LIVRE TROISIÈME. — CHAPITRE VI
toute société où le chœur n'est pas en usage, comme si l'essence d'un Ordre religieux consistait à chanter publiquement l'office! Si Soto qui était professeur de théologie, assistait au chœur, ou non, je n'ai pas à m'en enquérir ; mais ce que je sais bien, c'est que dans beaucoup d'Ordres très réguliers, les prédicateurs, les professeurs et d'autres membres employés à des ministères d'une haute importance pour l'Église et pour le bien des fidèles, sont dispensés du chœur, et, loin d'être pour ce motif moins véritablement religieux, ils le sont d'autant plus réellement qu'ils remplissent un office plus élevé et plus utile au service de Dieu. Si donc un Ordre religieux comprend dans son Institut des fonctions qui dispensent du chœur, de quel droit, prétend-on que ceux qui remplissent ces mêmes fonctions sans être obligés au chœur, ne sont point de véritables religieux. Or que la Compagnie soit dans ce cas et que son Fondateur et les Souverains- Pontifes l'aient dispensée du chœur, on peut le lire tout au long dans la sixième partie des Constitutions, où saint Ignace, s'exprime ainsi : « Comme les travaux entrepris pour porter « secours aux âmes sont d'une grande importance, propres à « notre Institut et très fréquents, et comme notre séjour en « tel ou tel endroit est incertain, les nôtres n'auront à chanter « ni les heures canoniales, ni la messe, ni d'autres offices au « chœur. Que si la dévotion en pousse d'autres à assister aux « offices du chœur, ils trouveront facilement à satisfaire leur « piété. Pour nous, nous n'avons à nous occuper que de ce qui « est plus conforme au but de notre vocation et plus propre à « procurer la gloire de Dieu (63). » C'est là l'unique motif qui détermina les Souverains-Pontifes à confirmer de leur autorité apostolique une telle constitution ; ils comprirent que la raison l'exigeait. Dans sa constitution Ex sedis apostolicœiÇixh.<go\ïç.YA\\ entre autres, le marque bien en ces termes: « Considérant que cet « Ordre religieux a produit des fruits très abondants dans tout « l'univers par la propagation de la foi, par la gloire procurée à « Dieu, et qu'il doit être à juste titre maintenu dans son primitif « Institut, motu proprio et certa scieniia, nous ordonnons que « ces religieux, pour qu'ils puissent s'adonner plus librement « aux études, à l'enseignement, à la prédication, soient tenus de « réciter les heures canoniales non point ensemble, au chœur,
« maischacun en particulier selon l'usage de l'Eglise romaine(64).» La Compagnie n'est point, comme on l'a dit bien des fois, un Ordre monastique ; dès lors, bien que n'ayant pas le secours des pratiques monastiques pour la contemplation, elle n'est privée de rien puisque la contemplation n'est point la fin de son Institut. Quant à la splendeur dont le théologien cité fait presque autant de cas que de ce qui constitue l'essence même des Ordres religieux, je dirai que le saint concile de Trente, et plusieurs Papes ont approuvé et confirmé l'Institut de la Compagnie, et que pas un Pontife, après l'avoir soumis à l'examen rigoureux des théologiens et des canonistes, et après avoir pris connaissance de toutes les oppositions suscitées par de très puissants adversaires, n'a jamais trouvé qu'il manquât à la Compagnie même un rayon de cette splendeur. Tout au contraire, devant l'intégrité de sa vie, conforme aux règles de l'Institut, et devant les fatigues de ses continuels travaux qui constituent, si je ne me trompe, la vraie gloire d'un tel Ordre religieux, ils ont parlé d'elle en termes si nobles et si élogieux, qu'on pourrait m'accuser de dépasser les limites de toute convenance en rapportant ces mêmes éloges. Ils ont vu la Compagnie ainsi qu'une belle peinture, dans sa vraie lumière et non sous un faux jour ; ils l'ont vue, dis-je, poursuivant sa fin, qui est de servir l'Eglise dans l'œuvre du salut des âmes, et non dans la pratique d'observances monastiques auxquels s'adonnent, selon leur Institut, tant d'autres Ordres très saints : « L'extension « de cet Ordre en si peu de temps et sa fécondité pour le bien de « l'Eglise de Dieu sont à peine croyables, » comme le dit Pie IV dans sa constitution Etsi ex debito^). « Innombrables « sont les fruits qu'avec la bénédiction du Ciel, la Compagnie de « Jésus a produits, jusqu'à ce jour, dans l'Église ; on y compte « des hommes illustres parla science, par la piété, leur vie exem- « plaire et leur sainteté, des maîtres très chrétiens, des prédica- « teurs excellents, des interprètes de la divine parole même « parmi de lointaines et sauvages nations : » ainsi s'exprime le saint Pontife Pie V, clans sa Bulle Innumerabilcs fructus (66). Ajoutez les ministères importants que la Compagnie exerce dans les maisons professes, en dispensant les sacrements de Pénitence et d'Eucharistie, les retraites et les autres œuvres où