‹ Histoire de Saint Ignace de Loyola d'après les documents originauxChapitre 148 sur 168 · Livre I · texte numérisé non relu

Livre I

1. (Page i.) — D. Manuel de Azcarraga y Regil, qui publia, en 1885, à Bilbao, une histoire de la Biscaye, donne les détails suivants sur la mère de saint Ignace. « Il n'est pas possible de refuser à la Biscaye la gloire d'être la patrie de la « mère de saint Ignace. Elle était de l'illustre maison de Licona, de la noble ville « d'Ondarroa... Elle s'appelait Dona Marina Saenz (Saez, Sanchez) Licona y « Balda. Son père était le célèbre jurisconsulte et conseiller de Castille, Don « Martin Garcia de Licona, né à Ondarroa; sa mère Dona Marquesa de Balda, «delà famille de Balda, d'Azcoïtia... L'héritier de cette noble maison est « aujourd'hui (1885) D. Fausto Corral y Eguia. Il possède plusieurs documents « qui prouvent ce que nous venons de dire; entre autres le contrat de mariage « de Dona Marina Saenz de Licona y Balda et de Bertrand Yanez de Loyola y « Onaz, seigneur de Loyola. Ce mariage se célébra le 13 juillet 1467, à Miranda — Iraurgui — Azcoïtia, et fut signé par Pierre Sanchez de Acharan et Gonsalve « Martinez de Vizcaïgui, notaires d'Azcoïtia. Don Juan Perezde Loyola, seigneur « de Loyola, Dona Sancha de Izaeta, parents de Bertrand y assistèrent,ainsi que « Don Martin Garcia de Licona, père de la fiancée. D'après ce contrat la dot de « Dona Marina fut de 1500 florins d'or du coin d1 Aragon (7,500; cf. Cantoz Be- « nitez, Escrutinio de monedas de oro antignas. Madrid. 1763).» Cf. Historia de Vizcaya, gênerai de todo el Seùorio, y particular de cada una de sus anteiglesias,

• villas, ciudad. . . por D. Juan Ranwn de Iturriza y Zabala, y ampliada hasta nuestros dias por D. Manuel de Azcarraga y Regil. Bilbao, 1885, pag. 871-872. D'après le P. Ribadeneira, Don Bertrand et Doua Marina eurent treize enfants, cinq filles et huit garçons. (Tuvieron estos cavalleros cinco hijasy echohijos; de los quales el postrero de todos, conw otro David, fue nostro Inigo.) Ignace fut le dernier de tous ou du moins le dernier des huit garçons, car le texte du P. Ribadeneira comme celui du P. Maffei donne lieu à une zmbiguhé.f Quinquejîlias, filios octo; quorum minimus natufuit Ignalius.JLe P.Bartoli ne parle que de onze enfants, trois filles et huit garçons. Henao nomme six frères d'Ignace et trois sœurs; d'autres comptent quatre et même cinq sœurs. Cf. Acta Saiictorum, Jul., tom. vu, pag. 422, n. 15; Arbre généalogique dans l'Appendice.

2. (Page 1.) — Ignace porta dans sa jeunesse le nom à' Inigo, en latin E?ieco, Enneco, mot d'origine cantabre dont le suffixe co signifie mon. Plus tard Ignace fut exclusivement désigné par le nom d'Ignacio, en latin Ignatius. Les Bollandistes ne veulent pas pour Ignace du nom d'Eneco dont ils font à tort un nom d'origine gothique; ils prétendent que son nom patronymique Inigo ou Ignacio désignait un seul et même saint, S. Ignace d'Antioche, et non S. Eneco ou Enneco, Abbé d'Ona. « Nomen Eimeconis in Sancto nostro expungo, donec probetur suffi- « dénier: Ignatii, Inigi vel Ynigi admitto. » Le Saint a signé toutes ses lettres écrites en latin ou en italian du nom d' Ignatius. Jusqu'en 1546, les lettres en

Histoire de S. Ignace de Loyola.

espagnol portent la signature Ynigo; à partir de 1546, la plus grande partie des lettres sont signées Ignatio. Plusieurs historiens prétendent avec Nieremberg, Carnoli, Garcia, que saint Ignace fit connaître le nom qu'on devait lui donner au baptême, et aussi que sa mère se fit transporter dans une étable pour le mettre au monde, mais ces deux affirmations sont sans preuves suffisantes, Cf. Acia Sanctorum, Jul., tom. vu, pag. 420, n° 1-16; Menchaca, pnef. pag. xn-xvn.

