‹ Histoire de Saint Ignace de Loyola d'après les documents originauxChapitre 123 sur 168 · LIVRE TROISIÈME. — CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME. — CHAPITRE IV

ferveur ordinaire. Là, il suppliait Dieu avec d'abondantes larmes d'abaisser du haut du ciel un regard sur l'œuvre de son serviteur, et si tout n'y était pas conforme à sa sainte volonté, de l'éclairer de sa divine lumière pour lui faire connaître cette erreur. C'est ainsi que le Pontife saint Léon, après avoir écrit la lettre qui condamnait l'hérésie d'Eutychès, la laissa sur l'autel de saint Pierre, pendant quarante jours, avant de l'envoyer à l'évêque Flavien, jeûnant durant ce temps, et priant Dieu continuellement de corriger ce qu'il pourrait y avoir d'erroné.

Le sentiment intérieur par lequel Dieu manifestait à Ignace son approbation des projets qu'il avait lui-même inspirés, ne pouvait laisser aucun doute sur le bon plaisir divin. Le Saint demanda un jour au P. Jacques Laynez, s'il pensait que Dieu eût révélé aux Fondateurs d'Ordres la forme et la règle de leurs Instituts. Celui-ci répondit affirmativement, au moins pour les points essentiels. « Je le crois aussi », reprit Ignace, qui probablement en parlait d'expérience.

Rien, ce me semble, ne prouve mieux que l'Institut de la Compagnie fût véritablement l'ouvrage de Dieu que sa résistance aux efforts humains dirigés contre lui. Tous les points attaqués par nos adversaires ont été successivement confirmés, d'une manière spéciale par le Saint-Siège apostolique. Ils sont ainsi devenus désormais inexpugnables. C'est là d'ailleurs la pensée de saint François Xavier (4').

Sous le nom de Constitutions, il faut comprendre également le texte et les explications marginales de l'Institut : car, on a eu tort de prétendre que les explications étaient l'ouvrage du P. Jérôme Natal ou du P. Polanco ; elles sont incontestablement de notre Fondateur. Dès l'origine, il avait divisé en trois parties le corps de l'Institut, et avait écrit séparément les Constitutions proprement dites, les déclarations qui devaient y être ajoutées, et la partie destinée à être expressément relatée dans les Bulles d'approbation. On trouve ces divisions dans les anciens manuscrits que nous possédons. Quant aux explications du texte ou déclarations, on y voit encore les ratures et les différents changements faits de la main d'Ignace. Dans plusieurs endroits des Constitutions, on trouve en marge quelques passages soulignés de la main du Saint ; une note avertit que ces additions ont

rapport aux explications ; elles ont donc force de loi (42), comme venant directement de notre bienheureux Fondateur, et ne tirent pas seulement leur autorité de l'approbation des Souverains-Pontifes qui les ont rendues Constitutions papales, ainsi que les appelle le sacré Tribunal de la Rote. Il nous reste à pénétrer dans le fond de cette œuvre et à expliquer plusieurs détails, blâmés pour n'avoir pas été suffisamment connus.

Fin que s'est proposée saint Ignace en fondant la Compagnie. — Moyens tirés de la vie active et de la vie contemplative pour arriver au but de l'Institut. — Raisons qui portèrent saint Ignace à mettre ses religieux au rang des clercs. — Examen des observances de l'Ordre.

OMME dans les œuvres morales, où l'homme tient le premier rang, la fin est l'élément i le plus essentiel qui donne aux œuvres j- leur caractère spécial, le degré d'efficacité aussi bien que la règle pour le choix des moyens, saint Ignace s'appliqua d'abord à "S!qr^^^^^5^§ la déterminer. Dans tout ce qui était relatif au service de Dieu, il visait toujours très haut. Or le but vers lequel on dirige toutes ses actions lui paraissant la chose la plus importante dont on puisse s'occuper, ce fut vers le plus parfait modèle qu'il leva les yeux, pour en tracer dans son Institut une exacte copie.

Il médita donc sur la fin de l'Incarnation du Sauveur et sur les actions de sa vie toute divine; car nul autre certes ne pouvait ni comprendre, ni servir mieux les intérêts et la gloire de Dieu. Ayant reconnu que tous les actes de la vie et toutes les souffrances de la Passion du Sauveur n'avaient eu d'autre objet que sa propre perfection et le salut des hommes, Ignace choisit ces deux sublimes fins, inséparablement liées l'une à l'autre, comme le but propre et unique de son Institut, et il le déclare en ces termes: « La fin de cette Société est non seulement de travailler « avec le secours de la divine grâce au salut et à la perfection de « son âme, mais encore de faire tous ses efforts pour procurer « avec le secours de la même grâce le salut et la perfection du « prochain (43). »

Cette Société est donc consacrée tout entière à la plus grande gloire de Dieu, puisque, comme le dit ailleurs le même Saint,

son but propre est la gloire de Dieu, le bien universel et le salut des âmes (44). A nos Constitutions se joignent les Bulles apostoliques qui les approuvent. Nous pouvons citer entre autres celle de Grégoire XIII, où il est dit expressément : « Comme la fin « de cette société est la propagation et la défense de la religion « catholique et le progrès des âmes dans la doctrine et la prati- « que de la vie chrétienne, le propre de sa vocation est aussi « de parcourir divers pays, selon les ordres du Pontife et du « Général de la Compagnie (45). »

J'ai dit que saint Ignace avait établi entre ces deux objets une dépendance mutuelle, parce que travailler au salut du prochain est une partie intrinsèque, substantielle et inséparable de la perfection propre à cet Institut, de sorte que tous les moyens aptes à procurer notre perfection doivent servir à nous rendre plus capables de travailler au salut des âmes. Je citerai ici une observation importante que, dès les premiers temps, nous laissa par écrit Jacques Miron, un des Pères les plus chers à saint Ignace. « Il faut bien comprendre que la prière et la méditation « ne sont point le but principal de notre Institut, mais seulement « des moyens très puissants pour acquérir les vertus indispensa- « blés à l'accomplissement des ministères de la Compagnie ; du € reste, ces vertus ne s'acquièrent pas seulement par la prière « et par la méditation, mais surtout par la mortification. C'est « pourquoi le P. Ignace a posé dans ses Constitutions comme « fondement des solides vertus, qui doivent, comme autant de- « colonnes, soutenir notre Institut, l'abnégation continuelle de « soi-même. Notre-Seigneur a voulu également qu'elle fût la « base de toute perfection chrétienne, puisqu'il a dit : Quil se « renonce lui-même et qu'il porte sa croix (4Ô).

« Nous devons néanmoins recourir à la prière et à la médita- « tion pour acquérir une parfaite mortification de tous nos pen- <L chants désordonnés ; mais celui qui, pour jouir des douceurs de « l'oraison négligerait ses devoirs envers le prochain, serait hors « de l'esprit de sa vocation. De même celui-là ne fait point une « oraison conforme à l'esprit de l'Institut, qui reste attaché à « son propre jugement et se soumet difficilement aux ordres des « supérieurs, quand ces ordres contrarient son inclination et sa « volonté.

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