LA FAMILLE CREVIER
Christophe Crevier dit la Mélée, boulanger de son métier, avait épousé, vers 1635, Jeanne Enart qui, en 1636, lui donna son premier enfant, Jeanne, plus tard, épouse de Pierre Boucher, gouverneur des Trois-Rivières. Par des actes du registre des Trois-Rivières, nous Voyons que Crevier s'était marié à Rouen et qu’il était parent de Charles Lizi dit Montplaisir, habitant du Cap de la Madeleine, natif aussi de Rouen et boulanger comme lui. Dans son dictionnaire généalogique, M. l'abbé Tanguay fait venir Crevier de Saint-Jean de la Rochelle. M. l'abbé Ferland l’établit à Québec, ensuite aux ‘ois-Rivières. Nous allons corriger cette dernière erreur.
Le 7 décembre 1650, Christophe Crevier, boulanger, est cité comme Parrain d’un petit sauvage aux Trois-Rivières. Le 6 janvier 1640, au même endroit, est marraine d’une petite sauvagesse, Jeanne Lameslée, femme du bouiange:. Le 14 mai, cette année, au mème lieu, ils font baptiser leur fils François ; la femme est nommée Jeanne Enart, de Rouen. Le 3 avril 1642, même lieu, ils font baptiser leur fils Jean. (1) Le surnom de La Mélée se trouve répété durant vingt ans au registre des Trois-Rivières, en rapport avec cette famille, La fille aînée, Jeam.e, étant devenue madane Pierre Boucher, est encore mentionnée sous ce nom, au registre de Boucherville, en 1671, d'après M. Huguet-Latour.
On voit au registre des Trois-Rivières, années 1642-4, André Crevier, chirurgien, sans que rien ne nous indique d’où il venait ni s’il avait des parents au Canada. Vers 1680 on voit, aux environs de Québec, une femme du nom de Crevier, mais je n'ai pu la rattacher aux Crevier des Trois-Rivières.
Un fils de Christophe Crevier et de Jeanne Enart, dont l'acte de ntm
(1) Celui-ci fut le seigneur de Saint-François-du-Lac,
naissan=e n’a pas été retrouvé, paraît être né aux Trois-Rivières en 1641. Ii se nommait Nicolas.
Leur fille Marguerite, née en 1645, selon les apparences ; Antoine qui a dû naître vers 1647 ; Marie vers 1649 ; Jean-Baptiste vers 165c, ne sont pas non plus inscrits au registre des baptêmes, soit aux Trois- Rivières, soit à Québec. (1)
Jeanne, la fille aînée, se maria, à Québec. le 9 juillk. 1652, avec Pierre Boucher, qui demeurait alors aux Trois-Rivières. Le 21 septembre suivant, on lit au registre de cette dernière place que François Crevier (il avait douze ans et quatre mois) fils de la Meslée, est parrain d’un petit sauvage. Ce même François fut tué par les Iroquois dans la commune des Trois-Rivières, le 28 mai 1653.
Le Journal des Jésuites constate, à la date du mois d'août 1653 que le sieur de La Meslée venait alors d’être nommé syndic des habitants de la côte ou seigneurie de Notre-Dame-des-Anges, près de Québec. S'il demeurait dans cet endroit depuis quelques années, comme on peut raisonnablement le supposer du fait de son élection au poste de syndic et de l'absence de son nom aux Trois-Rivières, il ne tarda point à retourner dans cette dernière localité puisque, le 22 janvier 1655, Christcphe Crevier dit La Meslée y figure comme parrain de Marie Lucas ; le 3 février suivant, même lieu, il est parrain d’un sauvage ; le 3 mars, sa femme y est inscrite à titre de marraine de Pierre Larond (2) neveu de M. Pierre Boucher. Le 9 mars de cette année, Christophe Crevier concède des Pères Jésuites, de concert avec Jacques Bertaud, Jacques Brisset, (3) Jean Pacault, (4) Pierre Dandonneau (5) et
Michel Lemay (6), tous habitants des Trois-Rivières, la plus grande îe située dans l'embouchure du Saint-Maurice et qui a emprunté de Crevier le nom de Saint-Christophe qu'elle porte encore aujourd’hui. Crevier racheta bientôt les parts des autres cozcessionnaires et se trouva en possession de tout ce domaine.