Dans le Boletin de la real Academia de la historia de Madrid (tom. xvn, p. 517), le P. F. Fita se demande si saint Ignace ne serait pas né le 25 décembre 1492, ou dans la nuit du 24 au 25 décembre 1491-1492; à cette époque l'année commençant à Noël. Il est certain, d'après le récit qu'il fit de sa vie au P. Gonçalvès et d'après l'histoire du collège d'Arévalo par le P. Lariz, qu'Ignace avait 28 ans, à la mort de Don Juan Velâzquez, c.-à-d., au mois d'août 15 17. 11 était donc né vers la fin de 1491. D'autre part Sandoval, dans son Histoire de Charles F (part. 11, 1. 24, c. 25. Valladolid, 1606.) dit que saint Ignace naquit en 1492. L'édition du même ouvrage, en 1614, maintient cette même date de 1492; or, à cette époque, Sandoval, évêque de Pampelune, avait à sa disposition tous les documents, ceux d'Azpeitia par exemple, et ceux du procès de Béatification instruit par son prédécesseur immédiat, Antonio Venegas y Figueroa. Sandoval connaissait d'ailleurs la vie écrite par Ribadeneira et il s'en servit beaucoup. Si donc il maintient la date de 1492, alors que le P. Ribadeneira donne celle de 1491, c'est qu'il avait des raisons, peut-être même l'acte de Baptême. La date du 25 décembre expliquerait bien les deux versions de Sandoval et de Ribadeneira. Ignace serait né au moment où finissait l'année 149 1 et où commençait l'année 1492, peut-être même dans la nuit de Noël. Cette date expliquerait encore pourquoi saint Ignace, ordonné prêtre à Venise avec ses compagnons, attendit le 25 décembre 1538, le jour de Noël, pour dire sa première messe à Sainte-Marie-Majeure, à l'autel de la crèche. Enfin on comprendrait l'origine de la légende citée par Alcazar et par Garcia. On raconte que, par dévotion pour le mystère de la naissance du Sauveur, la mère d'Ignace, se sentant prise par les douleurs de l'enfantement, se fit transporter dans une étable où elle mit au monde saint Ignace. Cette tradition semble assez fondée, dit le P. Garcia, puisque en 1609, une vie de saint Ignace en images ayant paru à Rome avec la permission des supérieurs de la Compagnie, la première gravure (pag. 516) portait ces mots: Mater Ignatium paritura, pro sua in Natalem Domini pietate deferri se jubet i?i stabulum ; eumque post septem filios postremum in stabulo parit, anno salutis 1491.

3. (Page 2.) — Un document inédit que le P. F. Fita publie dans le Boletin de la real Academia de la historia (tom. xvn, pag. 497), vient confirmer et éclaircir une tradition signalée par le P. Garcia (1. 1. c. 1) et que le P. Sacchini ne jugeait pas improbable (Hist. Soc, p. v, tom. 1, lib. vin, n. 116). Une histoire manuscrite du collège d'Arévalo, dans le diocèse d'Avila, parle du séjour de saint Ignace dans cette ville. Le collège fut fondé en 1580, et son histoire fut écrite dix-neuf ans plus tard. On y lit : « Pour la consolation des Pères du collège, il « convient de rappeler que notre saint Fondateur passa quelques années à Aré- « valo. Le chevalier Juan Velâzquez, président de la cour des comptes (Contador « major) des rois catholiques, fondateur du monastère de l'Incarnation de cette

« ville, personnage important et ami de Bertrand Yanez de Onaz y Loyola, père « de saint Ignace, lui fit demander un de ses enfants qu'il voulait, disait-il, éle- « ver avec soin dans sa propre demeure. Inigo, le plus jeune, lui fut confié et « vécut longtemps dans sa famille, tantôt à la cour, tantôt à Arévalo. Juan Velâz- « quez mourut sans l'avoir établi comme il le désirait. Sa noble veuve, en exé- « cution du testament de son mari, donna 500 écus et une paire de chevaux à « Inigo de Loyola, qui se rendit chez le Duc de Najera et de là au château de « Pampelune. Le P. Antoine Lariz tenait tous ces détails d'Alphonse de Mon- « talvo, témoin oculaire. Alphonse de Montalvo était page de Don Juan Velâz- « quez pendant qu'Ignace vivait dans cette maison. Il était très lié avec le fils « de Bertrand de Loyola et il alla le visiter à Pampelune, à l'époque où il fut « blessé. Ce qu'il raconta au P. Lariz, il le dit à d'autres personnes. Le P. Al- « phonse Esteban connut ces mêmes détails par Dona Catherine de Vêlas, fille «de Don Juan, à qui saint Ignace, devenu général et fondateur de la.Compa- «gnie, écrivait. » Le P. Fita fait remarquer que Juan Velâzquez devait, à raison de sa charge, se trouver plus souvent à la cour qu'à Arévalo et que, par suite, saint Ignace dut passer peu de temps dans cette dernière ville. Ainsi s'explique que les vies du Saint parlent peu ou point du tout de ce séjour à Arévalo et ne mentionnent que celui qu'il fit à la cour du roi de Castille.

