‹ Histoire de Saint Ignace de Loyola d'après les documents originauxChapitre 153 sur 168 · Livre II · texte numérisé non relu

Livre II

1. (Page *2o.) — Le 3 mars, Ignace écrivait à Agnès Pascual, pour lui donner des nouvelles de son yoyage et de son. arrivée à Paris : « Considérant le grand « dévouement et la charité que vous avez toujours eus pour moi, et que vous « m'avez montrés par des œuvres, j'ai cru devoir vous écrire cette lettre et vous « rendre compte de mon voyage, depuis que je vous ai quittée. Par la grâce et la « bonté de Dieu Notre-Seigneur, je suis arrivé ici, à Paris, le 2 février, favorisé « par le temps et en parfaite santé. J'y continuerai mes études, jusqu'à ce qu'il « plaise au Seigneur d'ordonner autre chose de moi...» Cf. Cartas de san Ignacio. 11. Cette somme lui avait été envoyée de Barcelone par un billet à l'ordre d'un marchand de Paris. Dans plusieurs de ses lettres que nous conservons, Ignace remercie ses bienfaiteurs de Barcelone, Don Jacques Carador, et les dames Isabelle Roser, Agnès Pascual, Maria Cepilla, Isabel de Josa, Aldonza de Cordoba, Mosen Gralla, des secours pécuniaires envoyés ou promis. Cf. Carias de san Ignacio, iv, v, vi.

2. (Page 120.) — Ce projet souriait à saint Ignace, comme il le raconta plus tard au P. Gonçalvès. « Je me figurerai, se disait-il à lui-même, que mon maître « est Jésus-Christ. Je donnerai le nom de Pierre, à l'un de mes élèves, celui « de Jean à l'autre, et les noms des autres apôtres aux suivants. Si mon maître « me donne un ordre, je le recevrai comme sortant de la bouche même de « Jésus-Christ ; et, si l'élève me commande, je lui obéirai comme à saint Pierre. « Ignace s'adressa au bachelier Castro et à un religieux Chartreux pour trouver « cette place, mais ce fut en vain. » Cf. Acta Sanctorum, Jul., tom. vu, pag. 660, n° 75.

3. (Page 120.) — Ignace alla, deux années de suite, en Flandre. La troisième, il se rendit â Londres. Les années suivantes, ses bienfaiteurs de Flandre lui envoyèrent leurs aumônes à Paris. Cf. Ribadeneira, Vida, lib. 11, c. 1.

4. (Page 122.) — L'histoire manuscrite de la province de Castille constate, en effet, que Cuadrado, après avoir constitué, pour le collège de Médina, une rente de deux cent mille maravedis, avait reçu, en 1557, du P. Laynez, successeur de saint Ignace, le titre de fondateur. D'autre part, la même histoire raconte que Don Rodrigo de Duenas, premier et principal bienfaiteur de la Compagnie, à Médina, acheta, en 155 1, un terrain et y fit bâtir le collège, à ses frais. Tous les ans, il fournit dans la suite les fonds pour l'entretien des Pères, et, à sa mort, il laissa une rente annuelle de 700 ducats. Dans une lettre que nous conservons (cf. Cartas de san Ignacio, dcxxxiv), saint Ignace offre à D. Rodrigo le titre de fondateur, en lui disant que c'est là l'expresse volonté de Dieu. ( Y no creo que me haya dado â mi Dios Nuestro Seiior esta devocion de que fuese Vmd. el fundador, sino por ser 'esta su voluntad, d la cual todos debemos procurar

de conformarnos.) Le Saint, se demandera-t-on, avait-il perdu de vue, en écrivant cette lettre, la prophétie que mentionne Bartoli, et, s'il se la rappelait, comment pouvait-il offrir de la sorte le titre de fondateur à Rodrigo de Duenas ? On peut répondre d'abord que saint Ignace n'avait pas dit à Cuadrado : Vous fon-

devez un collège à Médina, mais seulement : Vous fonderez un collège dans votre patrie. En second lieu, Dieu pouvait vouloir que Rodrigo travaillât à la fondation du collège de Médina, tout en prévoyant qu'il n'arriverait pas à mériter ou qu'il refuserait le titre de fondateur.

Parmi les marchands espagnols d'Anvers, qui reçurent Ignace avec empressement et générosité, les Bollandistes citent Jean Cuellar. Sur le frontispice d'une maison, où saint Ignace avait logé, on voyait plus tard une image du Saint avec cette inscription : S. Ignatio, s. i. f. in hac domo olim hospitato sac. Cf. Acta Sanctorum, Jul., tom. vu, pag. 450, n° 157.

