LIVRE TROISIEME. — CHAPITRE VI
la parole de Dieu est annoncée ; les collèges où les membres de cette Compagnie s'emploient par le moyen de l'enseignement des lettres, des sciences, de la philosophie et de la théologie à former la jeunesse aux bonnes mœurs, pour le grand avantage de l'Eglise comme le fait remarquer Grégoire XIII dans sa Bulle Salvatoris (67). En somme « ils ne reculent devant aucune « fatigue et ne craignent aucun danger dès qu'il s'agit de pro- « pager la religion chrétienne, de conserver la foi catholique, « de la rétablir là où elle s'est perdue, de procurer enfin le salut « des âmes en cultivant la vigne du Seigneur par toute sorte « d'offices de piété et de ministères de la parole » : ce sont les propres termes de Clément VIII. Pour la même raison, après avoir rendu témoignage au grand bien que l'Eglise a retiré jusqu'à ce jour et retire actuellement des travaux de la Compagnie, Paul V appelle cette Compagnie une religion sainte et audessus de toute louange, Sancta et numquam satis laudata religio (68) ; et Grégoire XV, en accordant à Charles de Lorraine, évêque de Verdun, la faculté d'entrer dans l'Ordre, lui écrit : «Après avoir rejeté bien loin les soucis des choses de ce « inonde et les embarras des biens de la terre, partez pour entrer « dans les rangs de cette sainte milice, illustre par son zèle à « défendre le nom chrétien, et par les défaites qu'elle a infligées « aux hérétiques, et puisse votre départ tourner au bien de la « religion chrétienne (69). »
Ce sont ces mérites reconnus par les Souverains-Pontifes qui ont provoqué tous ces témoignages flatteurs : je n'ai cité que quelques fragments; mais ils sont suffisants à mon avis, pour montrer que l'éclat ne fait pas défaut à la Compagnie, parce que le chœur lui manque: ajoutons que l'exemption du chœur seule lui permet de produire tous ces fruits de salut. Que si l'on considère tes divers degrés établis dans la Société, il devient plus manifeste encore que le Fondateur ne pouvait obliger ses religieux au chœur sans apporter le trouble dans leur classification, dans la forme de leur vie et dans leurs travaux.
Tous les établissements de la Compagnie se divisent en noviciats, collèges et maisons professes. Outre leurs exercices extraordinaires qui sont fréquents, les novices ont, chaque jour, cinq heures d'exercices purement spirituels : une heure et
demie de méditation, autant de lecture spirituelle, des exhortations, des conférences, quatre examens dont deux généraux sur les actions de la journée et deux particuliers, l'un sur l'oraison mentale et l'autre sur le défaut ou la vertu qu'il importe le plus à chacun de détruire ou d'acquérir. De plus les novices ont à faire un mois de pèlerinage, à servir les malades dans les hôpitaux, à vaquer à d'humbles travaux dans les plus modestes emplois. Les choses de Dieu sont leur unique sujet de conversation, et ils ne travaillent jamais ensemble à des travaux manuels, comme à faire des cilices et des disciplines, pour se délasser,sans écouter la lecture de quelque livre de piété ; enfin le sommeil seul suspend leurs exercices spirituels.
Le noviciat dure deux ans entiers. Il ne faut pas moins de temps pour commencer à former le novice à l'esprit de l'Institut, qui exige par dessus tout une grande pureté de conscience, le mépris de soi-même, un empire réel sur ses passions, une inébranlable fermeté dans la vertu, enfin l'union de l'âme avec Dieu. D'ailleurs, dans les collèges on étudie et on enseigne ; mais ni l'une ni l'autre de ces occupations ne dispense de la méditation, des examens ou des autres exercices spirituels,et il serait impossible d'y joindre d'autres travaux intellectuels ; car ceux-là même paraissent déjà surpasser les forces ordinaires de la nature.
Ces labeurs littéraires ne comprennent pas moins de treize ans, et vont des dernières classes jusqu'à la rhétorique, et de la rhétorique jusqu'à la théologie inclusivement. Enfin dans les maisons professes, se trouvent les ouvriers évangéliques, qui, comme le dit saint Ignace dans une de ses lettres, doivent être toujours, un pied levé, prêts à partir pour les missions lointaines où ils peuvent être à chaque instant envoyés, suivant l'esprit de leur vocation et le but de leur Institut. Et quand les- supérieurs ne les y envoient pas, ils trouvent de continuelles occupations dans les chaires, les confessionnaux, les hôpitaux, les congrégations, les prisons, l'assistance des malades, l'enseignement de la doctrine chrétienne aux enfants ; car tels sont les travaux des Pères qui habitent nos collèges sans y vaquer ni à l'enseignement ni aux études.
Quant aux pratiques de pénitence, la Compagnie n'en a