‹ Histoire de Saint Ignace de Loyola d'après les documents originauxChapitre 113 sur 168 · Chapitre troisième · texte numérisé non relu

Chapitre troisième

Diverses prédictions sur l'origine, l'esprit et les travaux de la Compagnie. — Ignace élu premier Général. — Profession solennelle hors de Rome. — Du nom de Jésus donné à la Compagnie.

'AI hésité longtemps avant de me décider à parler des révélations et des prophéties, par g lesquelles il plut à Dieu d'annoncer la naisfè sance de notre Compagnie, son Institut et g les grands fruits de ses travaux futurs pour ij: le service de l'Eglise. Je craignais de voir SJiïïSS attribuer ce récit honorable pour elle, plutôt à un sentiment d'orgueil, qu'au seul désir de rendre un témoignage mérité. Cependant,si Dieu a daigné honorer d'une manière particulière la moindre des sociétés consacrées à sa gloire, ai-je le droit de lui enlever ce qu'elle ne tient que de la bonté divine? Il est certain que Dieu a quelquefois annoncé d'avance la naissance, les œuvres, les mérites, soit de certains Ordres envoyés au secours de son Église, soit de leurs fondateurs. On en voit des exemples dans le songe qui fit connaître au Pontife Honorius ce que devaient faire un jour pour l'Église les Ordres de saint François et de saint Dominique, auxquels il donna ensuite son approbation apostolique ; dans l'échelle lumineuse que saint Romuald vit s'étendre de la terre au ciel, couverte de moines vêtus de robes d'une blancheur éblouissante ; dans les sept rayons de lumière qui apparurent à saint Norbert, entourant la tête du Christ crucifié, et dans les pèlerins que le Saint voyait venir à lui de toutes les extrémités du monde ; dans les étoiles qui annonçaient à saint Hugues, évêque de Grenoble, saint Bruno et ses six compagnons ; dans cette croix blanche et bleue placée sur le cœur d'un ange vêtu de blanc, près duquel se trouvaient deux esclaves, l'un nègre, l'autre blanc, vision qui présageait à Innocent III, l'Ordre de la Rédemption des captifs. Assurément dans ces signes et dans beaucoup d'autres

encore, il faut bien reconnaître une intervention divine.

Pourquoi donc s'étonnerait-on que le Seigneur eût permis des présages analogues à l'égard de notre Compagnie, l'annonçant d'avance par son nom, et décrivant ses œuvres et son Institut ? D'abord, c'est Rainholde d'Arnemis, femme d'une vertu et d'un nom également illustres en Flandre, qui, en 1534, au temps même où Ignace, dans l'église de Montmartre, posait les premiers fondements de la Compagnie, prédit à Pierre Canisius (2°), alors tout jeune, qu'il porterait un jour l'habit d'un Ordre de Jésus qui serait prochainement fondé, pour l'avantage commun des fidèles, et surtout de l'Allemagne. On sait comment la suite vérifia cette prédiction. Vient ensuite Angèle Panigarola, religieuse de Sainte-Marthe, à Milan : elle annonça longtemps à l'avance l'établissement de la Compagnie de Jésus, et les fruits de sainteté qu'elle produirait dans cette ville, comme le constatent nos archives de Rome, sur des témoignages de la plus grande authenticité (2I).

Les mémoires de l'Ordre de la Trinité, établi pour la Rédemption des captifs, renferment des faits du même genre, fidèlement relatés par Jean de Figueras dans son histoire. Les originaux en sont conservés au monastère de Coïmbre, et c'est à cette source que je puise moi-même mes documents.

Venons-en maintenant aux œuvres de la Compagnie, Dieu daigna en révéler quelque chose à sainte Thérèse : son confesseur l'apprit de la bouche même de la Sainte, et du reste, ses manuscrits en font foi : la Société devait porter le nom de Jésus et Thérèse entendit le Seigneur lui dire distinctement ces paroles : Si tu savais quels secours dans les temps à venir cette Société apportera à l Église dans ses besoins et dans ses dangers (") !

Dans une autre circonstance, elle vit en esprit l'accroissement futur de la Compagnie pour la plus grande gloire de Dieu, et son énergie à défendre la vraie foi. Un jour, absorbée dans un recueillement plein de douceur et de suavité, environnée d'une nombreuse troupe d'anges au pied du trône de Dieu, elle implorait le Seigneur pour son Eglise : alors, dit-elle, il lui fut révélé de grandes choses touchant la Compagnie en général, et sur quelques-uns de ses membres ; elle aperçut en particulier, à plusieurs reprises, dans le séjour des bienheureux, les enfants

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