‹ Histoire de Saint Ignace de Loyola d'après les documents originauxChapitre 149 sur 168 · AN · texte numérisé non relu

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Cette inscription se trouvait dans l'ancien sanctuaire, à l'endroit même où le chevalier de Marie, debout, revêtu d'un sac et le bâton à la main, passa la nuit en oraison: elle y resta jusqu'à la destruction de l'ancienne église. Depuis elle a été transportée sous un portique, qui se trouve en face de la basilique actuelle.

33. (Pag. 23.) — « En descendant de Montserrat, Ignace rencontra, à une « petite distance du monastère, en face de la chapelle des apôtres, quatre dames « veuves et deux jeunes gens, fils de la plus riche d'entre elles, Agnès Pascual. « Ignace demanda à cette dernière, s'il y avait, dans les environs, un hôpital où « il pût aller demander asile. Le plus rapproché d'ici, répondit Agnès, se trouve à Afanrèse, c est-à-dire, à utie distance de trois lieues; nous habitons cette ville. Et comme elle était grandement édifiée par l'extérieur modeste et recueilli du pèlerin, elle ajouta: s'il vous plaît de vous y retirer, je prendrai soin de votre entretien, aussi bien qu'il me sera possible, et, en vérité, il me semble que Manrèse vous conviendra. Cette bonne dame Agnès Pascual est celle qui depuis cette rencontre conçut, pour notre bienheureux Père, une dévotion mêlée de respect et d'affection. Cette dévotion qui dura toute sa vie, alla sans cesse en augmentant et la porta à traiter Ignace comme s'il avait été son propre fils. » Cf. Histoire manuscrite de la Province d'Aragon de la Compagnie de Jésus, par le P. Gabriel Alvarez, lib. 1, cap. 3.

34. (Page 23.) — Le P. Ribadeneira nous rapporte la réflexion pleine d'humilité et de regret que fit saint Ignace, après le départ de l'officier. « Hélas ! « malheureux pécheur que je suis ! Je ne sais ni ne puis faire un peu de bien à « mon prochain, sans lui faire en même temps du mal et sans l'exposer à un « affront. » Cf. Ribadeneira, Vida, lib. 1, c. 4.

35. (Page 24.) — Parti le matin de Montserrat, Ignace arriva vers la tombée du jour par la route de Castellgali, en vue de Manrèse qui s'étalait devant lui sur les flancs d'une colline, à 473m,65, au-dessus du niveau de la mer. Manrèse fut appelée d'abord Minorissa, puis Athenagria; ensuite, au temps de la domination des Carthaginois, Rubricata; plus tard, après avoir été rasée par Scipion, on la nomma Manu-rasa. Au xvie siècle, vers 1594, elle comptait 960 maisons.

distribuées sur 28 rues ou petites places. Un siècle après, en 1679, le nombre des maisons était d'après le Ms. de Canyellas, conservé à La Seo, de n 60, et celui des rues, de 49. Du temps de saint Ignace, Manrèse comptait de mille à douze cents familles, et, de nos jours, elle a près de 20,000 habitants adonnés à la culture et à l'industrie,et profondément chrétiens.

Le pont romain qui relie les deux rives du Cardoner aurait été construit, vers l'an 210, avant Jésus-Christ, et dédié, plus tard, à Cneius Pompée. Il a 132 mètres de long et compte huit arches, en plein cintre, de grandeur inégale; celle du milieu a 25 mètres de diamètre. Cneius Pompée avait, paraît-il, établi, à Manrèse son quartier général contre Sertorius. C'est sur le pont même qu'on lui éleva une statue avec cette inscription: Gneio . Pompeio . misit — Archiduci . sub-

ACTA . SERTOR . — FaCTIONE . IN . HlSPAN . ET . PACATA — PROVIN . TOTA . OB . MAGNUM . — BENEF . AB . EO . LARGUER . FAC . MONRASEN . STATUAM. D. D.

Adrien aussi eut sa statue et son inscription : Hadriano . Imp . Pont . — Max . Belligero . triumphat . — Ob . SINGUL BEN. — Municipalis . Manresa — statuam. D. D. Les deux statues ont été retrouvées à Tarragone en 1642 et 1644. Cf. Ensayos histbricos sobre Manresa, por J. M. de Mas y Casas. Manresa. 1836.

