‹ Histoire de Saint Ignace de Loyola d'après les documents originauxChapitre 105 sur 168 · LIVRE SECOND. — CHAPITRE X · texte numérisé non relu

LIVRE SECOND. — CHAPITRE X

« de la vertu, de l'horreur et des châtiments du vice ; chercher « dans les discours plutôt l'esprit de Dieu que l'éloquence hu- « maine ; 4° employer tous les moyens d'être utile au prochain; « mais, quels que fussent les services rendus, ne jamais accepter « de salaire, et.se tenir trop honoré, d'avoir contribué à la gloire « de Dieu. »

On adopta ces résolutions à l'unanimité. En outre, comme le public s'informait souvent de leur manière de vivre, de leur nom, de leur règle, on chercha une réponse uniforme propre à satisfaire sa curiosité.

Mais l'assemblée n'eut rien à décider sur ce point; car Ignace avait déjà fixé dans sa pensée le nom que son Ordre devait porter. Tous ceux qui vécurent intimement avec le Saint sont demeurés convaincus qu'il ne l'avait pas choisi de lui-même ; il l'avait appris à Manrèse, lorsque le Seigneur lui avait tracé la première esquisse de la Compagnie, dans la méditation des deux étendards. Il déclara donc à ses compagnons que s'étant assemblés au nom de Jésus, pour son amour et pour sa gloire, leur association porterait désormais le nom de Compagnie de Jésus : tous se rangèrent à cet avis. Ces préliminaires achevés, ils choisirent les villes où ils devaient commencer leurs travaux. Un fraternel adieu termina la délibération, et chacun se mit en devoir de se rendre à sa destination. Ignace, Le Fèvre et Laynez allèrent à Rome, Xavier et Bobadilla à Bologne, Rodriguès et le Jay à Ferrare, Paschase Broët et Salmeron à Sienne, Codure et Hozès à Padoue.

Les succès de ces nouvelles missions furent divers. Ici l'on eut plus à souffrir qu'à agir, là les fruits de salut égalèrent les fatigues. Peu de jours après que Codure et Hozès eurent inauguré leurs prédications dans les hôpitaux de Padoue, et sur les places publiques, l'autorité ecclésiastique conçut des soupçons. On les prit pour des hommes dangereux, qui, afin de mieux tromper les fidèles, recouraient au masque de la sainteté. On les fit arrêter publiquement et mettre aux fers. La manière dont ils passèrent leur première ou plutôt leur unique nuit de prison, prouve assez quels sentiments les animaient. Ils l'employèrent tout entière à réciter des psaumes et à s'entretenir de Dieu, mais avec tant de douceur et de joie, que le bon Hozès n'en

pouvait contenir les élans. Le bruit de leur arrestation se répandit bientôt dans la ville : aussitôt on accourut en foule rendre témoignage à leur vertu et à leur innocence. Dès le lendemain, les captifs étaient relâchés : on leur donnait permission de travailler au salut des âmes au gré de leur zèle. Mais ils n'en profitèrent pas longtemps, car l'un d'eux fut appelé au repos dès le commencement de ses fatigues. Ce fut le bachelier Hozès. Un jour il s'était mis à prêcher, dans la grande place de Padoue, sur cette parole du Sauveur : Veillez et priez, car vous ne connaissez ni le jour, ni l'heure. A peine eut-il fini, que pris d'un violent accès de fièvre, il sentit la nécessité de s'appliquer sa propre prédication. Il se retira donc à l'hôpital et ne pensa plus qu'à se préparer à la mort. Son cœur débordait d'une si vive et si douce espérance, qu'en ce moment suprême il fit oublier à ses amis sa perte prématurée. Il expira dans la paix du Seigneur, et, venu des derniers, il fut appelé le premier à recevoir sa récompense.

Ignace se trouvait alors au mont Cassin, où il donnait les Exercices spirituels à ce même Pierre Ortiz, agent de Charles- Quint, dont nous avons parlé plus haut. Ce fut donc là qu'il apprit le danger où se trouvait son compagnon. Là aussi, tandis qu'il le recommandait à la bonté divine avec une grande ferveur, comme saint Benoît avait vu l'âme du bienheureux évêque Germain monter au ciel, Ignace vit celle du vénérable Hozès, entourée d'une auréole de lumière, portée par les anges dans le paradis (94). A cette première vision en succéda une autre : peu de jours après, Ignace entendait la messe, quand, à ces paroles du Confiteor, omnibus sanctis, il vit le ciel ouvert, et au milieu des bienheureux son ancien compagnon tout éclatant de gloire. Le Saint en demeura si consolé que, pendant plusieurs jours, il ne pouvait retenir ses larmes et semblait avoir toujours sous les yeux ce ravissant spectacle. Le corps du défunt devait sans doute témoigner aussi du bonheur dont jouissait l'âme qui l'avait animée. En effet, les traits de son visage naturellement peu réguliers, prirent après la mort une expression si angélique, que Codure, pouvant à peine reconnaître son ami, ne se lassait pas de le regarder et de l'embrasser en versant des larmes d'attendrissement.

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