‹ Histoire de Saint Ignace de Loyola d'après les documents originauxChapitre 125 sur 168 · LIVRE TROISIÈME. — CHAPITRE V · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME. — CHAPITRE V

D'un autre côté la vie active n'est pas négligée. Pour être utile au prochain, saint Ignace ne borna pas ses moyens d'action à la sanctification immédiate des âmes, il voulut encore y arriver en cultivant l'intelligence. Je veux parler de l'enseignement des lettres et des sciences offert à tout le monde dans les collèges ouverts parla Compagnie, et dans les académies où les religieux se font un devoir d'enseigner depuis les premiers éléments de la grammaire, jusqu'à la théologie scolastique et morale, sans exiger d'autre satisfaction de leurs écoliers, que celle de l'innocence des mœurs, d'une piété toute chrétienne et du fréquent usage des sacrements, fruits précieux de leur zèle.

Quant aux moyens d'opérer plus immédiatement le bien des âmes, je me réserve de les exposer dans le livre suivant. On y verra briller parmi les autres vertus de saint Ignace, le zèle le plus industrieux pour le salut de ses frères.

La Compagnie, ayant pour but immédiat et essentiel de se dévouer entièrement au service spirituel du prochain, devait être nécessairement une société de Clercs, dont la profession spéciale est d'instruire les peuples dans la science du salut éternel. C'est ce que comprit saint Ignace ; et les Souverains-Pontifes Paul III, Jules III," Paul IV, Pie V, Grégoire XIII et Clément VIII nous ont toujours appelés clercs ou prêtres. Le concile de Trente ne nous donne pas d'autre nom.

D'ailleurs ce nom ressort assez de ce que nous avons dit plus haut ; constituée en vue du salut du prochain, la Société doit travailler à sa propre perfection pour se rendre apte à procurer efficacement la perfection d'autrui.

De notre titre de clercs réguliers découlent deux notables et rigoureuses conséquences. La première est que nous occupons dans la hiérarchie ecclésiastique, le rang de clerc, destiné à diriger les peuples dans le culte de Dieu et dans la voie du salut : car, si par son Institut et en tant qu'Ordre, la Société n'est point monastique, elle n'offre pourtant rien qui ne convienne parfaitement à la cléricature. Tout ce qu'elle a ajouté aux obligations de ce dernier état, n'est qu'un accroissement de la perfection qui lui convient. C'est pourquoi Paul III, Jules III, Marcel II et Paul IV avaient coutume de nous appeler clercs, ou prêtres réformés.

Quoique la Compagnie, par une exemption particulière, ne soit pas soumise à la juridiction des évêques, comme le clergé séculier, on ne peut dire qu'elle trouble par ce privilège la hiérarchie ecclésiastique, ni qu'elle en soit exclue par son vœu solennel et spécial de dépendre uniquement du Souverain-Pontife, l'évêque universel ; car en veillant sur le troupeau commis à sa garde, par Jésus-Christ, il nous envoie porter des secours à toutes les églises, sous les ordres des évêques, et pour le plus grand bien des fidèles.

Supposons que la Compagnie fit aux évêques le vœu solennel d'obéissance qu'elle fait au Souverain-Pontife : on ne voit pas d'abord quel profit en eussent retiré leurs troupeaux ; de plus l'Eglise elle-même en aurait souffert : car, dans les pays infidèles ou hérétiques qui n'ont point d'évêque, on n'aurait pu nous employer comme l'ont fait les Papes. Comment donc aurions-nous, ainsi que Pie V l'atteste déjà de son temps, conquis des nations entières au royaume de l'Église ? D'ailleurs il convenait à la dignité, et à l'autorité du Vicaire de Jésus- Christ d'avoir des milliers d'hommes toujours prêts à voler, dans les pays les plus barbares et les plus lointains, quelque périlleux et difficile que pût être cet apostolat.

Voilà pour l'honneur du Saint-Siège et pour l'utilité des fidèles en tout temps ; mais aujourd'hui une pareille institution est devenue indispensable. Aussi les Souverains-Pontifes et les écrivains que j'ai cités plus haut, ont-ils fait remarquer que Dieu avait donné à l'Eglise et à son chef une marque de sa divine Providence en leur envoyant pour de nouveaux besoins, de nouveaux secours. On ne saurait dire que ces auxiliaires aient trompé l'attente du peuple chrétien. La preuve en est dans les histoires et dans les innombrables livres écrits par les hérétiques de toutes les sectes pour conspuer le nom, condamner la doctrine de l'Ordre, tourner en dérision l'Institut et insulter la Compagnie.

Parmi les calvinistes, Lermée dit bien haut que si nous avions promis de grandes choses en faveur du Pontife romain, nous avons, en hommes de cœur, surpassé nos engagements par nos actions. Non contents de nous attaquer aux ministres de la religion réformée, nous infectons encore la jeunesse d'Allemagne

Page 1