En approchant de la ville, avant d'arriver à la Guia et de franchir le pont, Ignace laissait à sa droite, sur la rive gauche du Cardoner, une ligne de rochers couronnée par un chemin appelé le Balcon de Saint-Paul parce qu'il va aboutir à l'église et au prieuré de ce nom. Ce prieuré fut fondé en 141 2, par les religieux de Montserrat, et existe encore avec sa chapelle gothique.

Plus près de la ville, sur la même hauteur se trouvaient le couvent et l'église de Sainte-Claire. Le couvent, bâti au xivL siècle pour des filles de Saint-François d'Assise, est occupé, depuis 1602, par des religieuses dominicaines. En avançant vers l'ouest on rencontre la croix du Tort, devenue célèbre par un double prodige: par une vision de saint Ignace, et, plus tard, par une miraculeuse sueur de sang.

Plus loin, on voyait l'église de Saint-Barthélémy qui existait au xinc siècle, et fut cédée aux Capucins. Au-dessous et sur le devant du rocher, se trouvait, cachée par des grenadiers et des broussailles, la grotte qui allait devenir à jamais célèbre.

Par dessus les hautes murailles de l'enceinte, flanquées de plusieurs tours et de huit portes, Ignace apercevait les édifices religieux de la ville.

La Seo qui a l'apparence d'une cathédrale et fut commencée en 1328. Vers la fin du xvic siècle, on bâtit la tour carrée qui la surmonte.

L'église Saint-Michel, primitivement de style byzantin, fut reconstruite en 1384.

En même temps que La Seo, les Manrésiens entreprirent de construire un second pont sur le Cardoner, et, en 1339, ils commencèrent le célèbre aqueduc qui va chercher les eaux du Llobregat, à quatre lieues de la cité. Ce canal compte 34 ponts en pierre dont quelques-uns de plus de 30 arches, deux grands tunnels, l'un de 583 mètres et l'autre de 321.

Plus au nord, sur un mamelon qui domine toute la ville, et à la place d'une ancienne citadelle construite par Vifred leVelu, comte de Barcelone, se trouvait l'église du Carmel, bâtie en 13 14 et célèbre par le miracle de la La smta Luz

venue de Montserrat. Se prétendant lésé dans ses droits par la construction de l'aqueduc, l'évêque de Vich jeta l'interdit sur la ville. Mais en 1345, un globe de lumière dont l'éclat fit pâlir le soleil, vint de Montserrat, en plein jour, aux yeux de toute la population et, pénétrant dans l'église, se divisa trois fois, en trois rayons dans le sanctuaire, pendant que la cloche sonnait d'elle-même. Ce miracle, vu par plus de 20,000 personnes, fut attesté, devant notaire, par plus de 60 témoins et approuvé en 1347, par le pape Clément VI qui accorda des indulgences et permit de célébrer la fête anniversaire de ce prodige. La belle église du Carmel n'a qu'une nef; elle fut bâtie en 1300.

Non loin du Carmel, au nord-ouest, apparaissaient le couvent et l'église de Saint-Dominique qui conservent plusieurs précieux souvenirs du séjour de saint Ignace à Manrèse. L'Hôpital de Sainte-Lucie était à quarante pas hors de la ville, sur la rive gauche du torrent mirable appelé aujourd'hui torrent de Saint- Ignace. Plus à l'ouest, et hors de la ville encore, on voyait l'église et 1' hôpital de Saint-André, destiné aux pauvres étrangers et fondé en 1030.

