‹ Histoire de Saint Ignace de Loyola d'après les documents originauxChapitre 147 sur 168 · LIVRE TROISIEME. — CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIEME. — CHAPITRE VII

« à Cologne, en avait chassé neuf ou dix à la fois qui le méri- « taient, et peu après tout autant, et que j'avais approuvé sa « conduite. Si on avait pris à temps, le fer pour en retrancher « un ou deux, on eût, par le coup porté à quelques-uns, pourvu « au salut d'un grand nombre (97). »

Je ne sais si je dois m'excuser' d'avoir jusqu' ici représenté notre saint Fondateur sous des traits aussi rigides : toutefois ces mêmes traits se retrouvent encore dans les récits qui me restent à faire des sévères châtiments dont il punissait les fautes même légères. D'ailleurs, écrire la vie des hommes dignes de passer à la postérité, n'est-ce pas essayer d'en offrir, d'après leurs actions, un portrait aussi ressemblant que possible ? Puis, après tout, qui présumerait assez de soi-même pour juger et pour condamner, dans Ignace, cet esprit que Dieu lui avait sans doute communiqué, aussi bien qu'aux Fondateurs des autres Ordres religieux? esprit le plus propre au gouvernement de ces Instituts, esprit de sagesse qui donnait des modèles à imiter dans la longue série des siècles futurs.

Cependant, si pour croire à l'authenticité de ces faits, on me demandait mes preuves et mes sources, je répondrai que je les tiens de témoins oculaires, dont plus d'un parmi eux a concouru à leur exécution. C'est d'abord le P. Polanco, secrétaire d'Ignace et premier historien de la Compagnie, qui nous a transmis le trésor de tous les anciens mémoires dans trois gros volumes ; puis le P.Gonçalvès qui, jour par jour, prenait note des paroles et des actions de saint Ignace, sous les yeux duquel il remplissait l'office de ministre ; le P. Pierre Ribadeneira, qui rédigea un ouvrage contenant entr'autres choses l'histoire des tristes chutes et de l'expulsion de plusieurs : juste prévoyance pour l'avenir qui détermina tant d'hommes' sagçs à consigner dans leurs écrits des faits importants quoique non destinés à la publicité ; car, plus tard, si on avait ignoré la conduite du saint Fondateur, on aurait pu regarder comme usurpé ce droit d'expulsion dont on use aujourd'hui avec une modération qu'on ne peut méconnaître, si on se reporte aux usages primitifs.

D'ailleurs, j'aurai encore, dans le livre suivant, à faire connaître la grande prudence d'Ignace, sa tendresse plus que paternelle pour des sujets encore bien imparfaits, l'admirable industrie

de sa charité, pour les amener à persévérer dans le service de Uieu. On devra en conclure que les rigueurs prudemment exercées par lui dans quelques occasions, ne lui étaient point dictées par une dureté naturelle, mais par la fermeté d'un esprit sage. C'est cette sagesse qui lui inspirait envers tels individus, placés dans telles circonstances, une conduite destinée à servir un jour d'exemple. On voit donc par là combien on s'égarerait en ne voulant l'imiter que sur un point, et en agissant avec une continuelle rigueur. Ces explications données, nous pouvons en toute sûreté faire connaître sur ce même point les sentiments de saint François Xavier.

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