‹ Histoire de Saint Ignace de Loyola d'après les documents originauxChapitre 154 sur 168 · Page 142.) — Sap., v · texte numérisé non relu

Page 142.) — Sap., v

13. (Page 143.) — Lettres, Édit. Pages, t. 1, liv. îv, lett. 7, page 249.

14. (Page 145.) — Au jugement même de saint Ignace, le P. Jacques Laynez, sans en excepter même saint François Xavier, est de tous les premiers Pères celui qui a le plus contribué au bien de la Compagnie. On ne saurait dire en quoi il a le plus excellé. — Au concile de Trente, on décide qu'il parlera le dernier pour résumer, discuter tout ce qui a été dit et conclure définitivement ; et l'on suspend les séances, quand la fièvre ne lui permet pas d'y assister. A Rome, il ne parle jamais dans une église, sans que huit ou dix cardinaux viennent l'entendre. Conseiller des Souverains-Pontifes, il est envoyé pour traiter dans les cours les affaires les plus importantes. Douze cardinaux le désignent pour s'asseoir sur la chaire de saint Pierre, et saint Pie V l'appelle la meilleure lame de la chrétienté. Il soutient la foi en Flandre, en Allemagne et surtout en France dans les chaires de Paris, parmi le peuple, au milieu des docteurs et des religieux, à la cour de Charles IX et au colloque de Poissy. Missionnaire en Italie, en Sicile, en Afrique, dans les hôpitaux, dans les monastères, auprès des marins et des soldats, toujours au travail et presque toujours infirme, il se montre partout un religieux d'une perfection incomparable. L'Esprit-Saint fit éclater ses mérites en descendant sur lui visiblement sous la forme d'une colombe. Cependant, malgré des travaux et des succès de toute sorte, il répétait sans cesse à Notre-

Seigneur, dans ses prières: « Seigneur, pourquoi donc me laissez-vous occuper si « inutilement une place sur la terre ? Domine, tit quid adhuc occupo hanc terram ? X> Le -P. Jacques Laynez succéda à saint Ignace et gouverna la Compagnie durant huit ans. Il mourut à Rome, le 19 janvier, 1565, à l'âge de 53 ans. Cf. Simon Rodriguès, De orig. et prog. Soc, page 10 ; Hist, Soc, P. 1, lib. 1. xvi passim; P. 11, lib. 1, vm passim; P. iti, lib. 1, nos 1, 2, 3; lib. v, n° 13 ; Rho, Var. virt., pages 72, 101, 125, 157, 296, 437, 497, 555, 595, 840, 876 ; Nadasi, Ann. dier. mem., 19 janv. ; Bartoli : Uomini e fatti, lib. 1, c. xxiv ; Tanner : Apost. imit., page 89 ; Alcazar, Chrono. Hist., P. 1, pages 79, 103, 143, 209, 340, 400; P. 11, page 45, 91 ; Patrign., tom. 1, 11 janv., page 171 ; Ribadeneira, Vita del padre maestro Diego Laynez, Madrid, 15 14; Boero, Vitadel P. Giacomo Lainez. Firenze, 1880.

15. (Page 146.) — Alphonse Salmeron vint, à l'âge de 18 ans, d'Alcala à Paris avec Laynez chercher Ignace, sur la seule réputation du Saint. Quelques mois après son arrivée, notre bienheureux Père lui donna les Exercices. Salmeron les fit avec une grande ferveur : durant la première semaine, il passa trois jours entiers, sans prendre de nourriture. Deux ans après, il préludait à Venise avec saint François Xavier à sa carrière apostolique ; tous les deux s'y préparèrent ensemble par 40 jours d'oraison et de pénitence, couchant à terre, crucifiant leur corps et jeûnant perpétuellement au pain et à l'eau.

