‹ Histoire de Saint Ignace de Loyola d'après les documents originauxChapitre 114 sur 168 · LIVRE TROISIÈME. — CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME. — CHAPITRE III

d'Ignace portant des bannières blanches dans leurs mains. « De « là vient, continue la Sainte, que j'ai pour cet Ordre une très « grande vénération. D'ailleurs, j'ai conversé souvent avec ces « religieux, et j'ai trouvé leur vie absolument conforme à ce que « Dieu m'avait fait connaître à leur égard. »

A ces paroles de sainte Thérèse, je pourrais en ajouter d'autres non moins honorables pour nous, paroles que l'on a supprimées dans certaines éditions de ses œuvres. Mais, je le déclare, mes citations ont été copiées textuellement sur le manuscrit de la bibliothèque royale conservé à l'Escurial, et la copie elle-même en a été collationnée et certifiée par un notaire public. Du reste, la suppression dont je parle fut solennellement condamnée par un chapitre général de l'Ordre des Carmes, en 1650.

Aux saintes filles que j'ai déjà citées, j'en ajouterai une quatrième, la bienheureuse Madeleine de Pazzi, née à Florence. Le 26 décembre 1599, fête de saint Etienne, la bienheureuse fut ravie en extase. Elle vit Dieu s'unir à l'âme de saint Jean l'Evangéliste avec un amour de complaisance, supérieur à celui qu'il accordait aux autres saints ; mais elle le vit en même temps se porter avec le même amour vers l'âme du bienheureux Père Ignace. Elle s'exprime ainsi à ce sujet : « L'esprit de saint Jean « et celui d'Ignace sont les mêmes, car chez tous deux, leur « unique but est la charité envers Dieu et le prochain ; c'est par « le cœur qu'ils attirent les créatures à Dieu. Le meilleur esprit « qui existe aujourd'hui sur la terre est celui d'Ignace, parce que « ses enfants, dans la conduite des âmes, tâchent surtout de faire « comprendre combien on plaît à Dieu par les actes du culte in- « térieur; ces actes en effet font embrasser avec facilité les choses « ardues et difficiles, grâce aux lumières communiquées à l'âme-; « le cœur s'embrase alors de cet amour qui convertit en douceur « toutes les amertumes. » D'après une autre vision de Madeleine de Pazzi, chaque fois que les Jésuites répandaient sur la terre cet esprit dans les âmes, ils renouvelaient dans le ciel la tendre complaisance que Dieu avait trouvée dans l'âme du bienheureux Ignace (23).

Il me serait facile de multiplier les citations. L'abbé Joachim (24), qui vivait en 1 200, parle d'un Ordre formé sur le modèle de Jésus, destiné à fleurir au sixième âge de l'Eglise, c'est-à-dire

vers la fin du monde. « Celui-là, dit-il, doit être entre tous les « autres selon l'esprit de Dieu et cher à son cœur. Le Seigneur « l'aimera comme le patriarche Jacob aimait son fils Benjamin, « qu'il avait engendré dans sa vieillesse. » Ailleurs il dit encore: « Il s'élèvera dans l'Église des docteurs et des prédicateurs qui « briseront les cœurs terrestres et charnels, et réduiront au si- « lence des maîtres superbes et bouffis d'orgueil : cet Ordre fera « profession d'obéissance au Saint-Siège, etc. » Je passe dans la prophétie du vénérable abbé, ce qui a trait aux conversions opérées, soit en Asie, soit en Amérique ; ces détails trouveront leur place ailleurs. Il suffira, pour en finir sur ce sujet, de citer les paroles de cet homme apostolique, nommé saint Vincent Ferrier, paroles que plusieurs esprits calmes et sages ont appliquées à la Compagnie (25). « Beaucoup de gens, dit Rodriguès, « nous demandaient si nous étions ceux qu'une révélation divine « avait fait voir au bienheureux Vincent, lorsqu'il annonçait « qu'un temps viendrait, où il se formerait une réunion d'hom- « mes évangéliques, remarquables par leur zèle pour la foi et « par toutes sortes de vertus. Aucun de nous ne connaissait ce « que saint Vincent avait écrit, et nous ne prenions ces questions « que pour des railleries ; car il nous paraissait impossible que « ces merveilleuses prédictions pussent nous avoir pour objet, « puisque nos Pères devaient ne pas aspirer à ce qui est élevé, « mais se laisser attirer par ce qui est humble non alla sapientes, « sed humilibiis consentientes (2Ô), etc. Me trouvant, plusieurs an- « nées après, en Portugal, l'évêque de Coïmbre, don Jean « Soarez, me donna à lire les paroles textuelles de saint Vincent, « et il tenait pour certain que la Compagnie y était décrite. Plût « à Dieu qu'une telle prédiction pût nous être appliquée ! Mais « les vertus que le saint prêtre annonce dans ces hommes aposto- « liques sont telles, que l'humilité religieuse ne pourrait jamais « permettre de les reconnaître ni en soi, ni en des frères. Il « leur attribue principalement une pauvreté d'esprit, une pureté « de cœur, une humilité, une charité mutuelle absolument par- « faites. Ces hommes ne doivent connaître que Jésus crucifié, « n'aimer que lui, ne penser qu'à lui, ne parler que de lui, ne « s'occuper ni du monde ni d'eux-mêmes, ne souhaiter que la « gloire et le bonheur du Ciel, et enfin la mort dans l'espoir d'y

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