‹ Histoire de Saint Ignace de Loyola d'après les documents originauxChapitre 106 sur 168 · LIVRE SECOND. — CHAPITRE X · texte numérisé non relu

LIVRE SECOND. — CHAPITRE X

Après la mort d'Hozès, Simon Rodriguès se vit obligé de quitter Ferrare pour aller à Padoue, afin d'aider Codure. Celui-ci était incapable de suffire seul à ses travaux. Bientôt cependant Rodriguès dut en supporter tout le poids, car son confrère tomba malade à son tour. Mais Dieu daigna soulager promptement le mal de l'un et les fatigues de l'autre. Un riche et noble ecclésiastique, que Codure avait aidé à sortir du désordre, le fit transporter de l'hôpital dans sa propre maison, où il lui prodigua les plus grands soins. Rodriguès, de son côté, ne put rester à l'hôpital, comme il le désirait; il fut obligé de se rendre aux charitables instances d'une dame, dont les deux fils avaient obtenu par ses prières, l'un une sainte mort, et l'autre la vocation religieuse. Restée seule, cette veuve voulut se charger de Rodriguès, comme ses fils l'en avaient suppliée (95).

Avant de quitter Ferrare, où Claude Le Jay travaillait avec lui à la conversion des pécheurs, Rodriguès avait déjà reçu un autre bienfait de la divine providence. Le Jay et lui demeuraient dans un pauvre hôpital, où on leur avait donné une chambre ; on voulait aussi les nourrir ; mais ils persistèrent à vivre d'aumônes. La prédication et les œuvres de piété remplissaient leurs journées. Une pieuse femme, chargée de surveiller le service des malades, s'étonnait de les voir prendre tant de peines pour les autres, et y ajouter tant de souffrances volontaires et personnelles ; car ils jeûnaient continuellement et habitaient une chambre si mal fermée que toutes les intempéries des saisons s'y faisaient sentir. Une autre chose piquait d'ailleurs sa curiosité. Toutes les nuits, elle apercevait de la lumière à travers les fentes de leur porte : à quoi passaient-ils donc leur temps ? elle résolut de les épier : or elle découvrit qu'après un très court repos, ils se levaient, rallumaient une petite lampe;puis, à genoux et tremblants de froid, ils récitaient d'abord l'office divin. Cela fait ils demeuraient en oraison jusqu'au jour, et sortaient ensuite pour aller célébrer la sainte messe et recommencer tous leurs exercices de charité. Le bruit de ces austérités se répandit en ville, avec celui de leurs bienfaits, et chacun crut voir en eux des prodiges de sainteté. Bientôt la marquise de Pescara voulut les connaître et s'entretenir avec eux de l'état de son âme. Ayant un jour rencontré l'un d'eux, elle lui demanda s'il n'était

pas un des prêtres étrangers, venus en Italie pour passer ensuite en Terre-Sainte. Sur une réponse affirmative, la marquise s'enquit de leur demeure : L'hôpital, lui fut-il répondu. Sans rien ajouter, elle s'y rendit aussitôt, fit appeler la femme dont nous avons parlé, et l'interrogea sur ces prêtres et sur leur conduite. Celle-ci la satisfit complètement. La marquise alors retira les deux missionnaires de l'hôpital, les établit dans une petite maison près de son palais, pourvut à tous leurs besoins, et reçut d'eux les conseils et les secours qu'elle en avait espérés. Plus tard, ils furent appelés à la cour, où Claude Le Jay produisit de grands fruits de salut, particulièrement auprès du duc, qui le choisit pour directeur. C'est ce même prince qui prit hautement parti pour la Compagnie naissante, dans une terrible persécution qu'elle eut plus tard à soutenir.

De son côté, François Xavier ne manquait à Bologne ni de travaux, ni de fatigues. Peu de jours après son arrivée, il alla dire la messe dans une chapelle où l'on conservait le corps du vénérable patriarche saint Dominique. Comme il avait pour ce saint une tendre dévotion, il célébra, le cœur rempli d'une si douce piété, que des larmes abondantes inondaient son visage. Une noble et pieuse femme, religieuse du tiers-ordre de Saint- Dominique, venue d'Espagne pour finir ses jours auprès du tombeau du saint Fondateur, avait reconnu dans ce prêtre étranger les signes extérieurs de la plus haute sainteté. Fort désireuse de le connaître, elle prit avec elle une de ses amies, et fit demander à Xavier un entretien. Celui-ci leur parla des choses de Dieu avec tant de force et d'élévation que cette même compagne, nommée sœur Isabelle Casalini, membre aussi du tiersordre, reconnut bientôt qu'il était rempli de l'esprit du Seigneur. Revenue chez elle, elle en parla avec de grands éloges à son oncle Dom Jérôme Casalinide Forli, chanoine de Saint- Pétrone, et recteur de l'église Sainte-Lucie. Elle le persuada de retirer Xavier de l'hôpital et de l'établir dans sa propre maison. Le chanoine ne tarda pas à se rendre compte du mérite de son hôte, dont les seuls discours auraient pu suffire à l'en convaincre. Mais comment en douter, à la vue de cette vie si intérieure, si dévouée aux plus austères mortifications, de cette douce joie répandue toujours sur son visage, indice certain que l'union de

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