A Rome, il fut chargé de donner les Exercices par saint Ignace même, qui, au témoignage de ses historiens, ne reconnut guère jusqu'à sa mort plus de quatre ou cinq de ses enfants capables de les donner, tels qu'il les comprenait. A 31 ans, il se rendit, comme théologien du Pape, au concile de Trente où il fit, par son étonnante érudition, l'admiration de tous les Pères du concile. Aussi, décida-t-on qu'il parlerait toujours le premier, pour exposer l'état des questions et les fondements de la doctrine catholique ; Laynez devait parler le dernier, pour répondre à toutes les difficultés et fermer irrévocablement la discussion, Salmeron remplit pour le Saint-Siège diverses missions importantes, en Ecosse, en Irlande, en Bavière, en Flandre, en Pologne ; mais Dieu sembla l'avoir prédestiné à préserver l'Italie du venin de l'hérésie. Les Luthériens n'épargnèrent rien pour fermer la bouche à ce défenseur de l'Église. On le dénonçait à l'Inquisition, on le chargeait de crimes atroces, pour qu'il fût appelé à Rome et laissât ainsi le champ libre aux hérétiques. A Naples, en particulier, pendant un de ses voyages à Rome, on fit courir le bruit qu'il s'était converti au Luthéranisme, et l'on inventa même des lettres de la cour pontificale où l'on déplorait sa triste défection. Une autre fois, comme ses infirmités et sa vieillesse ne lui permettaient plus de paraître en public, on annonça publiquement qu'il s'était enfui à Genève. Sa fuite mise en chanson, fut aussitôt apprise et chantée par tous les enfants de la ville. Pour détromper la multitude, Salmeron dut parcourir sur une mule, durant tout un jour, les divers quartiers de la ville. Il mourut à Naples, dans la paix des saints, le 13 février 1585, jour de l'octave de sainte Agathe, comme il l'avait annoncé la veille à un des Pères qui l'assistaient. Il nous a laissé un monument incomparable de sa vaste érudition dans ses commentaires du Nouveau-Testament. Cf. Hist. Soc, P. 1, lib. i-xvi passim ; P. 11, lib. i-vm passim ; P. v, lib. 1, n° 15; lib. v, n° 47 ; Nadasi, Ann. dier. mem., 13 fév. ;

Bartoli, Uomini e fatti, lib. i, cap. xxiv ; Tanner, Apost. imit, page 193 ; Alcazar, Chrono. Hist., P. 1, page xxx, 10 ;Patrign., tom. 1, 13 février, page 116; Ribadeneira, De vita, obitu et scripiis A. Salmeronis. Coloniœ Aggrippinœ, 1604; Boero, Vitadel P. Alfonso Salmerone, Firenze, 1880.