Au mois de juin 1655 le premier registre connu des audiences de la justice des Trois-Rivières s'ouvre par l’afire Crevier-Laframboise : Jeanne Enard, femme de Christophe Crevier, sieur de la Meslée, demanderesse, comparaît contre Marie Sédillot, épouse de Bertrand Fafard dit Laframboise, et exige que cette durnière lui paye la moitié d'un
(1) Sur les seuls registres des Trois-Rivières, j'ai noté plus de cent cinquante omissions semblables.
(2) Pierre Lafond dit Laforce est l'ancêtre maternel de sir Hector Langevin.
(3) Père du co-seigneur de l’île Dupas,
(4) Famille de marchands, qui a fourni, dans notre siècle, des avocats et des hommes politiques.
(5) Père du co-seigneur de l’île Dupas et beau-père de La Vérendrye. (6) Ancêtre du poète L. P. Lemay.
veau qu’elle allèyue avoir gardé et nourri pendant quelques semaines, sur la prière de madame Laframboise, propriétaire de l'animal. Jugement : sera livré, à la mort du dit veau, la proportion de viande qui forme la moitié de l’amélioration qu’il a subie étant sous les soins de madame Crevier. M. Pierre Boucher, gendre de Crevier, était le juge de ce premier procès tenu aux Trois-Rivières. Notons, à cause de la coïneidence, que le dernier procès jugé aux Trois-Rivières sous le régime français, le fut par un Laframboise, descendant direct de Marie Sédillot sus-nommée, et dans lequel procès intervenait un de mes ancêtres. Avec ces bagatelles, on fait de l'histoire.
Le 16 janvier 16656, Christophe Crevier est présent, aux Trois- Rivières, au mariage de Jean-François Desmarest dit Lamothe, (1) habitant du Cap de la Madeleine. Le ro juillet, même lieu, sa fille Marguerite est marraine de Pierre Pellerin dit Saint-Amand ; le 11 janvier 1657, même lieu, Marguerite est marraine de Marguerite Dandonneau ; (2) le 19 avril, même lieu, Marie, fille de Christophe Crevier est marraine d'un sauvage. Depuis cette époque la famille figure, de mois en mois, au registre des Trois-Rivières.
Le Père Ragueneau, jésuite, faisant les fonctions curiales aux Trois- Rivières, maria, le 14 mai 1657, “* Jacques Fournyer, fils de Michel Fournyer et de Michelle Croïier, de Paris, avec Marguerite Crevier, fille de Christophe Crevier et de Jeanne Enart, de la paroisse des Trois-Rivières, ” en présence de Jean Godefroy de Lintot et de Quentin Moral de Saint-Quentin. Marguerite n'avait guère plus de treize ans, si toutefois elle atteignait cet âge.
Christophe Crevier est cité au /ouwrnal des Jésuites, le 3 novembre de cette même année, comme ayant conduit des prisonniers iroquois des Trois-Rivières à Québec. C'était à la suite d’une série de combats livrés autour des Trois-Rivières et dans lesquels douze Iroquois avaient été capturés.
M. l'abbé Ferland, ayant vu la note du /owrnal des Jésuites (août 1653) a écrit, en parlant de Christophe Crevier: “ Il s'établit d’abord près de Québec et alla ensuite demeurer près des Trois-Rivières, ” Il faut dire : ‘ Il s'établit d'abord aux Trois-Rivières (1639) alla ensuite demeurer près de Québec, puis retourna aux Trois-Rivières (1654). ”
Les renseignements que j'ai exposés ci-dessus ne laissent aucun doute à cet égard.