Avant d'arriver à Manrèse et de franchir le pont,Ignace entra dans la chapelle de Notre-Dame de la Gnia et y demeura longtemps en prière. Voici ce que raconte Roig Jalpi, dans son Episiome Historico de Manresa, pag. 317, 318. « La très sainte Vierge apparut à Ignace et l'encouragea; elle lui désigna même « la grotte où Dieu voulait qu'il allât continuer sa pénitence. On rapporte que, « depuis lors, la statue de la Vierge est tournée du côté de la grotte sanctifiée « par la pénitence d'Ignace, c'est-à-dire vers la droite de la chapelle et de l'au- « tel. On a beau la tourner d'un autre côté, elle reprend toujours cette position. « En 1689, le P. Manuel Pineiro, aujourd'hui recteur du collège delà Compa- « gnie à Barcelone, vint à la chapelle de Notre-Dame de la Guia, accompagné <i d'un autre Père. Plusieurs fois, les deux Pères placèrent la statue de manière « qu'elle regardât la porte d'entrée; or toujours, quand ils voulaient sortir de la « chapelle, ils remarquaient que la statue avait repris son ancienne position, « sans qu'il leur fût possible de savoir comment. » La tradition va encore plus loin, ajoute le P. Fita. Tandis que, favorisé de la présence de Notre-Dame, Ignace priait avec ferveur, la nuit tomba. Le gardien de la chapelle, fatigué d'attendre, agita les clefs, pour faire comprendre au pieux pèlerin qu'il était temps de sortir. Or il entendit une douce voix qui disait: «Va, Ignace, et remplis ta destinée. » Mdrchate, Ignacio, y cumple tu destino. L'oratoire de la Guia remontait à une. date inconnue; l'ermitage avait été construit en 1488. Détruits l'un et l'autre, en 1856, lors de la construction du chemin de fer et rebâtis un peu plus bas, en 1862, ils ont reçu de nouveau l'image miraculeuse, confiée, pour un temps, à l'église de la grotte.

Au sortir de la chapelle de la Guia, saint Ignace avait devant lui une grande croix gothique d'une seule pierre, qui a été restaurée depuis. C'est là que d'après la tradition, il eut une sorte de révélation générale dans laquelle il reçut plus de lumières que dans toutes les autres visions et toutes les éludes de sa vie réunies ensemble. Cf. Acta Sanctorum, Jul., tom. vu, pag. 652, n. 30; P. F. Fita sj., La santa Cueva. Manresa, 1872 ; L. Mabille, sj., Lettres des scolastiques d'Uclès, suppl. au n° 2, 1889; San Ignacio en Manresa. Album historico, Barcelona 189 1. 36. (Pag. 24.) — Le Saint se rendit à l'hôpital Sainte-Lucie, où, sur la recom-

mandation de Dona Agnès Pascual, il fut reçu par la supérieure, la vénérable veuve Jérôme Cavera. L'hôpital Sainte-Lucie existait déjà en l'an iooo. Il est maintenant en partie abandonné et en ruines, en partie remplacé par le Collège de la Compagnie, mais la chapelle Sainte-Lucie a été restaurée avec goût. La chambre voisine, où saint Ignace eut son célèbre ravissement de huit jours, au mois d'avril 1522, fut transformée en un pieux sanctuaire, dès l'année 1625. Cf. P. Fita, La santa Cueva § 1, n°3, 4, pag. 23, 24 ; San Ignacio en Manresa. Album Ziistorico, n° 5. Barcelona, 1891.

37. (Page 25.) — Le sanctuaire de Notre-Dame de Viladordis est à 2 kilomètres environ au delà du couvent de Sainte-Claire, sur l'ancienne route de Barcelone. Saint Ignace y reçut de grandes lumières, et l'on y conserve fidèlement son souvenir. Une statue en bois sculpté le représente à genoux, près de Notre-Dame. A côté d'un portrait du Saint qui se trouve un peu plus loin que la chaire, le peintre a écrit : « S. Ignace de Loyola, fondateur de la Compagnie « de Jésus, en l'année 1522, première de sa conversion, pendant son séjour à « Manrèse, fréquentait cette église de N. D. de Viladordis ; il y reçut des faveurs « extraordinaires du ciel. Pour garder le souvenir de ces faits cette paroisse dévote « et reconnaissante lui dédie ce portrait, le 19 février 1632. » — Quand l'église était fermée, le Saint s'agenouillait devant la porte, sur une pierre, et, d'après une tradition sûre, la Vierge lui apparaissait au-dessus de la porte. Cette pierre est conservée sous un autel latéral du côté de l'Épitre; on y lit : <iAùy 1522 — PEDKE de S. Ignaci.ï) L'ancienne statue de la Vierge avait été sculptée par une main peu habile ; par ordre épiscopal, elle a été mise dans une chambre voisine où on peut la vénérer ; on l'a remplacée par une statue aux traits plus adoucis.

