LIVRE TROISIEME. — CHAPITRE V
faner les couleurs, on ne doit point retoucher les traits, mais seulement rafraîchir les teintes, tout en conservant le dessin original, sous peine d'en faire sous le même nom un nouveau portrait.Ainsi.ee qui pour la Compagnie pourrait avoir au début une apparence de bien finirait par la détruire, comme s'écroule un édifice dont on ébranle les fondements.C'est la remarque d'un Souverain-Pontife: après avoir rappelé les instances faites, auprès de Pie V de sainte mémoire, pour modifier certains points de l'institut de la Compagnie : « Si l'on écoutait toutes ces réclama- « tions, dit-il, l'édifice entier delà Compagnie tomberait en ruine, « et avec lui disparaîtrait l'utilité de tant de sang pour l'Eglise. » « C'est pourquoi »,dit avec grande raison Grégoire XIII dans sa Bulle Ascendente Domino, « Nous devons, à l'exemple de nos « prédécesseurs, défendre et maintenir dans toute son intégrité, « dans toute sa force, cet Institut qui est la source d'un si grand « bien pour l'Eglise catholique (58). » Enfin pour faire bien comprendre la sagesse et la solidité des constitutions, statuts, règles, décrets et autres parties de l'Institut de la Compagnie, je dirai comme je l'ai insinué précédemment,et ceci résume tous les éloges, que toutes ces constitutions sont appelées, en plusd'une occasion, Constitutions papales, par la Rote romaine.
Ainsi le veulent d'ailleurs les approbations diverses de l'Institut données par Jules III, Grégoire XI II, Grégoire XIV et Paul V (59).
Et la preuve en est irréfragable ; car, comme le saint fondateur l'atteste au commencement de son livre, les Constitutions furent faites par ordre exprès du Pontife. Puis, soumises par Paul IV à l'examen rigoureux de quatre cardinaux, elles reçurent une sanction favorable. En outre quatre Papes les ont approuvées par plusieurs Bulles apostoliques dans les termes consacrés de motte proprio, de certa scientia et de plenitudine potestatis. Ils ont approuvé et validé dans l'ensemble et en détail, les constitutions, les règles, les statuts, les décrets, etc. comme si les bulles citaient successivement les textes. C'est pourquoi les mêmes Papes défendent sous des peines graves, de les condamner, de les attaquer, de les mettre en doute, sous prétexte même d'un plus grand bien, avec une apparence de zèle et dans le prétendu but d'en rétablir l'exactitude. Aux membres mêmes
de la Compagnie, il est moins permis qua tout autre d'y toucher. Tout cela est expressément signifié dans la constitution de Grégoire XIV Ecclesiœ catholicœ (6o). Par là, l'audace des contradicteurs et des perturbateurs sera réprimée, comme le dit le Pontife ; et, « pour que ni eux, ni d'autres, dans l'avenir, ne « puissent, entraînés par le mauvais exemple ébranler et atta- « quer des choses établies pas le Siège apostolique, et principa- « lement les Ordres religieux approuvés et confirmés par les « Papes, Nous ordonnons, en vertu de la sainte obéissance, à « tous et à chacun, soit séculier, soit régulier (comprenant parmi « les réguliers les religieux de la Compagnie), quelles que soient « sa profession, son grade, sa dignité ou sa prééminence, fût-il « évêque, archevêque ou honoré d'une dignité civile quelconque « sous peine d'excommunication latae sententiae, et d'inhabilité « à toute sorte d'offices, de privation de voix active et passive « à encourir par le fait même, et dont l'absolution est réservée « à nous et nos successeurs, nous ordonnons, disons-nous, que « nul sous prétexte d'un plus grand bien, de zèle ou de tout autre « motif, n'ait la présomption d'attaquer, de changer, d'altérer « l'Institut, les Constitutions, les décrets de la Compagnie ou « quelqu'un des points indiqués précédemment ou tout autre, « etc. ».