J'ai pour principe de me défie des historiens. Voiri pourquoi:
(1) Ancêtre de M. Gustave Lamothe, collaborateur de la Xevné Canadienne.
(2) Celle-ci épousa Jacques Brisset, sieur de Courchêne, co-seigneur de l’île Dupas.
D'abord ils n’ont pas vu les choses qu'ils racontent ; ile les ont étudiées comme vous pouvez le faire, en consultant les livres et les manuscrits d'autrefois ; de plus ils se plaisent à répéter, sans les contrôler, les récits des autres historiens. Une erreur qui commence avec Charlevoix, se perpétue dans Faillon, Ferland, ou Garneau, mais elle a beau vieillir, c'est toujours une erreur. Ainsi la note de M. Ferland au sujet de Christophe Crevier a été reproduite au moins dix fois depuis vingt ans— elle est en voie de devenir irréfutabls, selon le sens que les lecteurs attachent à ce mot, car nous entendons souvent dire : ‘“ Tous les écrivains affirment ceci ou cela, donc c’est vrai. ” Ne nous hu:ailions pas jusqu’au point de raisonner de la sorte.
Au cours des articles publiés dans la Revwe Canadienne, j'ai constamment négligé de dire que je corrige en bien des endroits ceux qui ont écrit avant moi. Cette délicatesse de procédé ne m'a pas porté bonheur. On a cru que, du moment où je ne me trouvais pas d'accord avec tel ou tel historien, je devais m'être trompé. A l'avenir je changerai de système, et l’on verra quel fouillis de faux renseignements renferment la plupart des ouvrages que l’on accepte partout comme infaillibles—j'allais dire les yeux fermés, puisque dans notre pays peu de gens étudient l’histoire.
Reprenons le fil de mes notes sur la famille qui nous occupe.
Le 14 février 1661, aux Trois-Rivières, Christophe Crevier assiste au mariage de Jacques Vaudry.
François Hertel, enlevé des Trois-Rivières et captif au pays des Iroquois en 16671, écrivait le récit des souffrances endurées par ses compagnons d’infortune. Il dit: “ Pour le petit Antoine de la Meslée, ce pauvre enfant m'a fait compassion, car il était devenu le valet de
ces barbares, et puis ils l'ont tué à la chasse à coups de couteau (1). ” Ce petit Antoine devait être l'enfant que j'indique plus haut comme
étant né vers 1647.
Marguerite Crevier, mariée, en 1657, avec Jacques Fournier, sieur de la Ville, a eu une carrière assez accidentée et dont les débuts méritent d’être étudiés par les membres de la profession légale. Voici mes renseignements :
Le 14 mars 1658, aux Trois-Rivières, “ Monsieur Fournier ” est parrain de François Lucas. Le r1 novembre, même année, au Cap de la Madeleine, “ Marguerite Crevier ” est marraine d'Antoine Baillargeon. Le 24 décembre, même année, aux Trois-Rivières, ‘ Marguerite Crevier, femme du sieur Fournier ”, est marraine Ge Noël LeMaître dit le Picard. Le 18 janvier 1659, aux Trois-Rivières, ‘“ Marguerite Crevier” est marraine d’Ignace Boucher de Grosbois. Le 11 avril,
(1) Relation des Jésuites, 1661, p. 35.
même année, même lieu, “ Marguerite Crevier” est marraine de Jeanne Pineau, Le 28 août 1660, au registre des audiences de la Tstice des Trois-Rivières, on voit que Jacques Fournier demande et abtient que sa femme lui soit rendue par les parents de celle-ci, savoir : Christophe Crevier sieur de la Meslée et Jeanne Enard.
D'après ce que nous verrons plus loin, la jeune femme, qui pouvait être âgée de seize ans à cette date, retourna avec son mari durant trois mois. L'épreuve n'ayant pas réussi, ils se séparèrent de nouveau.
