Page 48.) — Cf. Carias de san Ignacio, x
62. (Page 48.) — Le P. Éverard Mercurian naquit dans une petite localité du duché de Luxembourg, de parents honorables, mais dépourvus de fortune. On l'appliqua aux études à Liège d'abord, puis à Louvain, et, grâce à une intelligence vive et à un travail constant, il réalisa les espérances de sa famille et obtint, en 1544, le titre de docteur en philosophie. De retour à Liège, il fut nommé chanoine; mais bientôt, pressé de travailler plus activement au bien des âmes, il demanda une cure de campagne. Peu satisfait du résultat de son zèle pour amener ses paroissiens à la pratique de la religion, il conçut le projet de suivre les traces du P. Le Fèvre et du P. Strada qu'il avait connus à Louvain; il se rendit à Paris, où le P. Jean-Baptiste Viola l'accueillit avec empressement et lui fit suivre les Exercices de saint Ignace. Éverard fit son élection pour la Compagnie, revint en Flandre pour mettre ordre à ses affaires, et, de retour à Paris, entra au noviciat, le jour de la Nativité delà Mère de Dieu, en l'année 1548. Jusqu'en 155 1, il resta à Paris occupé à l'étude de la théologie. Sur la fin de l'année, on dut, par suite des troubles et des guerres qui agitaient la France, diminuer le nombre des religieux de la Compagnie réunis à Paris. Mercurian fut envoyé à Rome, où saint Ignace, au courant de son mérite et de ses aptitudes, le nomma
vice-préposé de la maison professe. L'année suivante, il fut chargé de fonder le collège de Pérouse, où il resta comme Recteur, jusqu'en 1557. Nommé à cette époque Commissaire en Flandre, et, à la fin de l'année, Provincial, le P. Mercurian travailla à la fondation de plusieurs collèges, et vit le nombre des religieux et des maisons s'augmenter au point qu'il fallut diviser la Province, en Province de Flandre et Province du Rhin.
Appelé à Rome pour donner un successeur au P. Laynez, il fut nommé assistant de saint François de Borgia. Celui-ci l'envoya visiter les collèges de France. De retour à Rome, après de longs voyages, saint François de Borgia cessa de vivre, et le P. Mercurianfut élu Général,le 23 avril 1572. Il gouverna la Compagnie, pendant huit ans, et mourut au noviciat de Saint- André, le icr août 1580.
D'une vertu insigne, le P. Éverard Mercurian se fit surtout remarquer par son amour de la pauvreté. Il faisait tous ses voyages à pied, ne logeait que dans les plus modestes auberges et aimait à ne porter que des vêtements usés et raccommodés. Entre tous les Généraux de l'Ordre, il contribua particulièrement à l'extension de la Compagnie et au progrès des missions. Ce fut lui qui envoya en Orient le célèbre P. Alexandre Valignani, justement surnommé le second apôtre de l'Orient, après saint François Xavier. Il fit partir pour les Indes le P. Rodolphe Aquaviva, après avoir surmonté toutes les résistances de sa famille. Lui encore envoya en Angleterre les Pères Campion et Person; en Pologne, les Pères Antoine Possevin et Stanislas Warscewizki ; chez les Maronites, les Pères Jean Bruno et Jean-Baptiste Élian. Il fonda à Rome un séminaire pour les Maronites, et un séminaire pour les Anglais. C'est lui qui rédigea le Sommaire des Constitutions, les règles communes et les règles des divers offices. Les historiens de la Compagnie ont fait du P. Mercurian le plus bel éloge, en disant qu'on a vu reparaître en lui le génie et l'esprit de notre saint Fondateur. Cf. Oliv. Manare, De reb. Soc. Jes. comment., % 14, 34, 65, 85, 115, 117, 118, 129, 134; Hist. Soc, P. i, liv. vin, 41 • xii, 13; P. 11, liv. iv, 93, 102; P. m, liv. 1, 34; iv, 123; P. iv, liv. 1, 11, iv, v, vi, vu, vin, passim ; Oliv. Manare, De Vita et mor. Ev. Merc. Comment. Bruxelles 1882 ; Alcazar, Chrono Hist., liv. 11, p. 639, £ m; Alegambe, Biblioth. Soc, page 106 ; d'Oultreman, Élog. des pers.sign.de la Compagnie ; Drews, Fast. Soc. Jes., page 228; Patrign. tom. m, icraoût, pag 8.
