‹ Histoire de Saint Ignace de Loyola d'après les documents originauxChapitre 137 sur 168 · LIVRE TROISIÈME. — CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME. — CHAPITRE VII

irréprochable pour vivre souvent seul, sans autre témoin de ses actions que le Seigneur, parfois dans les situations les plus délicates. Et de fait, dans les missions où le Général, interprète de la volonté du Souverain-Pontife, envoie continuellement des religieux, se révèlent tous les jours des hommes apostoliques, de ce mérite comme on en doit trouver parmi les profès.

Quant à ceux qui n'arrivent pas à cette supériorité, ils demeurent dans le grade inférieur des coadjuteurs spirituels. Dans quelques circonstances toutefois, un talent utile ou un service signalé rendu à la Compagnie, portera le Général à nommer profès un prêtre qui aura seulement prononcé les trois vœux ordinaires. Il faut alors une dispense pour le faire sortir de sa classe, pour l'incorporer plus intimement à la Compagnie. Dans ces occasions, on a plus d'égard pour le religieux que pour l'Ordre lui-même, tandis qu'avec les profès des quatre vœux, on consulte plutôt le bien de l'Ordre, dont l'existence repose principalement sur eux. Ainsi donc suivant la marche ordinaire, les vœux simples sont le partage de ceux qui ne doivent pas monter plus haut.

Ceux qui ne sont pas encore constitués dans un grade de la Compagnie, mais sont en voie et dans un état de probation pour y parvenir, font en substance les mêmes vœux que les vœux simples des coadjuteurs spirituels. Quelques observations sont nécessaires à ce sujet. Remarquons-le tout d'abord: quand, après le noviciat, le novice prononce ces vœux, il est tout aussi véritablement et absolument religieux que les profès de la Compagnie, ou les profès de tout autre Ordre dans l'Église: Grégoire XIII le déclare expressément dans sa Bulle Quanto fructuosius (86). Le croirait-on cependant, certains écrivains ont osé affirmer qu'on ne peut considérer comme religieux dans la Compagnie que les seuls profès (87). Tous les autres, suivant ces auteurs, sont des séculiers sujets à la juridiction des évêques ; ils restent maîtres de disposer d'eux-mêmes, soit pour entrer dans un autre Ordre, soit pour retourner dans le monde.

Cependant le Pontife avait clairement déclaré .le contraire dans la Bulle indiquée ci-dessus. Les mêmes écrivains dont je parle prétendaient que le Pape n'avait parlé que comme docteur privé et que par suite son sentiment pouvait être erroné. Pour couper court aux subterfuges, Grégoire XIII publia plus tard

l'autre Bulle Ascendente Domino (8S). Là il définissait dans les termes les plus expressifs, que les vœux simples de la Compagnie créent réellement un religieux, de la même manière que les vœux solennels dans les autres Ordres ; il déclarait en outre ne point parler ainsi comme docteur privé. La téméraire hardiesse de ceux qui avaient donné une si fausse interprétation à ses paroles était ainsi condamnée et confondue.

Reste une seconde observation à faire: ces vœux sont de leur nature perpétuels ; ils ne peuvent être rompus que par quelque cause étrangère. Celui qui les prononce s'oblige à vivre et à mourir dans la Compagnie ; et celle-ci, quand elle trouve dans le religieux une conduite régulière, n'a pas le droit de l'expulser. Mais comme nous l'avons déjà dit, on reste après les vœux simples, dans un état d'épreuve dont la nature même implique la possibilité de l'acception ou du refus définitifs, suivant qu'on aura été jugé apte ou non à remplir les devoirs et le but de l'Institut. Du reste il était impossible de recevoir des sujets à l'épreuve et de les laisser, durant tant d'années, libres de tout engagement. Quels désordres n'auraient pas amenés un si grand nombre de jeunes gens, s'ils n'eussent été tenus ni à l'obéissance, ni à la pauvreté, ni à la chasteté ! Dans l'hypothèse où on ne les aurait assujettis aux vœux simples que pour le temps de l'épreuve et jusqu'à l'admission dans un autre degré, le danger n'était pas moins grave, car comme le dit très sagement Pie V dans sa Bulle sEquum reputamus « les études finies, ces jeunes « gens auraient pu retourner dans le monde, et la Compagnie « eût été frustrée dans son attente par les hommes instruits à ses « frais. Elle aurait été privée de membres habiles qui eussent « pu travailler utilement à la vigne du Seigneur selon les règles « et la pratique de l'Institut (89). »

De toute évidence donc, la perpétuité était une condition indispensable des vœux simples. D'ailleurs, avant de les prononcer, le novice sait parfaitement à quoi il s'engage, et son consentement est libre : on ne manque donc aucunement à la justice envers lui, l'obligation n'étant pas mutuelle, s'il reste forcé de rester dans la Compagnie, quoique celle-ci ne soit pas tenue de le garder, ou si, pour de très justes causes et après un mûr examen, la Compagnie croit nécessaire de le renvoyer.

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