‹ Histoire de Saint Ignace de Loyola d'après les documents originauxChapitre 139 sur 168 · LIVRE TROISIÈME. — CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME. — CHAPITRE VII

les autres restent incapables d'hériter ou de recueillir une succession.

Mais pour l'objet de ces vœux, la différence entre ces deux classes de coadjuteurs est la même qu'entre les choses temporelles et les choses spirituelles, avec ce caractère pourtant que ces travaux temporels se font pour une fin très élevée, en vue de servir Dieu et d'aider au salut des âmes par l'assistance qui est ainsi prêtée aux ouvriers évangéliques. Bien plus les coadjuteurs temporels doivent même, dans la mesure du possible, s'employer à l'apostolat en exhortant le prochain, dans les limites de leur état,à bien vivre. Voilà en résumé un aperçu rapide des points touchés jusqu'ici.

Maintenant, que dans un Ordre régulier on doive être regardé comme véritablement religieux, avec des vœux simples, dont les évêques ne peuvent dispenser ; que le vœu de pauvreté s'allie avec la possession ; que l'on puisse être forcé de demeurer dans l'Ordre, et que pourtant l'Ordre, au moins dans un sens aussi rigoureux, ne soit pas tenu de garder de tels religieux; que l'expulsion d'un sujet le délie de tout vœu, nous devons en convenir, ce sont là autant de dispositions absolument nouvelles. C'est pourquoi, comme ledit Grégoire XIII : «Quelques-uns, «voulant juger d'après les usages ordinaires, d'après les formes «et les statuts des autres Ordres, et ne comprenant ni l'Institut « de la Compagnie, ni ses constitutions particulières, ni la force « des vœux simples approuvés chçz elle par le Saint-Siège « apostolique, font de grands efforts pour la détruire (9°). » Cependant cet Institut est fermement appuyé sur l'autorité Apostolique qui en a approuvé par de nombreuses Bulles les diverses parties, et a même défendu de les remettre en question, sous aucun prétexte, ou d'oser faire, à cet égard, des interprétations et des commentaires.

Après avoir ainsi fait connaître la hiérarchie établie dans la Compagnie, sa nature et ses moyens d'action, il nous reste à indiquer les mesures que le saint Fondateur a prescrites pour la conserver et l'accroître.

La première, sans doute, est le bon choix des sujets. Quelle que soit, en effet, la force naturelle d'un corps, une mauvaise nourriture y engendrera toujours des humeurs viciées, qui peu à

peu affaiblissent le tempérament et finissent par détruire la santé: de même, si l'on n'est pas scrupuleusement attentif au choix des candidats, un Ordre se recrutera parmi des sujets inhabiles ou corrompus, qu'on ne pourra garder sans danger. Toute porte d'entrée différente de celle que saint Ignace a ouverte dans la première partie de ses Constitutions, pourrait, comme le dit sagement saint François de Borgia, être appelée une porte de perdition.

Le monde se plaint donc à tort que nous jetions des filets. Les filets, pour parler avec saint Ambroise, prendraient la multitude; nous jetons l'hameçon avec lequel on peut choisir; car non seulement les Ordres religieux ne sont pas destinés à débarrasser les familles des membres inutiles qu'elles offriraient volontiers à Dieu; mais il est encore raisonnable qu' ils prennent dans l'admission des précautions en rapport avec la sublimité de leur vocation, et la difficulté de leurs fonctions et de leurs ministères. Donc, un Ordre dont les religieux, loin de demeurer enfermés dans leur cellule pour vaquer uniquement à leur perfection propre, sortent sans cesse pour le bien et l'utilité du prochain, doit rechercher des hommes plus qu'ordinaires.

«J'en fais autant qu'eux, » disait Henri IV, roi de France, en répondant au parlement de Paris qui élevait contre nous cette même objection : « Quand je lève un corps de troupes, je choisis « les meilleurs soldats, sans quoi mes armées seraient composées «de gens plus prompts à fuir qu'à combattre. » Telle était aussi la maxime d'un habile maître en l'art de la guerre :

Les forces dit royaume et le fondement de la gloire du nom romain, dit Vegèce, consistent dans le choix de soldats d'élite.

Du reste, malgré tous leurs soins, les princes ne réussissent pas toujours si heureusement que leurs espérances ne soient trompées; ils recrutent souvent des avortons, au lieu d' hommes sains et vigoureux. Autant en arriverait dans une société où l'on compterait le nombre des sujets, au lieu d'en peser la valeur. Elle ne serait plus qu'une Lia, féconde à la vérité , mais qui multiplierait la famille, sans apporter de nouvelle joie.

D'après les lois établies sur ce point par saint Ignace pour être reçu parmi nous, il faut remplir certaines conditions et ne pas avoir contracté certains empêchements (9I). Et d'abord, il faut n'avoir été, ni hérétique formel, ni schismatique, ni homicide, ni

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