63. (Page 49.) — Né dans le territoire de Sarzana, en Italie, le P. Sylvestre Landini entra prêtre dans la Compagnie de Jésus, en 1547. Dès les premiers temps de son noviciat, il tomba malade, se montra trop préoccupé de sa santé et quelque peu singulier dans les soins qu'il réclamait. A peine rétabli, saint Ignace le renvoya dans sa patrie, en lui laissant entendre que mécontent de sa conduite, pendant sa maladie, il ne l'admettrait peut-être pas dans la Société. Cette menace bouleversa le P. Landini et le fit entrer résolument dans une voie d'abnégation et de zèle apostoliques. Sur sa route, il prêcha avec le plus grand succès, à Lucques et à Massa, refusant d'accepter l'argent qu'on lui offrait en témoignage du bien qu'il avait opéré. Il confondit un audacieux prédicateur qui soutenait que Marie n'était point immaculée, ni exempte de péchés véniels et actuels. Dans son pays natal, il parcourait les campagnes, et allait aux marchés et aux foires, pour prêcher sur les places publiques et prémunir les paysans contre les erreurs que les hérétiques s'efforçaient de propager dans ces régions. Instruit de ses
travaux et de ses succès, Ignace, qui ne l'avait pas perdu de vue, lui écrivit une lettre pour l'encourager et lui annoncer qu'il l'autorisait à faire ses vceux dans la Compagnie. Le P. Landini arrosa de ses larmes cette lettre, et célébra un grand nombre de messes, en action de grâce pour l'insigne bienfait qui venait de lui être accordé.
Rappelé à Rome, il fut envoyé à Foligno, dans la Carsagne, à Florence, à Modène où sa parole ardente, son zèle infatigable et sa vie apostolique remuèrent profondément les foules et contribuèrent à réformer les moeurs, à réveiller la foi dans les populations et à tenir en échec l'hérésie. Le P. Landini jeûnait continuellement, s'abstenait de vin, passait les nuits en prière ne prenant qu'un repos indispensable, logeait dans les hôpitaux et macérait son corps par de rudes pénitences, au point qu'on en écrivit à saint Ignace, pour qu'il modérât les austérités et les travaux incessants de ce vaillant apôtre. En 1552, un Bref du Pape l'envoya évangéliser les habitants de la Corse, depuis près de 70 ans sans évêque et livrés à toute sorte de désordres et de vices. Le P. Landini parcourut successivement toute l'île, avec le P. Emmanuel Gomon, instruisant les ignorants, prêchant jusqu'à quatre fois par jour, confessant pendant les nuits entières, et s'attachant surtout à faire disparaître les scandales que donnait le clergé, et à ramener les prêtres à la pratique de leurs devoirs. A Bastia, les Pères Franciscains reçurent avec empressement et secondèrent, dans leurs ministères, les deux missionnaires ; mais, n'osant s'attaquer directement à des envoyés du Saint-Siège, le grand-vicaire et quelques autres prêtres pervers les dénoncèrent calomnieusement auprès de plusieurs cardinaux, à Rome. Ceux-ci portèrent leurs plaintes auprès du Pape et de saint Ignace. Le saint Fondateur envoya secrètement en Corse le P. Sébastien Romée, pour tout examiner mûrement et faire un rapport. Justice fut pleinement rendue aux vertus, au zèle et à la prudence du P. Landini. Il mourut saintement à Bastia, après 25 jours de maladie, le 3 mars 1554. Toute la ville assista à ses funérailles et lui donna d'éclatants témoignages des regrets les plus vifs et de la vénération la plus profonde. L'évêque de Foligno l'appelait l'Ange de Dieu, et le P. Palmio, un grand apôtre lui-même, le comparait au prophète Élie. Cî.Hist. Soc, P. 1, liv. vu, 31 ; vin, 30, 31; ix, 34, 35, 41; xii, 18; xiii, 12; xiv, 33, 34; Tanner, Apost. Imit., page 46 ; d' Oultreman, page 99; Bartoli, Degliuom. edë fatli, lib. ni, c. 5, 6, 7; Nadasi, Ann. die viemor. ; Patrign. tom. 1, 3 mars, page 13.