A Viladordis se trouve la ferme des Marsetas, où le Saint reçut bien des fois l'aumône. Avant de quitter Manrèse, il laissa sa ceinture, composée de trois tiges d'une espèce de glaïeul sagitté, au chef de la maison et lui prédit que, tant que la famille continuerait à faire l'aumône aux pauvres, elle ne manquerait jamais de descendants, ni de biens pour vivre avec la décence convenable à son rang, sans grandes richesses, ni pauvreté. La prophétie s'est vérifiée jusqu'à ce jour. Les pauvres la connaissent et viennent en grand nombre demander l'aumône. Les propriétaires des Marsetas habitent maintenant à Naverclès, à quelques kilomètres de Viladordis ; tous les enfants s'appellent Ignace. La relique est conservée avec un soin religieux, sous le piédestal d'une statue du Saint, en argent. Le chef de la famille garde seul la clef du coffre-fort, où elle se trouve ; il consent bien à la montrer, mais jamais il n'a consenti à se dessaisir de ce qu'il regarde, à bon droit, comme le trésor et l'égide de sa race. Cf. P. Fita, La santa Cueva, 31, n° 2, pag. 10, 57; San Ignacio en Manresa. Album hislorico, n° 31. Barcelona, 1891.

38. (Page 25). — Le Père Sac, plus exactement : le pauvre komme du sac; pobre hombre del saco. Ignace était vêtu d'un sac de bure grise que serrait autour des reins une tresse de glaïeul. Il portait un rude ciliceavec une chaînette de fer ; il allait tête nue, les cheveux longs et en désordre, un long roseau à la main, le pied gauche déchaussé ; le pied droit, qui était encore un peu endolori, chaussé d'une sandale de sparte ou jonc d'Espagne. Ignace portait aussi au cou un Christ en bois, sans autre croix, dit le P. Fita, que la poitrine du Saint. Ce

crucifix, qui a été depuis fixé à une croix, était la propriété de la famille Solâ y Abadal, qui en a fait don au Collège. Cf. P. Fita, La santa Cueva, § i, n° 2, pag. 11.

39. (Page 27.) — La grotte se trouvait dans une propriété désignée sous le nom de Jardins du Corco, qui appartenait à D. Fernand Roviralta, grand ami du Saint. A sa mort, D. Fernand, parvenu à l'âge de 100 ans, la laissa, en héritage, à son neveu Maurice Cardona, qui la céda, par un acte du 27 janvier 1602, à la marquise d'Aitona Doua Lucrèce de Gralla y Moncada. L'année suivante, la Marquise en fit don aux Pères Jésuites à qui la municipalité venait de donner l'hôpital Sainte-Lucie, pour fonderune résidence. Dansle procès de canonisation instruit à Manrèse, en 1606, par les Prélats nommés juges remissor/aux\un ancien charpentier, âgé de 76 ans, François Capdepos, atteste avoir entendu dire à sa marâtre, à son père et à d'autres personnes qui avaient traité familièrement avec le Saint qu'à Manrèse Ignace habitait à l'hôpital Sainte-Lucie et à la grotte. Il ajoute qu'aussi loin que pouvaient remonter ses souvenirs, il avait toujours vu des visiteurs se rendre à la Cueva. Le concours était allé sans cesse croissant, et, à l'époqueoù il faisait sa déposition sous serment, on avait dû donner ordre, dans les grandes affluences d'étrangers, de ne laisser entrer les pèlerins que dix à la fois, la grotte n'en pouvant contenir un plus grand nombre. On lit dans le même procès, au 9 septembre 1606 : « Les illustrissimes et révérendissimes Évêques « descendirent de Viladordis pour voir et examiner la grotte du Saint, située à « deux cents pas environ de la ville. Ils entrèrent et, après une courte prière, ils « considérèrent attentivement l'intérieur. Ils constatèrent que l'entrée était au « sud et que le fond regardait le nord ; un mur en maçonnerie fermait le côté « droit, à l'ouest ; une petite fenêtre percée dans ce mur donnait seule du jour à « la grotte : le mur n'existait pas au temps où le serviteur de Dieu Ignace faisait « son oraison en ce lieu, et l'entrée était alors du côté de l'ouest. A gauche se « dressait le rocher nu, couvert au-dessus par la terre : une petite chapelle « s'élevait presque à côté de la grotte. Les Prélats trouvèrent dans la grotte une ({ image de la sainte Trinité, un portrait du serviteur de Dieu Ignace et une « lampe allumée. La grotte avait 26 palmes de longueur et de 8 à n de hauteur. « Il y avait [30 ex-voto offerts en souvenir d'autant de miracles opérés par l'in- « tercession du Saint.» Dans sa vie de saint Ignace, publiée à Grenade en 1633, le P. André Lucas de Arcones donne pour dimensions de la grotte de 13 à 14 pieds castillans de longueur et de 6 à 7 de hauteur. Nous trouvons dans Bartoli, très exact d'ordinaire, des dimensions différentes. Cette diversité de mesure provient sans doute soit d'appréciations inexactes, soit de modifications opérées, à différentes époques, dans la grotte, soit enfin de la difficulté pour un historien étranger d'estimer la valeur comparative des mesures locales.