4. (Page 2.) — Un « homme incapable de réussir dans le monde, disait notre « Père, l'est, tout autant, pour réussir dans la Compagnie. Celui, au contraire, qui « a les qualités requises pour s'avancer dans le monde, est un excellent sujet «pour la Compagnie. Aussi admettait-il plus volontiers un homme actif etindus- « trieux, pourvu qu'il le sût disposé à bien user de ses talents, qu'un homme « paisible et sans vigueur. » Ribadeneira , Tratado del modo de gobierno, cap., n. 3.

5. (Page 2.) — Les Protestants, observe Hoeninghaus, reconnurent cette mission dans les Jésuites et les détestèrent comme leurs adversaires les plus dangereux. Même de nos jours, ils sont animés contre la Compagnie de Jésus d'une haine de secte. « Pour notre part, nous ne voulons nier ni les mérites de l'Ordre, « ni les hommes pieux et savants qu'il a produits; mais comme l'organisation de « cette Compagnie a pour but une guerre systématique contre le Protestantisme, « nous regrettons véritablement de ne pouvoir ni l'aimer, ni la louer, et de trou- « ver justes les moyens de répression employés pour en amener la chute, alors « même que ceux qui triomphèrent valussent infiniment moins que les martyrs « qui succombèrent sous leurs coups. » Meyer, Krit. Kdnze, pag. 197- — « Sans « l'Ordre des Jésuites, la Réforme aurait étendu bien davantage ses conquêtes. » Henke, Allgem. Geschichte der Christl. Kirche, 3e édit., t. iv, p. 85, — « Après « la dissolution de l'Ordre, les hommes sages virent bientôt qu'un rempart com- « mun venait de s'écrouler. » Joh. Miiller, Allgmen. Gesck., tom. 23, chap. 9. — « L'esprit du siècle, ayant résolu l'extermination du christianisme, dirigea sa « première opération contre les Jésuites: A bas les Jésuites! et puis, à bas Jésus! » Kern, Widerlegimg der Langischen Behauptung einer gesetzl. Siind-Anbefehlung unter den Jesuiten^ 1824.

6. (Page 3.) — Suivant les conseils du luthérien Melchior Woluiar, son professeur et son ami, Jean Calvin avait quitté Bourges, en 1532, et était revenu à

Paris pour se livrer à l'étude de la théologie et se consacrer désormais à la carrière ecclésiastique. Tandis qu'Ignace groupait autour de lui des compagnons qui devaient, comme François Xavier, Le Fèvre, Laynez, travailler glorieusement, avec lui, à la défense et à l'extension de la foi, Calvin, animé d'un tout autre zèle, réunissait, tous les soirs, dans la boutique du marchand Etienne de la Forge, les religionnaires de son âge et de son tempérament, et leur débitait de violentes harangues contre le catholicisme. Le 15 août 1534, Ignace s'engageait par vœu, avec ses compagnons, dans la chapelle de Montmartre, à obéir au Pape en tout ce qu'il demanderait d'eux pour le bien de l'Église. Cette même année, auteur principal ou inspirateur d'un discours hérétique prononcé devant la Sorbonne le jour de la Toussaint, par le Recteur Nicolas Cop, Calvin sautait par une fenêtre du collège de Fortet, pour échapper aux archers conduits par Jean Maurin. Ignace quittait Paris pour se rendre, par l'Espagne et Venise, à Rome, et renouveler, avec ses compagnons, ses engagements de fidélité aux pieds du Souverain-Pontife. Calvin, au contraire, après un court séjour à Noyon et à Limoges, se réfugiait à la petite cour de Nérac, pour poursuivie sans danger, sous les auspices de la Reine de Navarre, son œuvre de sectaire froid et rusé.

7. (Page 4.) — Cf.Thom. Boz, De sign. Eccl., sign. 20. — Les historiens protestants modernes émettent le même avis. « L'ordre des Jésuites a sans contredit « le plus contribué à ce que les pays qui n'avaient pas encore embrassé le « Protestantisme fussent conservés à l'Église romaine... Par leurs apôtres et leurs « martyrs, ils conquirent à l'Église catholique, au delà des mers, plus de parti- « sans qu'elle n'en avait perdus en deçà. » Menzel, Neuere Geschichie der Deutsche//,t. ix, p. 37-61. — « Quand il s'est agi de propager le Christianisme dans les « diverses parties du monde, les Jésuites ont toujours montré le plus d'activité « et obtenu les plus beaux résultats. » G. Ph. Schuppius, Handbuch der neuem « Geschichte, t. I, pag. 36. — « Les établissements fondés par les Jésuites dans « toutes les parties du monde et les efforts continuels de leurs missions, pour « répandre parmi les nations païennes la foi de l'Église romaine, doivent, sans « aucun doute, être placés parmi les événements les plus remarquables du « seizième siècle- » Schroch, Christl Kir chen geschichte seii des Reformation, t- m, p. 652.