Le 10 octobre 1661, un contrat du notaire Sévérin Ameau, des Trois-Rivières, marie Michel Gamelin dit Lafontaine, maître chirurgien, avec ‘“ Marguerite, veuve de Jacques Fournier, fille de Christophe Crevier et de Jeanne Enard”. il n’y a pas d’acte concernant ce mariage au registre de l’église, mais ceci n’a aucune importance.
Je constate que Marguerite Crevier eut des enfants de Gamelin ; qu’elle en eut de son troisième mari, François Renou dit Lachapelle ; qu'elle en eut aussi de son quatrième, Pierre Groston dit Saint-Onge.
Jacques Fournier n’était pas mort cependant. Le 10 octobre 1663, devant le Conseil Souverain (1) de Québec, il fut appelé par Charles Aubert de la Chesnaye, marchand, et condamné à payer la somme de cinquante-huit livres tournois. Le 24 du même mois, devant le curé de Québec, eut lieu le mariage de ‘ Jacques Fournier, fils de Michel Fournier et de Michelle Croyer, de Saint-Germain d'Auxerre, avec Hélène Ju Figuier, fille de Bernard Du Figuier et de Suzaruc Le Sillier de Saint- Barthélemi de Paris”. Cinq enfants naquirent de ce mariage, le dernier en 1673, d’après M. l'abbé Tanguay. Le 3 novenibre 1663, facques Fournier attaque, devaut le Conseil Souverain, la “ veuve de Christophe Crevier, pour lui fire âcquitter la dette de cinquante-huit livres contractée envers Charles Aubert de la Chesnaye, pour marchandises que elle et sa fille auraient achetées sous son nom (Fournier) ‘ dans le temps que la dite fille fut reinise avec lui (Fouruiex, nour trois mois afin de voir si la consommation de leur mariage s’en su. ‘ait ”. Madame Crevier produisit une quittance générale de Fournier ‘en conséquence d’une transaction passée entre eux”, et Ls plaideurs furent renvoyés dos à dos. Le 6 mai 1675, Jacques Fournier, sieur de la Ville, comparut par sa femme (dont le nom n’est pas donné) devant le Conseil Souverain, au sujet d’une terre qu’il occupait dans les environs de Québec (voir Ædits et Ordonnances I]. 62.)
Les hommes de lois ne seront pas indifférents à la curieuse situation de Marguerite Crevier et de son ex-époux se mariant chacun de son côté. Au point de vue légal et religieux tout se passa dans l'ordre, si je
(x) Les Sugements du Conseil Souverain sont en cours de publication; deux volumes ont paru,
juge bien le cas. C'est la seule circonstance de ce genre que j'aie rencontrée dans nos archives.
L'automne de 1661, Pierre Boucher, qui venait de recevoir des lettres de noblesse, partit pour la France avec le dessein de créer un mouvement de colonisation au profit du Canada. Il revit M. Jean de Lauson, l’ancien gouverneur-générai, lequel, en sa qualité de tuteur des enfants de son défunt, fils, Jean de Lauson, lui accorda (20 avril 1662) une ‘‘terre d’une lieue de front au fleuve Saint-Laurent, sur autant de profondeur, avec un quart de lieue dans le fleuve”. Il s'agit d’une portion de la Citière, mais l'endroit n’est pas indiqué. Des documents (1) de 1672 à 1678 font connaître que ce fief est celui de Saint-François-des-Prés, autrement dit Saint-François-du-Lac. Boucher n’occupa jamais cette terre ; il la passa à son beau-frère Jean Crevier, et non pas son neveu comme plusieurs l'ont dit.
Le zo novembre 1663, au contrat de mariage de son fils Jean, Christophe Crevier est mentionné comme défunt ; (2) il est dit que, de son vivant, il demeurait aux Trois-Rivières et que sa veuve habite le Cap de la Madeleine. (Greffe d'Ameau). Dans cet acte, Jean est appelé sieur de Bellerive; il épouse Marguerite Hertel, seconde fille de sa marraine madame jacques Hertel. La cérémonie religieuse eut lieu à l’église le 26 novembre et fut célébrée par le Père Lemercier. Etaient témoins : Michel Leneuf du Hérisson, Jean Godefroy de Lintot, Sévérin Ameau. C'est, je crois, la première union contractée entre un garçon et une fille nés tous deux aux Trois-Rivières. Jean fut le seigneur de Saint-François-du-Lac. Ce ménage résida d’abord snr la côte de Champlain.