16. (Page 146.) — Nature abrupte, belliqueuse, et ennemie des ménagements, Nicolas Bobadilla ne reculait devant aucun péril et ne redoutait aucun ennemi de l'Église. Saint Ignace, voulant marquer la vertu solide et éprouvée qui se cachait sous ces dehors d'indépendance, l'appelait, en souriant, le seul hypocrite de la Compagnie. Il avait d'abord été destiné au magnifique apostolat des Indes ; mais, au moment du départ, il se trouva épuisé par les travaux d'une fructueuse mission à Eschia et à Gaëte, et saint Ignace fit partir François Xavier. Dieu lui réservait de grands travaux et de nombreux succès en Europe, en Allemagne surtout, contrée dont le salut fut en grande partie son ouvrage. D'abord à la cour d'Inspruck, et en présence de Ferdinand I, roi des Romains ; puis, aux conférences de Vienne, aux assemblées de Spire et de Worms, aux Diètes de Nuremberg et de Ratisbonne ; devant des auditoires d'évêques et de princes, il mérita d'être appelé tour à tour F apôtre des Allemands et la colonne de la foi. Dans la guerre entre l'Empereur et les Luthériens, il devint aumônier militaire, brava le feu de l'ennemi au passage de l'Elbe, fut blessé à la tête dans les plaines de Muhlberg où, bien que perdant son sang, il continua d'absoudre et de consoler les mourants, jusqu'à la fin de la lutte. Surpris seul, peu de jours après, par des brigands, il fut dépouillé de ses vêtements, accablé de coups et d'outrages et ne leur échappa qu'à grand' peine, bénissant Dieu d'avoir quelque chose à souffrir pour son saint nom. De retour en Italie, il évangélisa 77 diocèses, dans le royaume de Naples, en Sicile, sur toutes les côtes de l'Adriatique, dans les gorges de la Valteline et jusque dans la Dalmatie, à Raguse et à Zara. Empoisonné par des libertins ou des hérétiques, il recouvra la santé en invoquant son Père saint Ignace. Enfin, à l'âge de 79 ans, après avoir de nouveau parcouru, à pied, la Sicile, il alla mourir à Lorette, le 23 septembre 1590, dernier survivant des neuf compagnons de saint Ignace. Au milieu de nombreux voyages, de continuelles prédications et des missions importantes, remplies par ordre des Souverains Pontifes, de saint Ignace, du P. Laynez ou de saint François de Borgia, le P. Bobadilla trouva assez de loisirs pour composer 35 ouvrages dont plusieurs sont assez étendus. Cf. Simon Rodriguès, De or/g. eiprog. Soc.Comment, pag. 10; Oliv. Manare, De reb. Soc. Comment., cap. vm, § il ; Hist Soc, P. 1, lib. iii-vi, viii-xm passim ; P. 11, lib. 1, n° 21, 74, 80 — 86 ; lib. 11, n° 81 ; lib. m, n° 49 — 51 ; lib. iv, n°53, 55 ;lib. v, n° 122 ; lib. vu, n° 27. P. v, lib. 1, n° 17, lib. x, n°53;Rho, Var. virt. hist., pag. 808; Tanner, Apost. imit., pag. 328; Alcazar, Chrono. Hist., pag. xxxn, ci. ; Drews, Pas t. Soc. /es., pag. 231 ; Patrign. tom. m, 23 septembre, pag. 149 ; Boero, Vita del servo di Dio, P. Nicolo Bobadilla. Firenze 1879.

17. (Page 147.) — Simon Rodriguès compte parmi les compagnons de saint Ignace, qui jetèrent le plus d'éclat sur le berceau de la Compagnie de Jésus. Sa vie, comme on peut le voir dans le récit du P. Bartoli, abonde en actes héroïques et en fruits d'un apostolat des plus féconds. Saint Ignace le destinait à porter la foi au sein des populations de l'Extrême-Orient. Dieu voulait en faire