8. (Page 4.) — I'nstit. Litterœ apost. Florent. 1886, pag. 142.

9. (Page 6.) — Ignace était capitaine d'infanterie, capitan de infanteria. C'est le titre que lui donne Y Ayuntamiento de Manrèse dans une pétition adressée, le 6 décembre 1603, à Don Philippe III, pour obtenir les fonds nécessaires à la fondation d'un collège de Jésuites.

« De capitaine d'infanterie qu'il était, Notre-Seigneur le choisit pour être « capitaine et premier fondateur de la Compagnie de Jésus, qui a pris naissance « en cette ville de votre royale Majesté. »

Après sa mort, alors que déjà il avait été placé sur les autels, les rois catholiques d'Espagne, comme pour honorer dignement son héroïque conduite à Pampelune, décrétèrent qu'il recevrait désormais les honneurs dus à un capitan gênerai ou général d'armée.

Por un decreto Real se manda que al gran Loyola toda la tropa Espafiola tenga por su General.

Oh fineza sin igual con que reluce este dia Del Monarca la hidalguia !

quando un Ejercito entrega al Gefe que se le niega una sola Compania.

Cf. La santa cueva, par le P. Fita y Colomé, pag. 209, 224.

10. (Page 7.) — Le P. Gonçalvès ne parle pas de boulet mort. Et quoniam inter utramque tibiam globus perlatus est, altéra quoque tibiarum vultius gravissimum accepit. Cf. Acta Sandorum Jul., tom. vu, pag. 646, n° 2. Ribadeneira et Garcia disent qu'un éclat de pierre le blessa à la jambe gauche, tandis que le boulet l'atteignit à la jambe droite : Una bala de unapieza diô en aquella parte del muro, donde Ignacio valerosamenta peleaba ; la cical le hiriô en la pierna derecha, de mariera que se la desjarretô, y casi desmenuzô los huesos de la canilla.

Y una piedra del mismo muro, que con lafuerza de la peloto resurtiô, tambien le hiriô malamente la pierna izquierda. Ribad. lib. c. 1. — Mas una bala de canon dio en aquella parte del muro donde Ignacio valerosamente peleaba, la cual le desjarretô la pierna derecha y casi desmenuzô los huesos de la canilla, y una piedra que resurtiô del muro con lafuerza de la pelota, le hiriô de la pierna izquierda... Cf. Garcia, Vida, lib. 1, c. 2.

Saint Ignace raconta lui-même au P. Louis Gonçalvès qu'avant le combat il s'était confessé à un de ses compagnons d'armes et que cet officier à son tour se confessa à lui. « Ubi dies advenit, qua pugna expectabatur futura, uni nobilium « cum quo ssepe armis contenderat, confessionem criminum fecit, ac ille vicissim « ipsi, » Cf. Acta Sandorum, Jul., tom. vu, pag. 646, n° 1.

11. (Page 7.) — D'après la supputation des Bollandistes, saint Ignace fut blessé le 20 mai 1521,1e lendemain de la Pentecôte; P. Bartoli indique à tort le 19 mai. Ignace avait environ 30 ans. Les médecins de l'armée française lui donnèrent les premiers soins, et, après 12 ou 15 jours, on le fit transporter à Loyola. Cf. Acta Sandorum. Jul., tom. vu, pag. 424, n° 2.

12. (Page 7.) — «En 1601, le vice-roi, D. Juan de Cardona, fit élever un arc (un arco) commémoratif à l'endroit où saint Ignace avait été blessé. ï> Ce monument portait une inscription dont voici le début :

« Beatus Ignatius de Loyola, nobilis Guipuzcoanus, Gallorum obsidione « singulari virtute sustenta, in huius castri propugnatione in utraque tibia vulnere « accepto, cecidit moribundus : divinitus tamen confirmatus dignos egit pœni- « tendre fructus, et in universo fere terrarum orbe reluctante, sed favente « numine, erexit Religionem Societatis Jesu magno Ecclesise bono, etc. »

Longtemps après, le Comte de Saint-Étienne (San Esteban) qui fut successivement vice-roi de Navarre et vice-roi du Pérou, fournit aux Pères de la Compagnie les moyens d'ériger une église sur l'emplacement où tomba le

vaillant chevalier de Loyola. L'église fut consacrée en grande pompe, le 10 octobre 1694. Cf. Madoz, art. Pamplona, t. xn, p. 633 ; Acta Sanctorum, Julii, tom. vu. pag. 424, n° 26.

