‹ Histoire de Saint Ignace de Loyola d'après les documents originauxChapitre 126 sur 168 · LIVRE TROISIEME. — CHAPITRE V · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIEME. — CHAPITRE V

et de France, et nous avons tellement l'art de l'attacher au Saint- Siège qu'on rendrait plutôt blanche une étoffe écarlate, qu'on ne résisterait au torrent de doctrine papiste dont nous dirigeons sur elle le cours. Puis le calviniste Misène nous appelle les Atlas de la Papauté ; Elie Hasenmuller, les huissiers de l'Evêque romain ; Withacher, la moelle du Papisme ; Eunius, les évangélistes du Pontife romain ; causant pro ipso adeo strenue agentes, ut vix aliqtdd gravius pro Ckristo prœstaripossit (49); enfin nous accourons pour raffermir la chaire de Pierre ébranlée par les assauts de Luther. Pour atteindre l'Eglise ils frappent la Compagnie, mais les hommes de sens et de piété chrétienne comprennent bien que ces outrages valent des honneurs et que ces persécutions sont plus dignes d'envie que de pitié ; aussi en ont-ils parlé dans d'autres sentiments que certaines personnes moins perspicaces, personnes toujours prêtes à tenir pour coupable quiconque est accusé, et pour très malheureux quiconque est haï des méchants. Les témoignages de ces grands chrétiens sont doux à citer. Le cardinal Stanislas Hosius, écrivant aux religieux de la Compagnie, disait (5°) : « Votre félicité est d'autant plus grande « que vous souffrez de plus cruelles persécutions des ennemis de « Jésus-Christ ; mais vous n'avez rien à craindre, car tous les « cheveux de votre tête sont comptés, et, comme l'a promis le « Sauveur, pas un ne tombera sans sa permission. Oui, on dira « de vous avec vérité : Vous posséde7rez vos âmes par la pa- « tience (SI). Et non seulement vous posséderez vos âmes, mais « vous gagnerez à Jésus-Christ celles de vos ennemis : ils ne « vous haïssent pas moins que les Juifs ne détestaient le Sauveur. « Vous êtes de sa Compagnie ; après avoir partagé ses souf- « frances, vous participerez à ses consolations et à ses éternelles « joies. Donc agissez virilement et prenez courage. Ceux qui « aujourd'hui vous abhorrent viendront plus tard vous conjurer « avec instances de les instruire par vos enseignements et vos « exemples (52). »

« Cet Ordre, ajoute un autre illustre cardinal, Guillaume Allen, « et le genre de vie qu'on y mène sont nouveaux, mais la foi et la « doctrine n'y diffèrent point de la foi et de la doctrine que l'an- « tiquité et les Pères enseignaient, que l'Église professe aujour- « d'hui. Et l'Ordre et le genre de vie sont un objet de haine

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« pour les hérétiques, haine qucsaint Jérôme estimait comme « une grande gloire; car dès lors les saints personnages envoyés « pour les combattre leur étaient aussi odieux que ceux-ci sus- « cités de Dieu même pour réparer les ruines causées dans « l'Église, par Luther, Calvin et d'autres fléaux semblables. »

Ici se présente une autre considération : tout en vouant au Souverain- Pontife une obéissance particulière, la Compagnie a renoncé aux dignités ecclésiastiques. Or, selon la remarque de Stanislas Rescius, les hommes les plus recommandables par leur sagesse et par leur zèle comme les Échius, les Tapper, les Roffeus, les Mori, les Hessel, les Hosius, les Sander et d'autres avec eux qui écrivirent ou parlèrent contre les ennemis de l'Eglise, virent souvent leur zèle échouer auprès des hérétiques, soupçonnés qu'ils étaient, d'être mus par l'intérêt plutôt que par la vérité : « Comme si, ajoute Rescius, ces hommes professaient « la foi par crainte du Pape, des censures, pour un vil intérêt, « pour arriver à l'épiscopat, et pour d'autres motifs de ce genre. <L C'est pourquoi il a paru bon à Dieu d'envoyer de nouveaux « hommes sans biens, sans places, sans évêchés, sans abbayes, « vils aux yeux du siècle, ne craignant que Dieu et n'espérant « qu'en lui; des hommes à qui mourir pour Jésus-Christ est un « gain; qu'on peut faire périr, mais qu'on ne peut subjuguer (S3). »

Un second et très important caractère de notre organisation cléricale, c'est qu'en ne nous astreignant pas à certaines pratiques saintes en vigueur dans les autres Ordres, notre fondateur, tout en nous obligeant à nous consacrer tout entier au salut du prochain, ne nous a pourtant pas privés des moyens nécessaires pour avancer dans la perfection. Dans l'adoption de telle ou telle pratique, il n'y a rien d'absolument et infailliblement nécessaire : le but doit seul décider. En architecture, par exemple, les différents ordres ne peuvent s'employer indistinctement pour toutes sortes d'édifices : l'un convient aux temples, l'autre aux palais, un troisième aux forteresses, et quoique tous les édifices doivent avoir des parties communes et indispensables, telles que les fondations et les murailles, ils diffèrent néanmoins autant que leurs destinations ; les uns doivent servir au culte du Seigneur, les autres à l'habitation ou à la défense des hommes. Il en est de même pour les différents Ordres religieux : ils s'accordent

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