l'apôtre du Portugal, le fondateur et le père d'une province justement célèbre, dans les annales de la Compagnie de Jésus, par ses apôtres, ses saints et ses nombreux martyrs. Avec saint François Xavier, il fut envoyé en Portugal. Il s'y rendit par mer, tandis que Xavier prenait la voie de terre avec l'ambassadeur de Jean IV. Arrivé à Lisbonne, Simon prit logement à l'hôpital, et, dès le premier jour, il s'adonna, auprès du clergé, des grands, des pauvres et des prisonniers, à tous les ministères qu'il avait pratiqués, avec succès, à Venise et à Rome. Trois mois après, arrivait François Xavier. Simon se trouvait aux prises avec de violents accès de fièvre. En l'embrassant, Xavier le délivra instantanément de son mal. Plus tard, Simon lui-même, en embrassant Vincent Rodriguès et en disant une messe pour Gonsalve de Sylveira, tous les deux sérieusement malades, les guérit tous les deux, pour les envoyer, l'un évangéliser les sauvages du Brésil, l'autre cueillir, dans les Indes, la palme du martyre. Un ambassadeur royal des Indes et un Sarrasin d'Afrique, de haut lignage, étant venus à Lisbonne et s'étant trouvés en relation avec le P. Rodriguès, celui-ci les convertit à la foi et en fit de fervents chrétiens. Plus de cent jeunes étudiants de l'Université de Coïmbre, subjugués par l'éclat de ses vertus, demandèrent à faire partie de la Compagnie, et furent admis par lui et formés aux plus solides vertus, dont il ne cessait de leur donner l'exemple. Souvent il en envoyait quelques-uns parcourir, de nuit, les rues de la ville, en répétant à haute voix : L'enfer est préparé pour ceux qui vivent dans le péché ; ou encore : La mort approche et le pécheur, pendant ce temps-là, ne cesse pas d'offenser Dieu. Oh ! folie ! Le roi le choisit pour précepteur de son fils. Plus tard, il voulut le faire nommer évêque de Coïmbre et lui confier la direction de sa propre conscience. Simon refusa obstinément toute dignité ecclésiastique et ne consentit qu'après l'avis de saint Ignace à diriger l'âme du roi. « Deux choses, disait-il, m'ont surtout contristé « dans la vie : la nécessité de renoncer à l'apostolat dans les Indes, et l'obligation « de vivre au milieu des grands : la cour est pour moi une prison, un vrai purga- « toire. »Pour donner ses leçons à son royal élève,il s'y rendait tous les jours, en un costume des plus pauvres, avec des habits vieux et rapiécés. Après avoir gouverné, pendant douze ans, la province de Portugal, il fut nommé Provincial d'Aragon. Sa santé, affaiblie par l'âge et par les austérités, ne lui permit pas de conserver cette nouvelle charge, et, avec l'autorisation du saint Fondateur, il se retira dans la solitude de San-Fins où on le surprit, un jour, en extase et élevé au-dessus de terre. Par suite des austérités qu'il n'avait pas cessé de pratiquer avec une constante rigueur depuis sa réunion avec saint Ignace, il était devenu d'une extrême maigreur. Il avait imprimé en caractères sanglants, sur sa poitrine, le signe adorable de la croix, par de si profondes incisions qu'après plus de quarante années, sur son lit de mort, il lui fallut en avertir deux de ses enfants et leur découvrir ce qu'il appelait son indiscrète ferveur, de peur qu'après son dernier soupir on ne soupçonnât, dans cette plaie encore si vive, une intervention miraculeuse de Notre-Seigneur. Appelé à Rome pour s'expliquer sur des imputations calomnieuses, dont il avait été l'objet auprès de saint Ignace, il demanda instamment . des juges qui reconnurent à l'unanimité sa bonne foi dans certaines mesures administratives en soi repréhensibles, mais sans grande importance. Le P.Simon reconnut avec une profonde humilité ses torts ; il les exagéra même dans une

lettre envoyée en Portugal, au point que saint Ignace crut de son devoir d'en écrire une autre, pour rétablir la vérité et faire connaître son opinion et celle des Pères qu'il lui avait accordés pour juges. Il mourut, le 15 juillet 1579. Au moment où il rendit son dernier soupir, une grande lumière parut au-dessus du collège. Le P. Vito Linero hérita du bâton qui soutenait là marche chancelante du saint vieillard. Il l'emporta en Allemagne. Sur la route, ayant rencontré, dans une maison, un enfant à toute extrémité et abandonné des médecins, il lui appliqua le bâton qu'il portait ; l'enfant fut instantanément guéri et se mit à courir, transporté de joie, dans l'appartement. Cf. Simon Rodriguès, De orig. et prog. Soc. ; Hist. Soc, P. 1, lib. i-xiv, passbn ; P. 11, lib. 1, n° 74; p. 11, lib. 1, n° 65; P. iv, lib. vu, n° 233-291 ; Rho, Var. virt, pag. 280, 546; Nadasi, Ann. die. mem., 15 jul. ; Tanner, Apost. imit, pag. 161. ; Alcazar, Chrono. Hist., P. 1, pag. xxxii. 242; Drews, Fast. Soc. /es., pag. 270.; Patrign. tom. m, 15 juillet, pag. 109.