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— :!:— Chapitre sixitmt. — :{:—
Examen des Constitutions.
PRÈS avoir montré en général la sagesse % de l'Institut, nous allons exposer l'organisais tion de tout le corps des Constitutions ; nous p indiquerons en particulier les solides raisons | qui ont conduit saint Ignace à n'admettre 1 pour sa Compagnie aucune des pratiques monastiques que les autres Ordres observent saintement, conformément à leur vocation. Les Constitutions sont divisées en dix parties, liées ensemble et dépendantes les unes des autres, d'après l'évolution naturelle de toute société, c'est-àdire, d'après sa formation, son accroissement et sa conservation. Dans la première partie saint Ignace énumère les qualités de l'âme et du corps requises de chaque candidat, ainsi que les empêchements, qui même ignorés d'abord, s'ils viennent à être ensuite reconnus, annulent l'admission. Mais comme tous les sujets reçus ne répondent pas aux espérances qu'ils avaient fait naître, le sage Fondateur indique dans la seconde partie, les cas d'exclusion et prescrit la manière de faire ces renvois.
Les novices ont besoin de secours pour leur avancement spirituel, et de certaines dispositions propres à maintenir leurs forces physiques, sans lesquelles ils ne pourraient soutenir les fatigues que chacun, suivant ses talents, devra embrasser pour le service du prochain : c'est le sujet de la troisième partie. Cependant, sans une connaissance peu ordinaire des lettres, le plus parfait novice serait incapable de remplir les fonctions propres de l'Institut ; la quatrième partie traite donc fort au long des études, des grades, des sciences, de la connaissance des langues, et enfin de la formation et du gouvernement d'une Université. Il y est aussi question de la discipline des collèges et des moyens de les maintenir.
Tout ce qui précède embrasse la période de préparation. Durant cette période, le sujet se prépare à être reçu dans la Compagnie par la profession des quatre vœtix. Quand le religieux a satisfait à ce que l'on exige de lui, pour la science, et pour la vertu, il peut être admis, s'il le désire ; et la cinquième partie renferme les conditions de cette admission, On y parle aussi du grade de coadjuteur spirituel, grade inférieur au précédent.
Les devoirs des membres de la Compagnie envers eux-mêmes spécialement dans l'accomplissement de leurs vœux, font tout le sujet de la sixième partie. La septième expose leurs obligations envers le prochain, soit dans les différents ministères de l'Ordre, soit dans les missions particulières que le Saint-Siège apostolique ou le Général leur confient.
On a traité jusqu'ici de la formation de l'Ordre dans son ensemble. Les deux parties suivantes concernent le Chef ou Général : dans la huitième, on traite de l'union nécessaire entre le chef et les membres, de son élection, de la congrégation générale à laquelle appartient la nomination du Général de l'Ordre : dans la neuvième on détermine les rapports du Général avec la Compagnie, leur autorité réciproque et les règles, pour rendre le gouvernement utile. Enfin, dans la dixième partie, on indique les moyens par lesquels la Compagnie peut se maintenir et s'accroître.
Tel est l'ordre et l'enchaînement des Constitutions. Cependant, avant sa mort, saint Ignace ne les avait pas présentées comme absolument terminées, comme à jamais fixées. Aussi dans la première congrégation générale tenue après lui, les Pères assemblés se demandèrent-ils si l'on pouvait apporter quelque changement aux Constitutions qui n'avaient pas reçu du Fondateur une approbation définitive. Nos anciens mémoires nous expliquent pourquoi le Saint ne les avait pas déclarées achevées, et immuables. Par une prudence pleine de prévoyance, il voulait que dans quelque lieu que la Compagnie s'établît un jour.l'aspect en fût uniforme, condition essentielle de son union et même de son existence. Or cette identité ne pourrait exister, là où la diversité des usages, influant sur le genre de vie et sur les moyens d'action, diviserait la Compagnie en plusieurs branches qui offriraient l'apparence de différents Ordres. Pour éviter ce