement refroidie dans les âmes, qu'il est impossible qu'un Ordre religieux se soutienne par les seules aumônes, sans posséder d'autres ressources en biens fonds. Le cardinal de Saint-Paul voyant que cette opinion va prévaloir dans le conseil, se lève et dit avec un accent plein de foi :
— Mais si nous rejetons la proposition de ce pauvre mendiant, sous le prétexte spécieux que sa règle est trop rigoureuse, prenons garde que ce ne soit rejeter l'esprit même de l'Evangile. La règle dont il demande PappfôbaUon, n'est autre que la pratique des conseils
érangéliques; or, dire que la perfection évangélique est impossible, et que le vœu de la pratiquer es] une chose déraisonnable , n'est-ce pas condamner ^Evangile ? N'est-ce pas condamner Jésus-Chrisl lui-même, son auteur ?
C'était avoir gagné la cause de notre saint. Néanmoins le pape ajourna de nouveau sa décision el dit à François : ; — Mon fils j priez Jésus-Christ oV nous faire connaître sa volonté, afin que nous puissions satisfaire vos désirs.
François se retira, se mil en prière, revint auprès du Souverain Pontife et lui dit :
— Très-Saint-Père, une fille aussi belle que pauvre habitait dans un désert; un grand roi la vit, fui charmé de sa beauté el l'épousa, 11 demeura quelques années avec elle, dans le désert, en eul plusieurs (Mitants, qui joignaient la beauté de leur mère à tons les traits de leur père, puis, il retourna dans ses États. La mère, après avoir élevé soigneusement ses entants, leur dit un jour : « Mes entants, vous êtes nés d'un roi illustre el puissant. Allez le trouver, faites-vous connaître, et il il vous traitera conformément à votre naissance. Pour moi, je ne puis ni ne dois quitter ce désert, » Les enfants se rendirent en efifel à la cour du roi leur père, qui, reconnaissant en eux. tous sos traits et la beauté de leur mère, les reçut avec joie et leur (lit : « Je vous reconnais, vous êtes nies (ils ;
prenez place dans mon palais; car si des étrangers sont
admis à ma table, à plus forte raison y recevrai-je avec joie mes propres enfants, i
« Très-Saint-Père, continua François, — ce roi c'est Jésus-Christ ; cette fille d'une si merveilleuse beauté, c'est la Pauvreté, qui, méprisée et rejetée de toute part, se trouvait dans ce monde comme dans un désert. Le R< i du Ciel, descendant sur la terre, la vit et ressentit pour
elle un tel amour, qu'il l'épousa dans la crèche de Bethléem. Il en eut plusieurs enfants dans le désert de ce monde : c'étaient les apôtres, les anachorètes, les cénobites et autres pauvres volontaires. La Pauvreté, cetle bonne mère, les envoya vers le Roi du Ciel leur Père, après les avoir marqués du signe de sa pauvreté, de son humilité et de son obéissance. Et le Roi du Ciel les reçut et leur dit : « Moi qui fais lever mon soleil sur les justes et sur les pécheurs ; moi qui donne si libéralement à toute créature les choses nécessaires à la vie, combien plus volontiers soignerai-je mes enfants, vous et tous ceux qui sont les lils de la sainte Pauvreté mon épouse bienaimée. » « Très-Saint Père, c'est à ce Roi céleste que la sainte Pauvreté envoie les enfants que vous voyez. Bien qu'ils soient venus longtemps après leurs aînés, ils De portent pas moins sur leurs traits la ressemblance de leur Père et de leur Mère, ils ne peuvent être moins bien traités et recevront toujours le nécessaire de l'amour et de la libéralité de Jésus-Christ. »
Le pape avait écouté le Pauvre d'Assise sans l'interrompre, et lorsqu'il eut achevé d'expliquer sa pensée, Innocent III, s'adressant aux cardinaux présents s'écria :
— Ah t vraiment ; voilà l'homme qui soutiendra l'Église de Jésus-Christ par ses œuvres et par sa doctrine.