18. (Page 149.) — Saint Ignace connut Jérôme Natal, dès les premiers jours de son arrivée à Paris, et, ravi des dons naturels et surnaturels qu'il avait découverts en lui, il mit tout en œuvre pour le gagner; mais ce fut en vain. Un jour qu'il le pressait davantage de rompre avec le monde, Jérôme, s'étant aperçu de ses projets, tira de son sein le livre des Évangiles, et lui dit : « Voilà celui <( que je veux suivre ; je suis en sûreté avec lui. Mais pour vous et vos compa- « gnons, je ne sais trop quelle fin vous aurez ! » Et il brisa dès lors toute relation avec eux. De retour à Majorque sa patrie, Jérôme Natal, que l'esprit de saint Ignace avait déjà pénétré, s'adonna avec ardeur à l'œuvre de sa sanctification et du salut des âmes. Bientôt, par une lettre de saint François Xavier, il apprit, avec les prodiges de conversions opérés dans les Indes, que l'œuvre de saint Ignace avait été approuvée par le Saint-Siège. Jérôme partit pour Rome et alla se mettre sous la direction de saint Ignace, et, après treize jours de retraite, durant lesquels le démon lui livra de terribles assauts, il s'engagea par vœu à vivre et à mourir dans la Compagnie. Son zèle sur les galères d'Espagne qui portaient la guerre en Afrique, ses travaux apostoliques en Sicile où il fonda des maisons pour les repenties, des hôpitaux pour les pauvres, des monts de piété et des confréries, lui acquirent une telle réputation de sainteté que « personne, dit le « P. d'Oultreman, n'eût osé lui refuser chose qui fût pour le service de Dieu ». Notre-Seigneur lui réservait la grande mission de répandre dans presque toutes les Provinces de la Compagnie, !e véritable esprit de saint Ignace, soit comme vicaire et coadjuteur de notre saint Fondateur, soit en promulguant et expliquant tour à tour ses Constitutions, en Espagne, en Portugal, en France, dans les Pays-Bas, en Allemagne et en Italie. « Et partout où il passait, disent les « innombrables informations envoyées de toute part à saint Ignace, au P. Lay- « nez et à saint François de Borgia, il répandait une telle ferveur et un tel désir « de faire connaître et aimer Jésus-Christ, que les plus saints semblaient n'a- « voir pas encore su jusqu'alors ce que c'était que de glorifier et de faire glori- « fier Dieu. » Jérôme Natal, né vers la fin de l'an 1507, finit ses jours au noviciat de Saint-André, à Rome, le 3 avril 1580. Il composa des méditations et des notes sur les Évangiles du dimanche qui parurent à Anvers, en 1594, illustrées par de nombreuses et belles planches in-folio gravées sur cuivre. On a de lui

encore des Scholies sur les Constitutions et Déclarations de saint Ignace, des avis aux supérieurs, imprimés à Prato, en Toscane, et enfin des platicas ou exhortations, Ms. conservé dans la bibliothèque royale de Madrid. Cf. Hist. Soc. P. 1, lib. v, vin, ix, xi — xvi passim ; P. 11, lib. 1 — vu passim ; P. m, lib. 1 — iv, vu, vin passim ; P. iv, lib. 11, n° 45 ; lib. vin, n° 24, 29, 31, 32 ; Rho, Variœ virtuî. hist. pag. 144, 45i;Drews, Fast. soc. /es., pag. 458 ; Bartoli', Uominie fatti, lib. 1, cap. 13 ; Patrign., tom. 11, 2 avril, pag. 27 ; H. Fisquet, Notice sur le P. Jérôme Natal. Paris 1856.

19. (Page 155.) — Ribadeneira dit que tous étaient maîtres en philosophie : Todos estos siete, acabado su curso de filosofia, y habiendo recebido el grado de maestros, y estudiando ya teologia, el ano de 1534, dia de la Asuncion de Nuestra Senora, sefuero?i â la iglesia de la misma Peina de los ângelos, llamada Mons Martyrum... Cf. Vida, lib. iv, c. 4. Du temps de saint Ignace, on donnait communément le titre de maître es-arts à ceux qui n'étaient encore que licenciés. On en trouve la preuve dans une lettre de saint Ignace â Agnès Pascual le 13 juin 1533 : « Ce carême, je me suis fait recevoir maître es-arts, et cela a « entraîné des dépenses inévitables qui sont allées au delà de ma position et de « mes ressources. » Cf. Carias de san Ignacio, v. Tous avaient obtenu le diplôme de licencié ; mais deux seuls, Xavier et Laynez, étaient alors maîtres èsarts ; Ignace conquit ce diplôme, le 14 mars 1535; Le Fèvre, Salmeron et Bobadilla, le 3 octobre 1536, et Rodriguez, le 14 mars de la même année. On conserve tous les diplômes authentiques, dans les archives du Gesu. Cf. Acta Sanctorum, Jul., tom. vu, pag. 452, n° 168.

