LIVRE TROISIEME. — CHAPITRE VIT
Ajoutons que tout membre de la Compagnie, légitimement renvoyé, est par là même délié de ses vœux. Il ne lui reste aucune sorte d'obligation ; il se retrouve absolument au point où il était au début. La raison de ce fait est fort simple : le lien que le jeune religieux avait contracté envers Dieu et la Compagnie n'était point le but direct de sa vocation, mais un acheminement pour l'atteindre : or, où la fin manque, les moyens deviennent inutiles.
Le vœu de pauvreté n'ôte pas au religieux, dans la période d'épreuve, la propriété des biens qu'il possédait, ni la possibilité d'en acquérir de nouveaux, jusqu'à ce qu'il soit arrivé à un rang fixe et déterminé, mais ce vœu lui en enlève fîtsage. Dès lors il ne peut, non plus que les profès, disposer d'une seule obole, sans la permission des supérieurs. S'il en était autrement, si ceux qui sont dans la période d'épreuve perdaient tout droit à leurs biens, ils seraient exposés à un trop fâcheux mécompte dans le cas où la Compagnie ne les agréerait pas ; et ce serait par trop cruel d'en faire de misérables mendiants à leur retour dans le monde.
Mais avant de passer aux autres parties de l'Institut, donnons un résumé rapide de ce qui précède afin d'en mieux faire ressortir l'ordre et l'enchaînement.
La Compagnie a pour fin adéquate non seulement la perfection de ses membres, mais aussi et surtout le salut du prochain. Dès lors elle ne pouvait emprunter aux Ordres monastiques leurs diverses observances que dans la mesure de leur plus ou moins d'utilité pour atteindre cette fin. Elle devait donc écarter en tout ou en partie tout ce qui pouvait faire obstacle à sa marche. De là les décisions prises sur le costume religieux, sur le chœur, sur l'usage des pénitences corporelles. Mais le ministère des âmes a, dans la Compagnie, un caractère particulier, puisqu'il comprend les missions lointaines, objet du 4me vœu solennel d'obéissance au Souverain-Pontife ; or, pour ce ministère, il faut de toute nécessité des hommes de grande vertu et de profond savoir, qualités qui ne peuvent être que le fruit du temps et d'épreuves prolongées. Le Fondateur a dû donc établir une classe de religieux qui se préparent à remplir ces fonctions par l'étude des lettres et par la pratique des vertus : ces religieux
sont les scolastiques approuvés. Or tous ces scolastiques n'étant pas également bien doués, on devait les soumettre à des épreuves plus ou moins longues selon le plus ou moins de garanties de succès qu'ils offriraient.
Ceux qui réuniraient à un degré marquant les qualités voulues deviendraient les profès. Pour les autres on a dû constituer une classe inférieure qui comprend les coadjutcurs spirituels et, dans quelques cas exception nç\s,des profès des trois vœux. Les étudiants ne pouvaient être libres de tout vœu comme des séculiers, ni être non plus enchaînés par des vœux particuliers qui leur permettraient après de fortes dépenses et de longues études de rentrer dans le siècle. On les a donc soumis à des vœux simples qui en font de vrais religieux, à des vœux perpétuels qui les lient envers la Compagnie. Voilà pourquoi et comment ces religieux sont dans un état de probation, dont ils ont librement accepté les conditions diverses. Du pouvoir qu'a la Compagnie de les renvoyer découle la conséquence qu'une fois sortis, ils sont déliés de toute obligation et dispensés de tout vœu; ces vœux ayant été émis en vue d'une fin impossible à atteindre. Comme avant leur admission définitive ils peuvent toujours être renvoyés, ils conservent la propriété mais non l'usage ni la disposition de leurs biens. Disposer, user de ces biens serait, en effet, contraire à leur vœu de pauvreté.
Une dernière remarque : afin que les prêtres et les scolastiques destinés à devenir prêtres puissent vaquer, ceux-là à leurs ministères et ceux-ci à leurs études, il y a encore dans la Compagnie, une autre classe de religieux, appelés coadjuteurs temporels, parce qu'ils s'emploient aux services domestiques, selon la vocation propre de leur état. Eux aussi font après leur noviciat les trois vœux simples, mais non la profession, dont ils ne sont pas capables. Néanmoins après une probation, qui dure de longues années, dix ans d'ordinaire, ils font ces trois vœux publics, mais non solennels; ils pourraient donc, eux aussi, s'ils venaient à démériter, être renvoyés de la Compagnie. Entre les vœux des coadjuteurs temporels qui ne sont pas prêtres et les vœux des coadjuteurs spirituels qui sont prêtres, il n'y a pas de différence pour la substance. Ces vœux publics les constituent tous coadjuteurs formés ; et par le fait de ces vœux les uns et