Nul ne comprenait rien à cette énigmatique exclamation. Le pape s'aperçut de l'étonnement qu'il venait d'exciter, et il reprit :
— Il y a peu de jours, un songe mystérieux me frappa singulièrement: l'église de Lalran était prête à tomber ; un homme faible, maigre, pauvre et chétif s'en approcha, la soutint et prévint ainsi l'écroulement qui m'avait paru inévitable.
Le Souverain Pontife ne doutant pas que François ne ût l'homme de sa vision, approuva verbalement son las-
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litut, reçut sa promesse d'obéissance et de dévoûment au Saint-Siège, conféra les ordres mineurs à tous ses disciples laïques, l'ordonna lui-même diacre, le nomma supérieur général de tous ses religieux présents el avenir, leur recommanda à tous de prépBer la pénitence el de travailler à étendre le rè^ne de Jésus-Christ ; enfin il les bénît avec effusion de cœur et les congédia eu leur demandant de prier pour lui tous les jours de leur vie.
Eu sortant du palais, les pauvres d'Assise se rendirent au tombeau des Saints-Apôtres, se mirent sous laprolectii n spéciale de ees glorieux martyrs, et allèrent ensuit » prendre congé des cardinaux de Saint Paul et Ugolini, après quoi, ils reprirent la roule d'Assise avec l'intention de s'arrêter dans la vallée de Spolète pour l'évangéliser.
La petite caravane allait pédestrement, silencieuse et rec eillie, tantôt ■ riant, tantôt écoutant les enseignements spirituels de son s ipérieur. Un jour, François parlait de la perfection évangélique avec tant d'onction, et ses livres recueillaient ses paroles avec tant d'admiration, que les heures passèrent inaperçues, la marche se prolongea bien au delà du temps qu'on lui consacrait d'ordinaire, chacun se trouva dominé par la fatigue, et sur l'avis de notre saint, ils s'assirent tous au bord du chemin.
Ils avaient oublié de faire la quête pour leur repas, ils n'avaient absolument rien à manger, et ils étaient loin de toute habitation. La faim se taisait vivement sentir, et Frarçois ne voyant aucun moyen de renouveler les forces < o ses frères, demandait à Notre-Seigneur de venir luimême au secours de ses pauvres volontaires qui avaient tout quitté pour son service et pour sa gloire. Au même instant, un inconnu partit devant eux, remit un pain à
notre saint et disparut. On ne l'avait point vu venir, on ne le vit point s'en aller : on cessa de le voir. Saint Bonaventure, en rapportant ce fait, n'hésite pas à l'attribuer à l'intervention directe de la Providence, qui envoyait un ange au secours des apôtres qu'elle s'était choisis.
Le pain miraculeux fut divisé en autant de parts qu'ils étaient de frères; chacun puisa dans cette nourriture merveilleuse, avec les forces corporelles, les consolations spirituelles les plus abondantes, un plus grand amour pour la sainte Pauvreté, et une confiance inaltérable dans la sollicitude du Père céleste, qui nourrit les oiseaux du ciel et qui donne sa parure au lis de nos vallées.
Arrivée à Orta, la petite troupe s'y arrête, prêche la pénitence, se voit écoutée et passe quelques jours dans cette ville ; mais ne voulant pas séjourner au milieu du bruit et du mouvement, elle se retire dans une église abandonnée, comme on en voyait beaucoup alors dans la campagne. C'était delà qu'elle se répandait chaque matin, pour porter la parole de Dieu dans les rues et les places de la ville épiscopale ; c'est là que le peuple accourait le soir pour demander à ces nouveaux apôtres des avis particuliers.
La mission d'Orta était des plus fructueuses, l'édification apportée par les missionnaires leur attirait la vénération publique, leur asile n'était plus une solitude, on y accourait même des environs. François s'en alarma pour l'esprit de recueillement et d'humilité de ses disciples.