13. (Page 8.) — Le P. Ribadeneira dit qu'on avait tiré de la jambe jusqu'à 20 fragments d'os; por haberlo sacado de ella (la pierna) veinte pedazos de huesos. Vida de san Ignacio, lib. 1. c. 1.

14. (Page 9.) — Le P. Maffei (lib. 1, c. 2) et le P. Orlandini (lib. 1, n° 10), ne parlent pas d'une réelle apparition de l'Apôtre à saint Ignace. Le P. Ribadeneira croit, au contraire, à une vision réelle (le apparecib. Vita parva c. 1), ce que paraîtrait confirmer la recommandation faite par saint Ignace au vénérable P. Jules Mancinelli d'avoir pour ce jour mémorable de sa conversion un souvenir particulier. Cf. Cellesi, Vita, lib. m, c. x.

15. (Page 9.) — Le texte espagnol du P. Gonçalvès porte : « Elle n'était ni comtesse, ni duchesse, mais d'un rang supérieur aux comtesses et aux duchesses.» Non era condesa, ni duquesa, mas era su estado mas alto que ninguno destas. Cf. Acta Sanctorum, Jul., tom. vu, pag. 647, n° 6 ;pag. 648, note h.

16. (Page 9.) — Le recueil des notices des saints les plus connus était appelé communément Flos Sanctorum. Cf. Ribadeneira, Vida, lib. 1, c. 2; Garcia, Vida, lib. i, c. 3. Actuellement le peuple espagnol lit surtout le Flos Sanctorum du P. Ribadeneira.

17. (Page 11.) — D'une des plus anciennes familles de Sienne, Jean Columbini remplissait, à la grande satisfaction de ses concitoyens, la charge de premier magistrat de sa ville natale, mais dans des vues purement humaines. Rentrant, un jour, à l'heure de midi dans sa maison fatigué par les affaires, il ne trouva point le dîner prêt. Contrarié, exaspéré, furieux, il menace, il éclate. Pour le calmer, sa femme lui présente un livre à lire ; c'était la vie des saints. Jean, dans l'accès de sa fureur, prend le livre et le jette violemment à terre. Devenu plus calme et rougissant de son emportement, il le ramasse, l'ouvre, tombe sur la vie de sainte Marie d'Egypte et prend un tel plaisir à sa lecture qu'il ne pense plus à son repas. Il était complètement changé. Du consentement de sa femme, il fit vœu de chasteté, donna ses biens aux pauvres, réunit autour de lui des disciples pour se consacrer aux soins des malades et des pauvres, et fonda l1 'Ordre des Jcsuates qui fut approuvé à Viterbe, en 1367, parle Pape Urbain V. Jean Columbini mourut, le 31 juillet 1361. On célèbre sa fête ce même jour avec celle de saint Ignace, également converti par la lecture de la vie des saints. Cf. Acta Sanctorum, Jul., tom. vu, pag. 367, n° 14, 19.

18. (Page 13.) — Cf. Règles du discernement des esprits pour la ire et la 2me semaine des Exercices.

19. (Page 14.) — Instruit par l'expérience, saint Ignace donnera plus tard de sages avis à la sœur Rajadella et à saint François de Borgia sur les mouvements contraires de la grâce et du mauvais esprit dans les âmes, et sur l'usage discret et opportun qu'on doit faire des pénitences. Le même esprit et la même sagesse ont inspiré plusieurs passages de la lettre du P. Polanco au P. Fernandez et de la belle lettre de saint Ignace aux scolastiques de Coïmbre. Cf. Çartas de san Ignacio, ccxxn, ccciv, vu, cxliii.

20. (Page 15.) — Saint Ignace, disent ses historiens, était un calligraphe distingué ; Era muy buen escribano, dit le P. Ribadeneira. Il écrivait en lettres « d'or les paroles et les actes de Notre-Seigneur Jésus-Christ, en lettres d'azur « les paroles et les actes de Notre-Dame ; les faits et dits des saints se parta- « geaient les autres couleurs, suivant les inspirations du bon goût et de sa « dévotion. » Ribadeneira, Vida, lib. 1, c. 2.

Le P. Gonçalvès, écrivant sous la dictée de saint Ignace lui-même, dit : « Le livre se composait de 300 feuilles in-40. Les paroles de Notre-Seigneur « étaient écrites en lettres rouges, celles de la sainte Vierge en lettres d'azur ; le « papier était très beau et réglé. » Cf. Acta Sanctorum, Jul., tom. vu, pag. 648, n? 11.

21. (Page 15.) — Tous les pèlerins de Loyola ont vu et peuvent constater, même de nos jours, la fente produite dans le mur par la secousse.