La même année 1663 se marièrent Nicolas Crevier, avec Louise Le Loutre ; et Marie Crevier avec Nicolas Gatineau. (3) Les actes constatant ces deux mariages n'ont pas été retrouvés.
Il ne restait plus avec la veuve de Christophe Crevier que Jean- Baptiste, le plus jeune de ses enfants.
Afin de rendre mes explications plus lucides, je continue de placer les faits par ordre de date, sans trop m'inquiéter si les transitions ainsi produites ont ou n’ont pas de cachet littéraire.
Le roi de France abolit la compagnie des Cent-Associés en 1664, reprit en main l'administration de toute la colonie, et fit rentrer dans le domaine public les terres concédées et non encore habitées.
La Citière eut dû entrer alors dans les propriétés de la couronne, car l’immense majorité de ces terres n'avait pas reçu de colons.
(1) Zôtres seigneuriaux, p. 81 ; ÆEdits et Ordonnances, TIÏ. 270. (2) Le jugement du Conseil Souverain du 3 novembre 1663 qualifie sa femme de
veuve.
(3) {la donné son nom à la rivière Gatineau.
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M. Pierre Boucher, qui venait de publier son Æisfoire Naturelle de la Nouvelle-France et d'être nommé gouverneur des Trois-Rivières pour la seconde fois, conserva le titre de Saint-François-des-Près, sans y établir d'habitants. Je pense qu'il se promettait de ne point tarder à exécuter les projets de colonisation qu’il avait conçus ; on le verra bientôt à l’œuvre mais dans une autre localité.
Au recensement de 1665, titre Trois-Rivières, (il faut lire ‘ au Cap de la Madeleine ”) je vois : “ Jeanne Enard, veuve de Christophe Crevier, âgée de 50 ans, Jean-Baptiste Crevier, son fils, 18 ans, ”
La même pièce donne un autre ménage : “ Nicolas Crevier, 25 ans, habitant ; Louise Le Loutre, 18 ans, sa femme: Marie-Barbe, leur fille, 3 mois. Domestique : Jacques Julien 23 ans ”. Marie-Barbe n’est pas inscrite au registre de l'ér ‘se,
Jean Crevier est oublié dan: ce recensement.
L'année suivante, un autre relevé de la population fut fait On y lit, au Cap, ‘ Jeanne Enard, 45 ans ; 9 bêtes-à-cornes, 50 arpents de terre en valeur; Jean-Baptiste, son fils, 16 ans. Domestique : Jean-François. 22 ans.” Et plus loin: ‘“ Jean Crevier, 25 ans; 6 bêtes-à-cornes, 13 arpents en valeur. Marguerite Hertel, sa femme, 18 ans. ”—‘* Michel (1) Crevier, 22 ans; Louise Le Loutre, sa femme, 19 ans, 5 arpents de terre en valeur. ”
Lu contradictions entre les âges cités dans ces deux relevés ne dnivent surprendre personne. Tous les recensements sont sujets à de telles inexactitudes.