— Fuyons, leur dit-il, la vertu ne saurait être en sûreté au milieu de, ces apnl mdissements humains. Allons porter ailleurs le pain de la parole dont le Souverain Pontife nous a contié la dispensation, malgré notre
faiblesse et notre indignité. Avançons vers la vallée d'Assise.
La petite troupe se remit donc en marche. Mais voilà que tout à coup François s'émeut ; il s'effraie du ministère de la prédication qu'il exerce, il se demande si c'est bien là le but de la fondation de sou Ordre, et s'il ne serait pas plus sûr, pour la perfection de ses membres, de s'en tenir à la vie contemplative. Il consulte ses livres, tous sont d'avis que lui seul doit décider et trancher la question.
François, trop hésitant pour cela, se met en oraison et demande à Dieu de L'éclairer. Notre-Seigneur lui t'ait connaître que son hésitation n'est autre chose qu'un effort de l'ennemi dr^ hommes, pour le détourner de travailler au salut des âmes. Fort de cette révélation, le Pauvre d'Assise déclare à ses frères qu'ils sont réellement appelés à l'apostolat, et qu'il va les conduire dans la solitude de Rivo-Torto, où ils se prépareront par la prière et la mortification à des missions nouvelles, et où de nouveaux soldats de Jésus-Christ viendraient bientôt solUcitcr l'honneur d'être enrôlés dans leur sainte milice et de partager leur humilité, leurs travaux et leur très-chère Pauvreté.
Retour à Rivo-Torto. — Le char <lo feu. — Sainte-Marie-des-Àngei
On se souvient que la cabane de Rivo-Torto était à peine sulïisante pour les six hôtes que nous y avons vus réunis. Et maintenant ils sont au nombre de treize eu y comprenant l'humble supérieur. Il n'était plus possible à aucun d'eux de s'y étendre pour le court sommeil de la nuit, chacun devait y rester debout ou assis à la place qui
7a liiSToini^
lui élait assignée et au-dessus de laquelle était inscrit son nom.
La petite communauté demeura quelque temps dans cette habitation impossible, uniquement occupée de Dieu, et ne sortant que pour aller méditer dans le bois, ou mendier le strict nécessaire à sa subsistance. Elle avait pour tout mobilier, quelques escabeaux de bois; pour tout vestiaire, ce que chacun portait sur soi; pour toute bibliothèque, la croix de bois que François avait plantée au milieu de la cabane, et autour de laquelle tous méditaient et priaient.
François avait posé et déterminé les bases de l'Institut ; il n'en avait pas encore réglé les détails pratiques. La récitation de Fotlice divin était indiquée ; mais les livres manquaient encore à nos pauvres volontaires, et les prières vocales étaient fort restreintes. Quelques frères s'en préoccupaient, ils craignaient l'insuffisance sur ce point ; pour calmer leurs scrupules, ils demandèrent à leur supérieur de les éclairer et de leur fixer les prières qu'ils devaient réciter chaque jour :
— Notre-Seigneur va vous répondre lui-môme, leur dit François; ouvrez le saint Évangile, et voyez le consul qu'il donne à ses apôtres : Lorsque vous voudrez prier, leur dit-il, voici la prière que vous ferez : Notre Père, qui êtes aux deux, que votre 110m soit sanctifié, etc. Dites souvent aussi : « Soigneur Jésus-Christ, nous « vous adorons dans tontes les églises où vous résidez « sur la terre, et nous vous bénissons d'avoir racheté le « monde par votre sainte Croix. » Ces prières vocales suffisent, si votre cœur s'attache inviolablement aux vérités de foi que la sainte Église romaine croit et enseigne, et que vous soyez prêt à donner voire vie pour les défendre ; si, louant Dieu en toutes choses, vous vous servez de toutes les créatures pour vous élever h
lui; si vous professez le plus profond respecl pour les choses saintes et pour les ministres de L'autel; si vous vivez enfui conformément à la perfection évangélique à laquelle Notre-Seigneur vous a fait la grâce de vous appeler.