5. (Page 122.) — Une histoire manuscrite du collège de Bruges parle d'un Gonzalès de Aquilar, homme riche, et zélé chrétien, qui avait saint Ignace en grande estime. Il fit plusieurs fois le voyage de Paris, pour le voir et causer de spiritualité avec lui. Il descendait dans la maison même où habitait le Saint, afin de pouvoir jouir plus librement et plus longuement de ses entretiens. Cf. Acta Sanctorum, Jul., tom. vu, pag. 450, n° 155.

6. (Page 123.) — Le P. Ribadeneira raconte qu'il le connut à Paris, en 1542. Quand les compagnons de saint Ignace quittèrent Paris pour se rendre à Venise, Jacques de Cacerés n'eut pas le courage de les suivre. Cf. Ribadeneira : Dialogos en que se cuentan los malos succesos y castigos que ha hecho Nuestro Senur en algunos que han salido de la Comp. de Jésus. Dial. 1.

7. (Page 127.) — Voici en quoi consistait le châtiment désigné par ces mots: Donner la salle (dare aulam). » Le jeune étudiant, reconnu coupable d'un délit, « sera puni de la salle, au collège dont il se déclare écolier. Quatre Professeurs « le frapperont successivement de verges, sur le dos mis à nu, en présence de « tous les écoliers du collège, convoqués au son de la cloche. M. le Recteur et « MM. les Procureurs assisteront à ce châtiment, si bon leur semble, et si les « circonstances le demandent. Du moins, aura-ton toujours soin qu'il y ait « quelque grave personnage, convoqué au choix du Maître Professeur, pour la « plus grande confusion du jeune délinquant. Que si celui-ci refuse de se sou- « mettre à ce châtiment et qu'il arrive à s'y soustraire par la fuite ou par tout « autre moyen, il sera rayé à jamais du nombre des étudiants et privé de leurs « privilèges. Le Procureur de la nation consignera cette privation dans son « registre, pour que le souvenir en soit fidèlement conservé et que cet exemple «inspire aux autres étudiants une crainte salutaire. Cf. Histoire de V Université, par de Bouly, Cliâtime?il de l'Aula, tom. v, pag. 783.

8. (Page 132.) — Le vrai nom du P. Le Fèvre est Favre. C'est sous ce nom que son contemporain saint François de Sales parle de lui. Le Père lui-même signe ses lettres autographes en français, en espagnol, en italien et en latin : Favre, Fabro, Faber. Les descendants de sa famille portent encore ce même nom. En France, on lui a donné les différents noms suivants : Favre, Faure, Le Fèvre, Lefèvre, Lefebvre.

9. (Page 134.) — « En 1525, âgé de dix-neuf ans, je quittai ma patrie et vins « àParis... En 1529, je reçus le 10 janvier, à l'âge de vingt-trois ans, le degré de « bachelier ès-arts, et après Pâques, celui de licencié, sous le maître Jean Pena, « homme des plus distingués par son savoir. Cette même année, Ignace de

« Loyola vint du collège Sainte-Barbe, pour y habiter et partager la chambre « où nous étions, se proposant de commencer avec nous le cours des arts ou la « philosophie,le jour de la Saint-Remy suivant.C'était maître François Xavier, qui « devait occuper cette chaire. Bénie soit pour toute l'éternité la divine Provi- « dence, qui régla ainsi les choses pour mon bien et pour mon salut ! Car, ayant « été chargé par maître Xavier de donner des leçons de philosophie à ce saint « homme, j'eus d'abord le bonheur de jouir de sa conversation extérieure et « ensuite de sa conversation intérieure. Comme nous vivions dans la même « chambre, que nous avions même table et même bourse, il fut mon maître « dans les choses spirituelles, me donnant le moyen de m'élever à la connais- « sance de la volonté divine et de ma propre volonté. Enfin, l'union entre lui « et moi devint si grande, que nous n'étions plus qu'un dans les désirs et dans « la volonté, ainsi que dans le dessein de choisir le genre de vie que nous avons « maintenant, et que suivront tous ceux qui, dans la suite des siècles, entreront « dans cette Compagnie, dont je ne suis pas digne. » Cf. Bouix, Mémorial du B. Pierre Le Faire.

10. (Page 137.) — « Je passai alors six jours, sans prendre aucune nourriture, « ni d'autre boisson que celle que l'on a coutume de donner à la communion, « c'est-à-dire un peu de vin, et je ne communiai qu'une fois pendant ces six « jours. Enfin, durant cette époque, j'eus des scrupules à propos de tout, à la « vue d'innombrables imperfections qui m'avaient été jusqu'alors inconnues. « Cette épreuve dura jusqu'à mon départ de Paris. )> Mémorial du B. Pierre Le Fèvre.