En 1603, François Robuster, évêque de Vich fit bâtir sur la grotte une chapelle dédiée à saint Ignace martyr : Ignace de Loyola n'était pas encore canonisé. En 1660, on bâtit la tour et la maison des Exercices à laquelle on a ajouté une aile, en 1889. La belle façade qui ferme la grotte du côté du midi fut terminée en 1666, et, en 1667, on travailla aux ornements qui décorent l'intérieur de la grotte. Sauf les ornements qu'on pouvait faire aisément disparaître, la grotte est actuellement dansl'état où l'avaient laissée les travaux exécutés au XVIIe

siècle, sous les ordres du sculpteur Grau. On y arrive en suivant la nef qu'on a, sur la gauche, en entrant dans l'église. Cette nef se continue bien au delà de la grande jusqu'à la grotte. Avant d'entrer, on aperçoit, adroite, l'autel de Saint- François Xavier, et, au-dessus de la porte, le crucifix miraculeux avec l'inscription qui rappelle le prodige. La porte, bien ouvragée, est étroite. On descend par cinq marches. La grotte a neuf mètres environ de longueur et 12 mètres, avec la sacristie qui est derrière l'autel. La largeur varie entre deux et quatre mètres. La plus grande hauteur est de deux mètres et demi; partout ailleurs, on peut se tenir debout. A droite en entrant, c'est-à-dire au N. E. du côté du rocher, on vénère sur la pierre une croix tracée par saint Ignace. Au fond, en face de la porte d'entrée, au N. O. la grotte est fermée dans le sens de la largeur par un autel de marbre : une petite porte s'ouvre, du côté de l'épître, sur la sacristie qui communique, avec la maison des Exercices, par un escalier taillé dans le roc.

L'autel est surmonté d'un retable en marbre, sculpté par Grau, artiste renommé en son temps. Le Saint, revêtu du sac avec la ceinture, est représenté à genoux, dans la grotte, devant le volume des Exercices posé sur la pierre ; sa main gauche soutient le livre et sa main droite tient la plume. Ignace tourne légèrement la tête, pour écouter la Vierge qui lui apparaît dans un nuage du côté de Montserrat. A côté du Saint ou à ses pieds, une discipline, des verges, une large ceinture de pointes de fer. Dans le fond, on aperçoit Manrèse avec son église collégiale, et le pont qui conduit à N.-D. de la Guia. Le site est reproduit avec fidélité. Le sujet, encadré dans du marbre noir, est complété par des anges qui jouent de la guitare. Le côté S. O. de la grotte, autrefois fermé par les ronces et les grenadiers, a été dégagé ; mais il n'est pas resté ouvert comme à Lourdes : on n'aurait eu qu'un précipice ; il est fermé par la façade latérale de l'église. A l'intérieur, le mur est revêtu de marbres précieux et de mosaïques. Enfin, tout autour de la grotte, on a reproduit la vie du Saint, à Manrèse principalement, dans une série de médaillons en marbre ou en stuc d'un beau travail, et quelques-uns d'une finesse exquise. L'auteur des médaillons de droite doit être Grau ; ceux de gauche sont l'œuvre d'un frère coadjuteur. Une seule petite ouverture octogone, au S. O., donne le jour à la grotte. Il y règne une demiobscurité qui favorise le recueillement. Cf. Acta Sanctorum, Jul., tom. vu, pag. 429, n° 52 ; P. F. Fita, s. j., La santa Cueva, § 1, n, n° 1, — 10 ; P. L. Mabille, s. j., Montserrat et Manrèse, Lettres d'Uclès, supplém. au n° 1 1 ; San Ig?iacio en Manresa. Album historico, n° 21 — 25. Barcelona 1891.