11 y avait plusieurs semaines que, dans cette paisible retraite de Rivo-Torto, François s'attachait à former ses disciples aux. exercices de la vie spirituelle, lorsqu'un jour les chanoines lui demandèrent de venir prêcher à la cathédrale d'Assise, le dimanche suivant. Il était (Tusage alors de prêcher le matin. François se rendit à la ville le samedi soir, se retira sous un hangar du jardin du chapitre, et y passa la nuit en contemplation.
Que se passa-t-il durant cette nuit merveilleuse, sous ce hangar de jardin ? Nous l'ignorons. Ce que nous savons, ce que le témoignage de saint Bonaventure ne nous permet pas de contester, ce qui fut attesté par tous les disciples de notre saint, c'est le prodige éclatant par lequel Dieu se plut à manifester la sainteté du fondateur de l'Ordre naissant.
Dans l'étroite cabane où tous les religieux étaient réunis, plusieurs prenaient quelques instants de repos, les autres étaient en oraison, nul bruit ne se faisait enten Ire ni au dedans ni au dehors; rien ne troublait le silence de la sainte demeure. Tout à coup la porte s'ouvre, les religieux, qui s'étaient livrés un moment au sommeil sont réveillés, ceux, qui priaient sont brusquement interrompus par une subite apparition.
C'est un char de l'eu, au milieu duquel brille un globe lumineux, resplendissant comme le soleil, et d'où s'échappent dc^ rayons qui vont porter la plus vive lumière jusqu'au fond de l'ame de chacun des frères : de telle sorte, que tous lisent ouvertèm mt ddn<> la conscience les uns des autres. Malgré l'exiguilé de la cabane et le nombre
de sos habitants, le char en fait le tour par trois fois, et tous I eux sont également frappés du sens mystique
de cette vision. Tous comprennent que François doit être
le char et le eon lueteur d'une infinité de disciples, et que le globe dont les rayons les éclairent si vivement et leur manifestent mutuellement les plus secrets replis de leurs cœurs, figure les ilammes ardentes qui s'élancent en ce moment de Pâme embrasée de leur pète.
Lorsque François revint le dimanche au milieu de ses frères, et les entendit raconter ces prodiges, il parut tout savoir et leur dévoila leurs consciences avec autant de précision que s'il eût été présent à l'éclatante et mystérieuse manifestation. Il ajouta:
— Mes très-chers frères, Dieu par sa bonté a daigné me faire connaître qu'il veut augmenter notre pauvre famille. Je ne puis n'y admettre ceux qui se présentent pour en faire partie, avant que d'avoir un lieu assez vaste pour vous placer tous'. Nous avons besoin d'une demeure plus étendue; d'une église pour entendre la messe, dire l'office et donner un lieu de repos à ceux: des nôtres qui auront passé à une vie meilleure. Allons donc trouver le seigneur évoque et les chanoines, et demandons-leur de nous accorder une église hors de la ville, et une demeure de leur domaine pour cet Ordre naissant ; s'ils ne le peuvent pas, nous irons présenter notre humble le aux religieux du Mont-Soubazia.