Dès l’arrivée du régiment de Carignan (1665) le capitaine Pierre de Saurel fut chargé d’ériger un poste militaire à la place où avait été 1e fort Richelieu, brûlé l'automne de 1646 par les Iroquois après le départ de sa petite garnison. Sur une carte sans date mais qui doit être de 1666, et marquée ‘“ Plan du fort de Richelieu ”, la contrée environnante montre la ‘ rivière Ouabmasca ”, la ‘rivière St-François ” avec une grande île en face, et plus loin la ‘rivière Tardif”. L'ancienne appellation de Richelieu était encore adoptée pour désigner le nouveau fort, qui prit par la suite le nom de Sorel. (2)
La “rivière Tardif” est le principal chenal (celri de droite) du delta de la rivière Saint-François ; elle porte de nos jours le nom de chenal Tardif. On l'appelle aussi Troisième rivière et Chenal en Avant. Il est situé à cinq lieues de Sorel. Son nom doit avoir été emprunté à Olivier Le Tardif, interprète, traiteur, commis-général des
(1) C’est Nicolas. Au baptême de Jeseph A‘buchon, Trois-Rivières, 13 février 1659, ‘‘ Jérôme ” Crevier est parrain, Je pense qu’il faut lire ‘ Nicolas ” encore cette fois.
(2) C’est entre 1675 et 1679 que le nom de M. de Saurel remplaça celui de Richelieu,
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Cent-Associés qui, de 1640 à 1665, figurait dans le commerce de pelleterie sur le Saint-Laurent. Jean Nicolet, beau-frère de Le Tardif, a laissé son nom à la rivière Nicolet.
Au lieu d'entreprendre le défrichement de Saint-François-des-Prés, M. Pierre Boucher céda cette seigneurie à Jean Crevier et, en 1668, il alla se fixer au lieu qui prit le nom de Boucherville, réservant aussi un fief tout à côté du sien, qu'il destina à son gendre M. de Varennes. Je remarque que ces deux terres formaient partie de la Citière, mais que le titre en fut accordé à Boucher et de Varennes au nom du roi. M. de Lauson, père, était alors décédé. I] fallut attendre encore près de dir: ans pour quune dernière ordonnance abolît tout à fait les droits des Lauson sur la Citière.
D'après une sentence du Conseil Souverain de Québec, du 18 juillet 1667, Jean Crevier aurait servi d’interprète à Gilbert Martin, sieur de Rochepau, qui traitait avec les Sauvages dans le district de Montréal. Ceci me porte à croire que Crevier avait des intérêts quelque part entre les Trois-Rivières et Montréal, probablement vers le lac Sain:: Perre—à Saint-François peut-être.
Ses frères, Nicolas et Jean-Baptiste, traitaient de l’eau-de-vie aux Sauvages qui fréquentaient le Cap de la Madeleine, à la même date. (1)
Au registre des Audiences des Trois-Rivières en 1667, ‘“ Nicolas Crevier sieur de Bellerive, habitant du Cap de la Madeleine,” est cité comme traiteur en pelleteries. Les Crevier-Bellerive sont ses descendants.
Jean-Baptiste, son plus jeune frère, a formé la branche des Crevier- Duvernay ; il est l'ancêtre de Ludger Duvernay, fondateur de la société Saint-Jean-Baptiste.
Jean est l’auteur des Crevier-Saint-François, bien que son acte de mariage le nomme Bellerive et que M. l’abbé Tanguay l'appelle Duvernay. Jean reçut, en 1664, une part des propriétés de feu Jacques Hertel, père de sa femme, aux Trois-Rivières et au Cap de la Madeleine ; c’est ainsi que nous le voyons avec François Hertel et Louis Pinard, ses beaux-frères, seigneur du fief de l’Arbre-à-la-Croix, dans le Cap de la Madeleine. %
Jeanne Enart, veuve de Christophe Crevier, avait placé de l'argent dans la traite de pelleterie des Outaouais vers 1670 et 1672; c'est ia dernière trace de cette femme que j'aie pu découvrir. En 1673, un procès (2) qui eut lieu entre Pierre Boucher de Grosbois et ‘Jean Crevier sieur de Saint-François ”, parle de la succession de Christophe Crevier en termes qui font supposer le décès de Jeanne Enart.
(1) Voir Yugements et Délibérations du Conseil Souverain, 1, 408, 423. (2) Fugements du Conseil Souverain, I, 783, 7809.
1es
buis ans
ent ia un can bhe