‹ Histoire de Saint Ignace de Loyola d'après les documents originauxChapitre 129 sur 168 · LIVRE TROISIEME. — CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIEME. — CHAPITRE VI

grave inconvénient, il fallait à l'œuvre entière la sanction de l'expérience ; les conceptions de l'esprit deviennent souvent impossibles dans l'exécution.

En 1550, Ignace avait donc mandé à Rome autant de profès qu'il put en rassembler ; il leur donna à examiner les Constitutions : ces Pères devaient juger, suivant leurs connaissances des pays divers qu'ils avaient parcourus, s'il ne s'y trouvait rien qui ne pût universellement être observé. Il n'en demeura pas là. Au bout de trois ans, il en envoya des copies dans les différentes parties de l'Europe à tous les supérieurs, leur enjoignant d'en exiger l'observance, et d'en porter un jugement après l'épreuve faite.

Ce fut en cet état que la première congrégation générale trouva ces Constitutions, lorsqu'elle s'assembla après la mort du saint Fondateur. Il fut décidé que rien n'y serait changé, que dans l'avenir on ne toucherait à rien d'essentiel ; qu'on pourrait modifier des points de moindre importance, mais seulement lorsque l'expérience ou de fortes raisons l'exigeraient. La même assemblée prononça sagement sur quelques règlements qui ne se trouvaient pas renfermés dans le corps des Constitutions : on ignorait si saint Ignace leur avait donné une dernière sanction; on détermina leur place et leur importance dans l'ensemble de l'œuvre.

Les Constitutions furent donc transcrites sur l'original et fidèlement collationnées. puis signées et scellées, selon les ordres de l'assemblée, parle P.Jean Polanco, secrétaire de saint Ignace. Le même Père les traduisit de l'espagnol en latin. C'est cette traduction qui, après avoir été longuement examinée et comparée avec le texte original, fut livrée à l'impression.

Disons maintenant quelques mots de notre vêtement. D'abord il n'y a dans la Compagnie aucun costume particulier. Ignorant ce point de notre Institut, l'auteur de la vie de Paul IV crut pouvoir affirmer que notre vêtement avait été emprunté à celui de son Ordre : c'est là une assertion erronée : la Compagnie n'admet pas en effet certaines particularités propres au costume de cet Ordre. Le collet droit dont nous faisons usage, saint Ignace, qui était espagnol, l'avait emprunté au modeste costume des prêtres d'Espagne ; quant à la scolastique portée

par nos étudiants au lieu du manteau, il l'adopta à l'imitation des étudiants de l'Université de Paris.

Cependant ce genre d'habillement n'est pas tellement de rigueur que nous soyons obligés à le porter dans tous les pays; là où de bonnes raisons l'exigent, là où l'usage des lieux le réclame, nous pouvons le quitter et en adopter un autre ; comme cela se pratique en effet. Cependant nous sommes tenus à l'habit ecclésiastique parce que, étant clercs, notre habit propre est l'habit ordinaire des clercs. Quant à l'étoffe et à la forme, trois conditions furent prescrites par S. Ignace : la décence, la conformité à l'usage des lieux où nous vivons et l'esprit de pauvreté (6l).

Il y avait une autre raison de ne pas nous assujétir à une forme particulière de vêtement. Les nouveaux hérétiques avaient excité dans le nord de l'Europe une extrême antipathie pour l'habit religieux ; or la Compagnie était destinée à se trouver sans cesse en contact avec eux ; il était donc prudent de ne pas nous donner un costume qui nous eût fait fuir comme des bêtes féroces par ceux-là même qu'on pouvait espérer ramener, en vivant familièrement avec eux. C'est pourquoi chez les païens où l'habit des lettrés, tel que celui des mandarins en Chine, et des brahmes aux Indes, est le plus en honneur, nous quittons pendant un temps les vêtements ecclésiastiques pour le revêtir; et dans les pays entièrement hérétiques, où le costume clérical ne serait pas toléré, nous nous transformons en marchands, en médecins, en artistes, ou même en serviteurs pour pouvoir traiter, sans exciter des soupçons, avec les catholiques cachés.

De plus la Compagnie n'est pas obligée au chœur ; chaque religieux récite l'office en particulier. Cette exception paraissait très inconvenante au Père Dominique Soto ; aussi après avoir affirmé que les Ordres approuvés ne peuvent, en aucune manière, se dispenser de cette partie essentielle de la prière, il ajoutait : « Je parle des anciens Ordres ; car toute nouvelle Société qui se « soustrairait à cette obligation, mériterait à peine ce nom, « puisqu'elle serait privée de ce qui donne à un Ordre sa plus « grande splendeur (62). » Paroles qu'un auteur, à la fois très grave et très modeste, ne peut s'empêcher d'appeler fort mauvaises, pcssime dictum, car elles anéantissent en tant qu'Ordre

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