Accompagné d'un de ses frères, François présenta sa demande, ainsi qu'il l'avait projeté, à l'évèque et au chapitre; mais le; prélat, ni les chanoines ne pondaient disposer d'aucune église dans la campagne d'Assise, et il se vit contraint de s'adresser au monastère du Mont- Soubazia. L'abbé consulta sa communauté, il fut décidé que l'on pouvait accorder au saint l'église de Sainlc- Marie-dcs-Anges, mais qu'il fallait lui imposer une con-
DE saint FRANÇOIS D ASSISE. 7>
diiimi: si l'Institut des Frères-Mineurs détendait de manière à rendre ente demeure insuffisante pour letir nombre, ils seraient tenus à la cowerrer et à la reconnaître toujours comme le berceau de POrdre. Il notait
pas possible «le mettre plus de -race a une telle donation.1
\ François ne pouvait assez témoigner sa reconnaissance (ai!\ religieux bénédictins, et sa joie ne pouvait ^exprimer (pie par des larmes, à la pensée que la Providence lui avait choisi, pour première église de son Ordre, nu , sanctuaire dédié à la très-sainte Vierge et visité si fréquemment par les anges :
— Que nous sommes heureux, disait-il à ses frères, de posséder une telle église, de l'avoir si pauvre, si petite, et obtenue par mendicité ! Comme nous devons Ôtre reconnaissants à Notre-Seigneur, et à sa très-sainte Mère, aux saints anges et à nos bienfaiteurs de l'Ordre de saint Benoit! N'oublions jamais une si précieuse faveuîl
Depuis que notre saint avait fait réparer cette é-lise, les Bénédictins y avaient attaché, pour la desservir, un prêtre nommé Pietro Mazancoli. François Vint le trouver, le jour même où ce sanctuaire lui fut accordé, et il lui demanda la permission d'en jouir sans retard. Pietro lui tend les bras, le presse sur son cœur et s'écrie:
— Dieu soit béni! Mon désir le plus ardent était de voir la Reine du ciel honorée et louée en ce lieu qu'elle a choisi et où les esprits célestes font entendre si souvent
Ueurs harmonieux concerts!
François voulut passer la nuit au pied de l'autel 9e la .très-sainte Vierge ; son compagnon ne lé quitta pas, heureux de remercier Dieu avec lui de cette belle journée. ( Pendant qu'il était en oraison, François parut ravi en extase, et son disciple l'entendit prononcer lentement ces paroles :
« 0 très-saint Seigneur, Roi du ciel, Rédempteur du
monde, doux amour ! et vous, Reine des anges, par quel excès de bonté descendez-vous des cieux dans cette chapelle si petite et si pauvre ? »
C'est que François voyait en effet, en ce moment, Jésus-Christ et sa divine mère, entourés par les anges et brillants de lumière. Notre- Seigneur lui répondit:
« Je suis venu avec ma Mère, pour vous recevoir et vous établir dans ce lieu qui nous est cher. »
Après ces paroles divines, la vision disparut, et François s'écria :
« Véritablement ce lieu est saint ! il devrait être habité par des anges et non par des hommes I Tant que je pourrai y rester, je n'en sortirai pas ; il sera pour moi et pour les miens un monument éternel de la bonté de Dieu. »
Au point du jour, le frère qui accompagnait notre saint alla chercher ceux qui étaient restés à Rivo-Torto, et tous s'établirent dans le presbytère attenant à l'église de Sainte-Marie-des-Anges, ou de la Portioncule. Dès qu'ils y furent réunis, notre saint leur communiqua la vision de la nuit précédente et il ajouta :
— Vous venez donc, mes très-chers Frères, habiter un lieu saint ; vivez-y saintement et ne cessez jamais d'y louer le Seigneur et sa très-sainte Mère. N'oubliez jamais la reconnaissance que nous devons aux Pères Bénédictins pour le bien qu'ils nous font. Ils ont consacré toutes 1rs demeures que nous aurons dans la suite par le don quTs nous ont fait de cette maison de Dieu, dans laquelle nocs trouvons le modèle de la pauvreté que l'on doit observer dans toutes les maisons de notre Ordre, et l'idée de la sainteté que Ton doit s'efforcer d'y acquérir. Afin de conserver le souvenir de cette précieuse aumône, nous enverrons chaque année aux Bénédictins du Mont-Soubazia, un petit panier de poissons de la Chiascia. Ce sera comme une sorte de redevance destinée à rappeler à nos bien-
DE saint FRANÇOIS D'ASSISE. 77
faiteurs que dons sommes les hôtes do leur fraternelle charité.
François avait enfin une demeure et une église; il pouvait donner place aux aspirants qui s'étaient présentés et qui soupiraient après le jour ou il leur serait donné de ne plus rien posséder sur la terre, et de marcher en toute liberté à la suite de Jé:us cru ilié.