11. (Page 138.) — Le Bienheureux P. Le Fèvre est de tous les compagnons d'Ignace celui qui était le plus en conformité de vues et d'esprit avec notre saint Fondateur. Dieu sembla donner à ses travaux apostoliques, en Europe, une puissance qui n'a de comparable que l'apostolat même de saint François Xavier. L'Allemagne n'eut pas de plus puissant défenseur contre l'hérésie. Une grande partie de l'Italie, la Belgique et les Provinces Rhénanes, les cours de l'Espagne et du Portugal furent comme renouvelées par les Exercices spirituels qu'il donnait avec un si rare talent que notre B. Père ne croyait pouvoir lui comparer aucun autre de ses enfants, dans ce grand art de convertir et de sanctifier les âmes. Le roi de Portugal le demandait pour patriarche d'Ethiopie. Saint Ignace le choisit pour un des trois théologiens que le Pape avait demandés pour le concile de Trente. En lui succédant dans la direction de la Compagnie en Espagne et en Portugal, le P. Araoz écrivait à saint Ignace : « Si le P. Le Fèvre est aussi « bien connu des autres que de moi, qui suis assez malheureux pour le perdre, « ils rendront grâces à Dieu de leur avoir accordé la faveur de jouir de la pré- « sence d'un tel Père. Cette belle âme est toute remplie des miséricordes de « Celui qui est le Père des miséricordes et le Dieu de toute consolation. » Appelé à Rome par saint Ignace, le bienheureux se mit aussitôt en route malgré le mauvais état de sa santé ; et, comme on lui représentait qu'il y allait de sa vie : « Il importe peu de vivre, répondit-il ; mais il importe d'obéir ! » En effet, à peine arrivé près de saint Ignace, il succomba à la violence de la maladie qui l'emporta, le ier août 1546. En voyant tomber ce premier-né de l'esprit de saint

Ignace, cette colonne de la Compagnie, raconte le cardinal Cienfuegos (Cf. La heroyca Vida del grande S. François de Borja, lib. m, cap. v, § i), les Pères de Rome, qui aimaient à voir en lui le successeur de saint Ignace au généralat, furent plongés dans une profonde douleur. Mais le saint Fondateur les consola, en leur disant que Dieu lui avait fait connaître l'homme éminent qui viendrait remplacer Le Fèvre dans la Compagnie. Il avait su, par une révélation divine et par le P. Lefèvre lui-même, les projets de vie religieuse que nourrissait le Duc de Gandie. (Cf. Cienfuegos, lib. v, cap. i, § i.) Le vénérable Père André Oviedo, avant son départ pour l'Ethiopie, envoyait tous les ans à saint Ignace un cierge, qu'il le priait de faire brûler au tombeau du P. Le Fèvre, afin d'obtenir, par l'intercession d'un si saint homme, quelque part de ses lumières et de son amour pour Dieu. Saint François Xavier avait mis son nom dans les litanies des saints et l'invoquait. Saint François de Borgia l'appelait un géant dans les voies de la sainteté. Il se montra à lui resplendissant de gloire, après sa mort. Saint François de Sales aimait à lire sa vie et en conseillait la lecture aux personnes qui aspiraient à la plus haute perfection. Par un Bref du 5 septembre 1872, Pie IX a rétabli et confirmé le culte du Bienheureux. Cf. Oliv. Manare, De reb. Soc. comment., cap. I, §2, 3, 4, 7, 8, 9, 10, n ; Simon Rodriguès, De orig. et prog. Soc, page 7, 14 ; Hist. Soc, P. 1, lib. i-vi passim ; Rho, Far. viri., page 25, 158, 311, 326, 445, 761 ; Nadasi, Ann.dier. mem., ier août; Tellez, Chronica, p. n, lib. 1, c. xxxii, n° 1, 2 ; c. cxxxix, n° 2-6 ; c. xli, n° 1-5, 9 ; Bartoli, Uomini e faiti, lib. 1, c xiv, xvm-xx ; Tanner, Apost. imit., page 31 ; Alcazar, Chrono. Hist., P. 1, page xxvi ; Patrign., toni. m, Ier août, page 1 ; Bouix, Memoriale... zen. Pat ris Pet. Fabri ; Orlandini, Vita del P. Pietro Fabro, Roma 1629 ; Boero, Vita del Beato Fabro, Rome 1873.

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