40. (Page 28.) — Ignace eut à Manrèse trois graves maladies. — Pour la première, il fut soigné à l'hôpital de Sainte-Lucie. Au procès de la béatification Bernard Matilla rapporte qu'étant âgé de 8 ou 9 ans, il était souvent chargé par sa mère de porter, dans un petit panier, divers aliments, propres à soulager saint Ignace gravement malade ; ce témoin donne les noms des principales Dames de Manrèse qui assistaient le Saint. Ce fut la maladie la plus grave et durant laquelle Ignace fut tenté de vaine gloire, comme il le dit lui-même au P. Gonçalvès. — Le seconde fois la municipalité, par un sentiment de compatissante vénération pour ses vertus, le fit transporter dans la maison d'îtn certain Ferrera (dont le fils se mit au service de Baldassar Faria) où il fut entoure des soins les plus affectueux et les plus attentifs. — La troisième fois qu'il tomba malade Ignace était

chez les Pères Dominicains. Mais les Amigant, une des familles les plus riches et les plus marquantes de Manrèse, demandèrent à l'avoir chez eux. Cf. Acta Sanctorum, Jul., tom. vu, pag. 652, n° 32 — 34; San Ignacio en Manresa, Album àistorico, n° 18.

41. (Page 28.) — Cf. Acta Sanctorum, Jul, tom. vu, pag. 652, n° 32.

42. (Page 30.) — Ribadeneira ( Vida, lib. cap. 6) et Garcia ( Vida, lib. 1, c. 7) parlent comme Bartoli d'une fenêtre : Que se echase de una ve?itana abajo ; Echate de esta ventana abajo ; mais Gonçalvès (cap. m, n° 24) ne parle que d'un grand trou qui se trouvait dans le mur ou dans le plancher de la cellule : Tentabatur sœpe graviter magno cum itnpetu, ut magno ex foramine, quod in cellula erat, sese dejiceret.Ci. Acta Sanctorum, Jul., tom. vu, pag. 650, n° 24.

43. (Page 30.) — « Il n'interrompait pas pour cela ni ses longues prières, ni « ses flagellations, ni ses autres exercices. Il passait sept heures à genoux, « chaque jour, et se donnait trois fois la discipline ». Ribadeneira, Vida, lib. 1, c. 4. On rapporte que, pendant que les religieux Dominicains étaient réunis au réfectoire ou reposaient la nuit, saint Ignace parcourait les stations du chemin delà croix, dans les galeries ou cloîtres du couvent, en portant sur ses épaules une lourde croix de bois résineux. Conservée avec vénération, par les Pères Dominicains, jusqu'au moment de leur expulsion de Manrèse, cette croix fut confiée, en 1835, aux religieuses Dominicaines qui habitent l'ancien couvent de Sainte- Claire. La croix actuelle a 2m 7ocent de hauteur, la partie transversale a im 95°"" ; l'épaisseur est de 6 centim., et 4 millim. Elle avait autrefois plus de trois mètres de haut ; mais, à la demande d'un Père Général de la Compagnie, le P. Aquaviva probablement, on en coupa dans le bas, pour la lui donner, une longueur d'un palme. Sur le milieu du montant, on a gravé, au XVIe siècle, en lettres majuscules et sur quatre lignes, ces mots : Enecus a Loiola portabat hanc cru- Cem 1522. Cf. San Ignacioen Manresa. Album Hislorico, n° 14.

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