22. (Page 16.) — « Depuis cette apparition, raconta saint Ignace, au P. « Louis Gonçalvès jusqu'à ce moment (au mois d'août 1555), jamais je n'ai « donné le moindre consentement à ces sortes de tentations. On pourrait con- « dure de là que cette vision survint divinement, ce que je n'oserais pas « affirmer, me bornant à attester la vérité du fait. » Cf. Acta Sanctorum, Jul., tom. vu, pag. 647, n° 10.

23. (Page 16.) — Ignace songea un moment à aller s'enfermer dans une chartreuse pour y vivre inconnu, sans considération et dans les austérités d'une vie pénitente. Il chargea un domestique qui se rendait à Burgos de prendre des informations, à la chartreuse de Miraflores. Les renseignements furent à son goût ; mais il craignit que dans cet Ordre on ne mît des entraves à ses grands désirs de mortification, et, tout plein d'ailleurs de son projet de voyage à Jérusalem, il renonça à l'idée d'être chartreux. Cf. Acta Sanctorum, Jul., tom. vu, pag. 648, n° 12.

24. (Page 17.) — S. Ignace écrivait, le 25 août 1552, au Duc de Najera son parent : « Pour ce qui est du mariage dont vous me parlez dans votre lettre, « c'est là une affaire de telle nature et si étrangère à mon humble profession, que « je suis résolu de ne pas m'en occuper, attendu qu'elle est entièrement con- « traire et en opposition manifeste à l'Institut que j'ai embrassé. Je puis vous « affirmer en toute vérité que dans le cours de dix ou onze années, je n'ai pas « écrit une seule lettre à qui que ce soit des membres de la famille de Loyola. » Cf. Carias de san Ignacio, gclxxxii. En juin 1532, le Saint, adressant à son frère Martin une seconde lettre, expliquait les motifs de son silence prolongé : « Vous me dites que vous avez ressenti une grande joie de me voir mettre un << terme au silence que j'avais gardé jusqu'ici avec vous... Je vous dirai que « je vous aurais écrit plus souvent dans ces cinq ou six dernières années, si deux « raisons ne m'en avaient empêché. La première, c'est l'étude, et de fréquentes <.< conversations dans lesquelles, toutefois, les intérêts du temps n'entrent pour « rien. La seconde, c'est que je n'avais ni des probabilités ni des conjectures « suffisantes pour penser que mes lettres pourraient être de quelque utilité pour « le service et la gloire de Dieu notre Maître. » Cf. Cartas de san Ignacio, m.

25. (Page 18.) — « Ignace, comme il le raconta plus tard au P. Louis

« Gonçalvès, quitta Loyola, et, monté sur une mule, prit le chemin de Najera. « Toutes les nuits, il se flagellait rigoureusement. Sa seule pensée était d'imiter « les saints qui s'étaient livrés à de grandes austérités, et, à cette époque, il « ignorait encore ce que c'était que l'humilité, la charité, la patience ou la dis- « crélion qui doit régler l'exercice de ces diverses vertus. Son frère cadet avait « voulu l'accompagner jusqu'à Ouate. En route, il lui persuada de passer une « nuit, en veilles, devant l'autel de Notre-Dame d'Arânzazu. Il demanda dans la « prière à la Vierge qui lui avait apparu à Loyola, les forces nécessaires pour « poursuivre son voyage; puis, laissant son frère auprès de sa sœur, à Ofiate, il « prit le chemin de Navarrete où se trouvait le duc de Najera. Quelque argent « lui était dû par le Duc ; il le réclama au trésorier (une partie peut-être de « la somme que lui avait donnée à Arévalo la veuve de D. Juan Velâzquez), Cf. « pag. 338, note 3. Après en avoir distribué une partie à des personnes qui lui « avaient rendu des services, il laissa le resté pour faire restaurer la statue de « la Vierge et le sanctuaire. Puis, il congédia les deux domestiques qui l'avaient « suivi jusque-là, et, monté toujours sur sa mule, il prit le chemin de Monserrat. » Cf. Acta Sanctorum, Jul., tom. vu, pag. 648, n° 13. « Ignace n'avait pour le « moment aucun plan d'avenir arrêté; il avait seulement pris la résolution d'aller « en pèlerinage à Jérusalem, lorsqu'il serait rétabli, et en attendant de se sancti- « fier, par la pénitence et par les bonnes œuvres. » Ribadeneira, Vida, lib. 1, c. 1.

26. (Page 18.) — Le P. de Tablarès, qui visita Loyola en 155 1, avec saint François de Borgia, parle comme il suit du château et de ses environs.