« Il n'y avait avec les Pères, dit le P. Simon Rodriguès, aucune personne « étrangère. C'était un samedi, et la confrérie des orfèvres et bourgeois de « Monsieur saint Denis des Martyrs-les-Montmartres ne devait pas s'y réunir « ce jour-là. La Mère Pérette Roudlard, qui estoit sous-sacristine lorsque le « bienheureux Ignace de Loyola, fondateur de la Compagnie de Jésus, vint « faire ses vœux à la chapelle des Martyrs, eut le bonheur de le voir et de lui « donner les clefs de la dite chapelle. » Cf. Simon Rodriguès, De orig. et prog. Soc. comment, pag. 14 ; Chartes de V abbaye royale de Montmartre, publiées par E. de Barthélémy, pag. 54.

20. (Page 155.) — Le mont des Martyrs, Montmartre, a reçu son nom des martyrs Denis (premier évêque de Paris), Rustique et Eleuthère, ses compagnons, et de plusieurs autres saints personnages, qui vivaient retirés dans les carrières ou catacombes, et qui subirent le martyre vers la même époque. Une église y fut élevée par la piété des fidèles. Les premiers actes relatifs à ce lieu vénérable remontent au XIe siècle. On y lit la donation qui fut faite de l'église au monastère bénédictin de Saint-Martin des Champs. Au penchant de la colline, à 600 pieds environ de distance était une crypte où, suivant la tradition, saint Denis célébrait les saints mystères pendant la persécution. Une autre tradition y place le lieu de son martyre. Il existait là deux oratoires : l'un inférieur dans la crypte, et l'autre construit au-dessus. — En n 34, Louis le Gros fonda à Montmartre, un couvent de religieuses bénédictines, duquel il fit dépendre l'église et la chapelle. Les moines de Saint-Martin reçurent une autre église. La nouvelle basilique de Montmartre, qui fut édifiée sur les fondements de l'ancienne, fut

consacrée par le pape Eugène III, en 1147. Elle formait deux églises : l'une dans la partie inférieure de la nef, était l'église paroissiale, dédiée à la très sainte Vierge et à saint Denis, évêque et martyr: l'autre, qui comprenait la partie supérieure de la nef et l'abside, était la chapelle des religieuses, sous le vocable de Saint-Pierre, apôtre. Cette basilique est l'église de la paroisse actuelle de Montmartre. La petite chapelle au penchant de la colline était dédiée à saint Denis et à ses compagnons, martyrs. On l'appelait la chapelle du Martyre. L'oratoire, placé sous cette chapelle, fut de tout temps l'objet de nombreux pèlerinages. Saint Bernard, qui la visita, en 1147, y laissa sa chasuble brodée en argent. On v conserva cette relique jusqu'à l'incendie de 1559, époque où la sacristie de l'église et une partie du couvent furent consumées par les flammes.

Sur l'autel, un tableau représentait le P. Le Fèvre, administrant la sainte Eucharistie à ses compagnons dont le premier lit la formule des vœux.

En 1790, l'abbaye fut supprimée par un décret de l'Assemblée nationale, et bientôt le domaine entier fut vendu, comme propriété de l'État. A cette heure, la chapelle et les bâtiments ont disparu, et leur sol même a été profondément creusé par des carrières : les terrains divisés en parcelles se sont couverts de bâtiments ; et nous pouvons seulement indiquer l'ancien emplacement de la vénérable chapelle : c'est à l'angle formé par la chaussée des Martyrs et par la rue Antoinette. Le terrain de la chapelle se trouve, selon toute apparence, partiellement occupé par la maison formant l'angle inférieur des deux rues. Cf. Gallia christiana, tom vu : Histoire de Montmartre par l'abbé Ottin.