64. (Page 49.) — Jacques Miron fut, pendant près de 40 ans, l'une des plus fermes colonnes de la Compagnie naissante, en Espagne, en Portugal et en Italie, dans les charges de Recteur, de Provincial, de Visiteur ou d'Assistant. En 1542, moins de 18 mois après son entrée au noviciat de Paris et bien qu'il ne fût pas encore prêtre, saint Ignace le nommait premier Recteur du collège de Coïmbre. Son zèle et ses héroïques vertus lui firent donner en Portugal le nom de second Xavier. Comme le saint Apôtre, après avoir travaillé tout le jour, il passait une partie des nuits, et souvent les nuits entières, en oraison. Facilement il restait deux et trois jours de suite, sans prendre même une bouchée de pain et sans boire une goutte d'eau. Il avait porté, si longtemps et si cruellement serrée autour des reins, une chaîne de fer, qu'elle disparut presque dans ses chairs. On ne put la lui retirer qu'avec des tenailles et au péril de sa vie. Il
portait une horrible cuirasse de fer, dont les pointes étaient si douloureuses, qu'il la déposait, durant le temps du saint Sacrifice, pour ne pas être perpétuellement distrait par leurs blessures. Un de ses confidents la lavait alors avec de l'eau bouillante, pour en détacher les lambeaux de chair et de longues traînées de sang. Le P. Éverard Mercurian le chargea de mettre la dernière main au Sommaire des Constitutions, aux règles communes, et à celles des différents offices, telles que les approuva la quatrième congrégation générale et que nous les avons encore aujourd'hui. Il mourut dans la maison professe de Rome, le 25 août 1590. Cf. Hisi Soc, P. 1, lib. m, iv, v, ix, x, xn, xiv, passim ; P. 11, lib. iv, n° 166; lib. v, n° 241; P. v, lib. x, n° 52; Rho, Var. virt., page 664 ; Tellez, Chronica, P. 11, lib. 1, c. cxx, n° 5, 6; c. xix, n° 8, 9; xxn, 9; xxxv, 1 ; xxxiv, 3, 4, 7, 8 ; lib. iv, c. 1, n° 8 ; 11, 1 ; m, 5 ; iv, n° 3 ; v, c. xv, n° 4, 5 ; xxi, 1 ; Nadasi, Ann. die. memor., 25 août; Patrign., tom. m, 25 août, page 209.
65. (Page 51.) — Cf. Acta Sanctorum, Jul., tom. vu, page 678, not. 9; Orlandini, lib. 1, n° 81.
66. (Page 56.) — François de Villanueva, sacristain d'une église de campagne et sachant à peine lire et écrire, fut envoyé, a 32 ans, par le curé de son village, à Rome, pour y traiter devant les tribunaux une affaire de bénéfice. Il partit, mais en pèlerin qui se rend au tombeau des Apôtres. Il répondit pleinement à toutes les espérances de son maître. S'étant mis en relation avec Ignace,il fit les Exercices, et, après bien des hésitations, entra dans la Compagnie. Au grand étonnement de tous, saint Ignace, dont la bonté toute maternelle était passée en proverbe, le traitait si sévèrement que le pauvre novice se prosternait souvent à terre, quand il était seul, et s'écriait dans ses angoisses: Seigneur, qui m'avez créé, prenez pitié de moi ! Quand les témoins de sa détresse croyaient devoir en donner avis à saint Ignace, celui-ci répondait : Ne vous inquiétez pas de Villanueva, car je vous assure qu 'il sort victorieux de tous les combats. Aussi saint Ignace, dans ses brûlants désirs de faire glorifier Dieu par toute la terre, s'écriait-il parfois: Oh! qui me donnera vingt novices semblables à Villanueva ! Le Saint l'envoya à Alcala pour y faire connaître la Compagnie, tout en étudiant à l'âge de 34 ans dans la classe des petits enfants, les premiers éléments de la grammaire. Pendant les 14 ans qu'il passa à Alcala, cet homme ignorant et sans lettres fut le Père des plus grands théologiens et des plus illustres prélats de toute l'Espagne. Il gagna à la Compagnie 144 jeunes gens ou docteurs, tels que les PP. Martin Guttierez, Christophe Rodriguez, Jérôme Ripalda, Jean Ramirez, etc. Saint Ignace trouvait à peine quatre de ses enfants, sans en excepter ses premiers compagnons eux-mêmes, que l'on pût mettre en parallèle avec le P. Villanueva, pour donner les Exercices, et ses plus illustres contemporains, tels que les Pères François Strada, Antoine Araoz et saint François de Borgia n'avaient qu'une voix pour dire de lui: Auprès de ce géant, nous ne sommes tous que des nains. Le P. de Villanueva mourut au collège d'Alcala, le 5 mai 1557. Cf. Hist. Soc, P. 1, lib. iv, vi, vin, ix, xm, xiv, passim; P. 11, lib. 1, n° 27, 128 — 136; Rho, Var. virt., pag. 262, S41 ; Tanner, Apost. imit., pag. 61 ; Alcazar, Chrono-Hist., P 1, pag. 6, 153, 322; Drews, F.ast. Soc J es., pag. 15; Patrign., tom. 11, 6 mai, pag. 25.