« La maison de Loyola est une sorte de forteresse bâtie en pierre et chaux, « avec des murs de près de six pieds d'épaisseur. Elle est située entre deux « villes, Azcoïtia et Azpeitia, distantes d'une lieue environ et qui comptent l'une « 800 et l'autre 1000 habitants. Il n'existe pas, croyons-nous, de vallée plus « fraîche et d'un aspect plus agréable. L'habitation de Loyola est entourée de « bosquets et d'arbres fruitiers si épais et si rapprochés, qu'on n'aperçoit le châ- « teau qu'au moment où l'on arrive à la porte. Les seigneurs de Loyola ont « gouverné et gouvernent encore Azpeitia, la plus importante des deux villes; « ils pourvoient aux bénéfices, et, au spirituel comme au temporel, règlent toutes « choses. La famille possède de grands revenus et a joui, de tout temps, d'une « grande autorité dans la province. Je touche, en passant, ce point, afin qu'on « sache, à la gloire de Dieu, que notre très révérend Père Ignace de Loyola n'est « pas de petite naissance, mais que sa noble famille est une des principales de « la province comme branche aînée de la maison d'Onaz, noms que portent les « ducs de Najera. Et certes, nul ne m'accusera de céder, en écrivant cela, à des « considérations mondaines, s'il se rappelle avec quel soin, dans les vies des « saints, on mentionne la noblesse de leur origine. Et non sans raison; car on n'y « parle que des riches qui se sont faits pauvres, que des grands qui se sont faits « petits, afin de suivre Jésus-Christ, roi de l'univers... Jai constaté de la sorte « que plusieurs raillaient, sans raison, au sujet de son origine, notre Père qui « abandonna sa noble et puissante famille et la quitta si bien que, de retour dans « sa patrie, après de longues années de voyage et de pénitence, il descendit à « l'hôpital, refusant d'aller loger dans sa maison paternelle... Quelle gloire pour « Dieu, quand on voit ce chevalier, notre père et seigneur, entraîner par son

« exemple tant d'autres gentilshommes, et jusqu'à des princes, au service de « Jésus-Christ, et leur inspirer le dessein de renoncer à tout ce qu'ils possè- « dent par amour pour Dieu, auquel soit la gloire à jamais. » Lettre du P. Pierre de Tablarh au P. François de Villanuova, redeîir de A/cala, datée d'Onaz le 5 juillet 155 1. Cf. Alcazar, Chronico- ffistoria, tom. 1, pag. 179.

Vers la fin du XVIe siècle, le château de Loyola était devenu la propriété des marquis de Alcanizas y Oropesa, D. Louis Enriquez de Cabrera y Dona Teresa Enriquez de Velascoy Loyola. — En r68i, Marie Anne d'Autriche en fit l'acquisition et le donna à la Compagnie pour la fondation d'un collège dont elle devait être la protectrice. Elle y mit certaines conditions, entre autres que le château de Loyola serait toujours conservé intact. — L'édifice moderne, qui enclave l'ancien château seigneurial, fut commencé en 1688 et a été terminé deux cents ans plus tard, en 1888. Le plan primitif, dessiné par le célèbre Charles Fontana, a été malheureusement modifié dans quelques détails. Néanmoins l'ensemble est imposant et d'un grand effet. Le visiteur admire en particulier la vaste église bâtie en forme de rotonde avec sa coupole supportée par 8 énormes pilastres, ses six autels latéraux, son maître-autel en mosaïque de marbres précieux. A l'intérieur de l'édifice qui sert actuellement de noviciat et de juvénat, on remarque de vastes corridors, deux escaliers quadruples d'un aspect monumental, une belle et vaste bibliothèque, en un mot, partout le solide et le grandiose. — L'ensemble de toutes ces constructions en marbre du pays représenterait, vu à vol d'oiseau, un parallélogramme rectangulaire, avec deux avancements au centre, en avant et en arrière de l'église. On a voulu voir dans cette disposition la figure d'un aigle.

Ce que le pèlerin de Loyola aime le plus à visiter, c'est la Santa Casa où il retrouve le souvenir des jeunes années et de la conversion d'Ignace. A l'extérieur la sainte maison garde encore la trace bien visible du tremblement de terre qui l'ébranla, lorsque la conversion définitive du héros de Pampelune excita la rage des démons. A l'intérieur, le château tout entier est converti en chapelles. On remarque surtout, au premier étage, l'antique oratoire, avec son autel et son petit retable sculpté, où figure un tableau de l'Annonciation donné, dit-on, à la belle-sœur de saint Ignace, par la reine Isabelle et qui aurait été vu plusieurs fois couvert d'une sueur inexpliquée. Au second étage est la chambre, témoin des souffrances, des luttes et de la conversion du saint Fondateur. C'est la chapelle la plus soignée, la plus surchargée de peintures et d'ornements dorés. Sous l'autel principal où l'on conserve le Saint-Sacrement, une statue représente Ignace couché et malade. Une autre statue 'du Saint est placée sur l'autel et porte sur la poitrine un reliquaire contenant un doigt de saint Ignace.