21. (Page 156.) — Les visites fréquentes de saint Ignare et de ses compagnons, à l'église de Notre-Dame-des-Champs, donna lieu plus tard, au rapport du P. Manare, à une tradition d'après laquelle on crovait à cette époque que le vœu d'aller en Terre-Sainte et de se mettre à la disposition du Souverain-Pontife avait été fait à Notre-Dame-des-Champs, après la réunion à Montmartre, où l'on avait émis les trois vœux de religion. Cette tradition que les Bollandistes considèrent comme non fondée n'est mentionnée que par le P. Olivier Manare. Cf. Acta Sanctorum, Jul., tom. vu, pag. 454, n° 179.

22. (Page 156.) — « Ceux qui se trouvèrent a cette première réunion étaient « Ignace, maître François (qui n'avait pas encore suivi les Exercices), moi Le « Fèvre, maître Bobadilla, maître Laynez, maître Salmeron, maître Simon Ro- « driguez. Car le Jay, venu à Paris, n'était pas encore déterminé à nous suivre, « et maître Codure ainsi que maître Paschase Broët n'étaient pas encore reçus. « Les deux années suivantes, c'est-à-dire 1535 et 1536, nous nous rendîmes « tous, le même jour, au même sanctuaire, pour confirmer la détermination que « nous avions prise ; et chaque fois nous y trouvions un grand accroissement de « vie spirituelle. En ces deux dernières années, maître le Jay, maître Jean Co- « dure et maître Paschase Broët étaient déjà avec nous. » Mémorial du B. Pierre Le Fèvre, Bouix, pag. 14.

23. (Page 158.) — Le P. Simon Rodriguès, qui était présent à l'émission des premiers vœux et, les deux années suivantes, à la rénovation de ces vœux, raconte les faits comme le P. Le Fèvre : « Ce vœu, si je m'en souviens bien, « fut fait pour la première fois, l'an 1534, le 15e jour du mois d'août, fête de l'As- « somption de la bienheureuse Vierge Marie, laquelle sainte Vierge tous les

« Pères (cundi patres) choisirent, en cette affaire, pour inspiratrice, patronne et « avocate auprès de son Fils Jésus, Notre-Seigneur; prenant aussi pour interces- « seur le bienheureux martyr Denis, dans l'oratoire duquel ces vœux furent « d'abord émis. Ils décidèrent, en effet, que ce vœu se ferait dans cette chapelle « du bienheureux Denis qui est située à mi-côte de la montagne des Martyrs, « environ à un mille de la ville, solitaire, éloignée de tout bruit et de tout con- « cours de la foule. Et afin d'offrir à Dieu leur holocauste avec plus d'ardeur, « ils le firent précéder du jeûne, de la méditation des choses divines, de l'expiait tion de leurs péchés et d'autres mortifications corporelles. Mais à ce vœu « qu'ils confirmèrent les deux années suivantes, au même jour, au même lieu, « dans la même chapelle de Saint-Denis, avec la même cérémonie, par suite de « certaines causes [par suite de son voyage en Espagne,] le P. Ignace n'était pas « présent. Cependant, tout se faisait par son conseil et sa décision. Je ne sais « pas bien non plus si la deuxième année le P. Claude le Jay fut présent à cette « confirmation du vœu ; mais il y fut la troisième et dernière, ainsi que les deux « autres Pères qui s'étaient joints au reste de la troupe. » Cf. De orig. et prog. Soc. Comment., pag. 13.

« Chaque année, dit le P. Manare, les Pères et les Frères se rendaient à Mont- « martre pour s'y confesser, communier et renouveler secrètement leurs vœux, « comme c'était alors l'usage. Moi-même j'ai pris part à cette solennité, en 1548 « et 1549. Mais, après que les nôtres furent réunis en communauté au Collège « de Clermont, nous commençâmes à renouveler nos vœux dans la chapelle do- « mestique. » Cf. Acta Sanctorum., Jul., tom. vu, pag. 454, n° 177.

24. (Page 159.) — Une grande plaque de bronze doré, fixée sur un marbre noir et scellée dans le mur, contenait l'inscription suivante :

SlSTE VlATOR

atque in hoc martyrum sepulcro probati

Ordinis cunas lege,

SOCIETAS JESU,

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