‹ Histoire de Saint Ignace de Loyola d'après les documents originauxChapitre 104 sur 168 · LIVRE SECOND. — CHAPITRE X · texte numérisé non relu

LIVRE SECOND. — CHAPITRE X

« donnerais pas un liard. » Aux approches de la mort, il éclatait en transports d'allégresse : « O mort, tu m'as attendu tant de « temps; maintenant c'est moi qui t'attends »; et il baisait avec effusion la croix, son unique soutien à cette heure suprême, comme elle avait été sa seule compagne durant la vie. Il mourut le vendredi avant-veille de la Pentecôte, en 1552. Telle était la perfection de ce saint ermite.

Mais celui qui vit dans les austérités de la pénitence, se persuade aisément qu'il n'y a pas d'autre chemin, ou du moins qu'il n'y en a pas de plus court et de plus sûr pour arriver à la sainteté. Aussi, quand, après avoir appris de la voix publique à regarder Ignace avec admiration, Antoine le vit, lui et ses amis vêtus comme tout le monde, ne se distinguer extérieurement en rien de la foule, il sentit tomber son estime. Un moment même ces nouveaux prédicateurs ne furent plus à ses yeux que des hommes ordinaires. Le jour devait se faire dans son âme droite. Une faveur miraculeuse l'éclaira.

Un jour donc qu'Antoine était en oraison, il vit, à la lumière d'une céleste révélation, à quel sublime degré de sainteté était parvenu devant Dieu, celui qu'il dépréciait. Le bon vieillard racontait ceci à sa confusion; il avait appris du ciel même, disait-il, que l'écorce d'un arbre est bien différente de sa sève.

Cependant, après la guérison de Rodriguès, Ignace était retourné à Vicence. Là, il convoqua tous ses compagnons pour déterminer avec eux, la conduite à suivre dans l'impossibilité toujours croissante où l'on était de se rendre en Palestine. Il les voulait aussi réunir afin que les nouveaux prêtres offrissent à Dieu les premiers sacrifices, auxquels ils s'étaient disposés par une si longue retraite. Ignace reçut ses frères dans son habitation. C'était un vieux monastère en ruine, où tout était à l'avenant : ça et là des pans de murailles; un toit délabré, point de portes, point de fenêtres, et seulement un peu de paille pour lui (93). Le pain ne manquait pas cependant. Si, durant leur retraite de quarante jours, Ignace et ses deux compagnons étaient forcés d'aller mendier en ville la nourriture indispensable, cette nécessité cessa quand une fois réunis, ils eurent commencé à prêcher. On les accueillit, en effet, avec tant de bienveillance, que les onze Pères dont se composait alors la Com-

pagnie naissante, purent facilement subsister des aumônes qu'on leur apporta.

Néanmoins les incommodités de leur demeure, ouverte à tous les vents, étaient telles que deux d'entre eux, François Xavier et un autre dont j'ignore le nom, tombèrent malades. Pour ne pas les laisser mourir sans secours, leurs frères les portèrent à l'hôpital des Incurables, ou pour mieux dire, à un amas de maisons ruinées, près de l'hôpital, où ils ne furent guère mieux que dans leur premier logis. Mais on y trouva du moins un lit, qui devait servir aux deux malades Ce fut encore là une terrible épreuve. Brûlés par une fièvre ardente, souvent les deux malades étaient en proie à des crises tout opposées : tandis que l'un frissonnait, l'autre éprouvait une chaleur étouffante; et il devenait impossible de les soulager tous deux à la fois. D'autre part, plus ils manquaient de secours humains, plus le Seigneur les soutenait par d'abondantes consolations. François Xavier en reçut une bien digne de sa grande âme, car elle lui donnait l'espoir d'endurer de grandes souffrances pour Dieu. Un jour saint Jérôme, pour qui il avait une grande dévotion, lui apparut, le fortifia par de célestes paroles, et lui annonça que ses compagnons et lui seraient envoyés dans différentes villes ; que Bologne serait son partage, et que là une croix l'attendait, croix non moins riche en souffrances qu'en mérites. Ces prédictions se vérifièrent à la lettre.

Enfin, après mûre délibération, il fut décidé qu'Ignace, Laynez et Le Fèvre iraient à Rome, s'offrir, eux et leurs compagnons, au Souverain Pontife, tandis que les autres se disperseraient dans les villes dotées d'universités, pour travailler parmi les étudiants à gagner des âmes à Dieu, et à s'adjoindre quelques nouveaux associés. Mais, avant de se séparer, ils voulurent établir une règle de vie commune, et conformer leur conduite à quelques principes uniformes, excepté lorsque la nécessité ou la prudence conseillerait d'en agir autrement. Les voici :

« i° Vivre d'aumônes et loger dans les hôpitaux; 2° exercer « chacun à son tour, pendant une semaine, la charge de supé- « rieur, pour que personne ne se laissât emporter par son zèle ; « 30 prêcher sur les places publiques et partout où il serait per- « mis de le faire ; parler surtout des charmes et des récompenses

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