27. (Page 19.) — Entre autres précieux souvenirs des visites de saint François de Borgia à Loyola on montre une chasuble dont le Saint se servit à l'autel du petit sanctuaire qui fut témoin de la conversion d'Ignace.

28, (Page 20.) — « Pendant son voyage de Loyola à Montserrat par Najera, « Ignace, dit le P. Ribadeneira, fit vœu de chasteté (Vida,ï\b., 1, c. 3).» Ce fut peut-être, pendant sa nuit de veille, devant Notre-Dame d'Aarânzazu. Plus tard, répondant à plusieurs lettres où on lui demandait d'obtenir du Pape un jubilé

de quelques années pour les évêchés de Pampelune et de Calahorra, en vue d'aider à la restauration de ce sanctuaire, Ignace disait : « Pour moi, j'ai un « motif particulier de demander cette faveur. Il me souvient que lorsque Dieu « me fit la miséricorde de changer de vie, je reçus une certaine grâce dans cette « église où je passai une nuit en veille. » Cf. Cartas de san Ignacio, dxxxi. Plusieurs saints ont fait comme lui le pèlerinage de Montserrat: saint Jean de Matha, fondateur des Trinitaires, saint Pierre Nolasque, fondateur de l'ordre de la Merci, saint Vincent Ferrier, saint François de Borgia, saint Louis de Gonzague, saint Pierre Claver, saint Joseph Calasance, le B. Salvador de Horta, saint Benoît Labre, etc. Charles-Quint s'y rendit jusqu'à neuf fois.

29. (Page 21.) — Le Montserrat (mont scié) forme un des groupes de montagnes les plus étranges: on dirait les dents d'une scie gigantesque. Dans une de ses anfractuosités, s'abrite le pèlerinage de Notre-Dame. D'après une tradition, la statue de Marie, une Vierge noire tenant l'Enfant Jésus sur ses genoux, serait l'œuvre de saint Luc et aurait été apportée par saint Pierre. Au commencement du vnie siècle, la crainte de l'invasion arabe la fit cacher dans une grotte du Montserrat. Un siècle et demi plus tard, des bergers, avertis par une lumière merveilleuse, l'ayant découverte, l'évêque Gottomar voulut la transporter à Manrèse; mais, arrivé au lieu où s'élève aujourd'hui l'église, la statue devint si lourde qu'il fut impossible d'avancer : on comprit que Marie voulait être honorée en ces lieux. Bientôt une église, un monastère, divers ermitages s'élevèrent dans cet endroit. Notre-Dame de Montserrat devint célèbre et attira une multitude de pèlerins de toutes les parties de la péninsule et de la Fiance. Au moment même où le héros de Pampelune s'y rendit, Chanones, le moine français qui entendit sa confession générale dans la chapelle deSaint-Dismas, avait rempli ce ministère de charité en faveur de milliers de pèlerins de son pays. En 1489, on posa la première pierre d'une nouvelle église, mais ce n'est que de 1560 à 1592 qu'il fut possible de s'en occuper avec activité. On le voit donc, c'est dans l'antique sanctuaire et non dans l'église actuelle que saint Ignace fit ses dévotions et sa veillée d'armes. En 1811 et 1812, les Français saccagèrent Montserrat et arrêtèrent, pour un temps, le flot de pèlerins qui n'avaient jusque-là jamais cessé d'y affluer. Toutefois, ils respectèrent la sainte image de Marie qui ne tarda pas à réunir de nouveau, à ses pieds, sa cour de moines et d'Escolanos, ainsi que des milliers de pieux visiteurs.

30. (Page 21.) — Le nom de Jean Chanones se trouve diversement écrit: Xanones, Canones, Chacones.D'apres la tradition, Ignace fit la confession générale de ses péchés (criminum, écrit le P. Gonçalvès sous la dictée du Saint), dans la chapelle ou ermitage de Saint-Dismas, le bon larron. La confession se fît par écrit et dura trois jours. Cf. Acta Sanctorum, Jul., tom. vu, pag. 426, n. 34; pag. 649, n. 17,

31. (Page 22.) — L'épée de saint Ignace se conserve à Barcelone dans la paroisse de Belen; elle figurait à la dernière exposition de cette ville parmi les objets artistiques et historiques. Le poignard ou dague a disparu de Montserrat, depuis le commencement de ce siècle. Le P. Louis Gonçalvès, écrivant sous la dictée de saint Ignace, dit : « Convenit illi cum confessario ut mulam abducj

« juberet, ensis vero et pugio in templo ad altare beatissimse Matris Dei colloca- « rentur. » Cf. Acta Sanctorum, Jul., tom. vu, pag. 649, n. 17.

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