67. (Page 57.) — Les éditeurs des Carias de san Ignacio citent des lettres de
Louis de Grenade, du Vén.P. M. Jean d'Avila, de Louis de Blois et du P.Louis de Estrada.abbé de Cîteaux,qui montrent quelle haute estime ces saints religieux avaient pour la Compagnie de Jésus et pour les Exercices de saint Ignace. Ci.Cartas de san Ignacio, tom. n, pag. 502-519; tom. v, pag. 458. Aux appréciations de ces personnages éminents que cite Bartoli nous pourrions ajouter les sentiments non moins favorables de saint François de Sales, de saint Vincent de Paul, de saint Léonard de Port-Maurice, de saint Alphonse de Liguori et d'un grand nombre d'autres personnes, très versées dans la connaissance pratique des choses spirituelles.
68. (Page 57.) — Le P. Jean-Baptiste Ribera fut le principal instrument dont Notre-Seigneur daigna se servir pour la sanctification du grand Archevêque de Milan. Nommé procureur général de la Compagnie, à Rome, par le P. Laynez, le P. Ribera était obligé, par les devoirs de sa charge, de traiter avec les plus hauts personnages de l'Église, et il savait profiter de cette circonstance pour leur faire du bien. Un jour, il avait attendu de longues heures à la porte du cardinal Borromée, sans que la multitude des visiteurs lui permît d'avoir audience. Son recueillement et la sérénité de sa patience firent une si vive impression sur quelques serviteurs du palais, qu'ils en firent part à leur maître. Le Cardinal, au moment de se mettre à table, fit entrer un instant le P. Ribera, et, comme il s'excusait sur le peu de loisir que lui laissaient les affaires: « Mon- « seigneur, reprit humblement Ribera, le plus grand malheur est qu'elles doivent « laisser bien peu de temps à Votre Éminence pour travailler à sa sanctifica- « tion.» Cette simple parole sembla décider de la vie du Cardinal. Saint Charles ordonna au P. Ribera de revenir le voir. Il délibéra longuement avec lui, sur les moyens de servir Dieu dans toute la perfection d'une vie vraiment épiscopale, fit sous sa conduite les Exercices de saint Ignace, et son changement fut tel que Rome entière s'en émut. Les ennemis de la Compagnie en profitèrent pour persuader à Pie IV que les Jésuites prétendaient accaparer l'immense fortune de son neveu et le faire entrer au noviciat. Durant plus d'un mois, le Pape fit interdire à tout Jésuite et au Général lui-même de paraître seulement en sa présence. Bientôt cependant, il reconnut l'innocence de la Compagnie. D'ailleurs le départ du P. de Ribera pour le Japon, départ qu'il sollicitait avec instances, depuis plusieurs années, fit voir que ce zélé religieux n'avait en vue dans ses démarches que de faire aimer Jésus-Christ. Cf. Hist, Soc, P. il, lib. 1, n° 68 ; lib. vin, n° 12, 19, 50; P. m, lib. 1, ^130, 131; Patrign., tom. 11, 5 juin, pag. 18.
Le P. François Adorno, de Gênes, avait accompagné, jeune encore, son père à la cour de Portugal. Il entra, à l'âge de 18 ans, au noviciat de Coïmbre, en 1549, et fut en relations suivies d'intimité avec son illustre condisciple le P. Pierre Perpinien. Dès que saint Charles vit et connut le P. Adorno, il sembla, pour ainsi dire, ne pouvoir plus se passer de lui. Il le prit pour son confesseur et le garda jusqu'à sa mort. Il l'emmenait avec lui dans ses voyages, lui confiait l'examen et l'instruction de son clergé, la visite de ses communautés religieuses, faisait sous sa direction les Exercices de saint Ignace, suivait ses moindres avis, disent ses historiens comme s'il lui eût fait vœu d'obéissance. Il l'appelait un homme nécessaire au bien de la sainte Église, et, en le laissant se rendre à
Rome pour la 4me Congrégation générale, il écrivit au Souverain-Pontife Grégoire XIII que nul autre, à son avis, n'était plus digne de succéder au P. Éverard Mercurian. Le saint Cardinal rendit le dernier soupir entre les bras de son bien-aimé P. Adorno et lui apparut, après sa mort, tout éclatant de lumière. Le P. Adorno mourut à Gènes, le 13 janvier 1586. Cf. Hist. Soc. P. 11, lib. vm, n°54; Tanner, Apost. imit., pag. 204; Drews, Fast. Soc, pag. 17; Patrign., tom. 1, 13 janvier, pag. 116; Muratori, Thésaurus antiq. et hist. Ital. tom. 11, col. 11, 950.