‹ Histoire de Saint Ignace de Loyola d'après les documents originauxChapitre 112 sur 168 · LIVRE TROISIEME. — CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIEME. — CHAPITRE II

seigneur Bandini, évêque de cette ville : Paschase Broét et Rodriguès y avaient, par le moyen des Exercices, réformé le peuple et même le clergé ; de plus, un monastère de religieuses, jusque-là en opposition ouverte avec l'archevêque, s'était soumis. Bobadilla, dans le royaume de Naples, Le Jay à Bagnarea (l6), se livraient pour le salut des âmes à d'incessants travaux. Enfin, Strada, trop jeune encore pour être prêtre, se jetait à Montepulciano et à Brescia avec l'ardeur d'un fervent novice dans toutes les œuvres de zèle et de charité (I7).

Sur ces entrefaites, le roi de Portugal, Jean III, demanda au Souverain-Pontife six compagnons d'Ignace; mais il n'en obtint que deux, François-Xavier et Rodriguès. A Pierre Ortiz, agent de Charles-Quint dans la diète de Worms, il accorda le Père Le Fèvre, pour soutenir en Allemagne la doctrine catholique. Des preuves si multipliées de l'infatigable dévoûment des nouveaux Pères pour le service de l'Eglise et le salut de leurs frères, firent comprendre au Saint-Père qu'Ignace était la source d'où découlait ce zèle vraiment apostolique, et que s'il pouvait le transmettre à d'autres hommes semblables à ses premiers compagnons, l'Église, alors si cruellement attaquée dans le Nord de l'Europe, en retirerait de très grands secours.

Cependant, malgré des motifs si puissants, malgré le désir du Pontife lui-même, le cardinal Guidiccioni persistait toujours dans son opposition, et la Compagnie ne se constituait pas en Ordre religieux. Dieu voulait prendre lui-même en main cette œuvre et la faire réussir contre toute espérance, en l'accordant aux prières d'Ignace. Ce dernier ne cessait de rappeler humblement au Sauveur la consolante promesse qu'il avait daigné lui faire. Un jour qu'il était en oraison, la pensée lui vint de réunir, comme en faisceau, son cœur et ceux de tous ses compagnons, pour livrer en quelque sorte un dernier assaut à la divine bonté. Il s'engagea, au nom de tous, à faire célébrer trois mille fois le sacrifice de la messe, en action de grâces, s'il obtenait la faveur sollicitée avec tant d'ardeur. Ce dernier effort lui assura la victoire, car le cardinal Guidiccioni se trouva tout à coup entièrement changé ; ne pouvant s'expliquer à lui-même la nouvelle disposition de son cœur, il dut l'attribuer à une douce violence venue du ciel même.

Histoire de S. Ignace de Loyola. 17

Il demanda à voir le plan de l'Institut, l'examina attentivement, et, le trouvant admirable, dit que tout en persistant dans ses idées sur les Ordres religieux, il exceptait celui d'Ignace de sa réprobation. On aurait véritablement pu croire qu'un autre homme parlait par sa bouche. Il ne se contenta pas de donner son approbation personnelle, il devint encore auprès des deux autres cardinaux et du Souverain-Pontife un puissant avocat de la cause qu'il avait combattue (l8). Toutes les entraves étant ainsi brisées, Paul III, après un mûr examen de l'Institut, érigea la Compagnie en Ordre religieux, et, le 27 septembre 1540, en approuva le nom et la forme par la Bulle Regimini militantis Ecclesiœ. Il est vrai qu'il limita à soixante le nombre des profès ; mais deux ans et demi après, il leva lui-même cette restriction par la Bulle du 14 mars 1543 Injunctum nobis. Impossible d'exprimer la consolation et l'accroissement de ferveur qui remplirent alors le cœur d'Ignace. Après tant de fatigants voyages et de longues études, tant de prières et de larmes, tant de persécutions et de dangers, il se voyait enfin au comble de ses désirs; il pouvait enfin perpétuer ses travaux, son zèle et son dévouement au salut de ses frères. Il commença par acquitter avec tous ses compagnons sa dette de saints sacrifices, contractée envers le Seigneur. La Compagnie n'oublia jamais l'immense obligation qu'elle avait au Pape Paul III ; elle le considère encore aujourd'hui comme son second Père. Sa bienveillance pour nous ne s'éteignit pas avec lui ; elle sembla passer en héritage aux princes de sa famille. La reconnaissance de la Compagnie s'adressa ensuite à l'illustre maison des Contarini ; et saint Ignace, dans un écrit adressé à Pierre Contarini, dit en propres termes au sujet du cardinal Gaspard : « Nous lui devons tout dans « l'affaire qui nous tenait tant à cœur, et je le reconnais ici, « afin que, ne pouvant jamais dignement payer un si grand « bienfait, nous en conservions au moins une éternelle recon- « naissance (I9). »

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