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45. (Page 178.) — « Cum itaque nos alias, postquam dilecti filii, Ignatius « de Loyola et Petrus Faber, et Jacobus Laynez et Claudius Jaius, nec non « Paschasius Broet, et Pranciscus Xavier, ac Alfonsus Salmeron et Simon Rode- « ricus nec non Joannes Coduri et Nicolaus de Bobadilla, socii Societatis Jesu « nuncupatse, presbyteri, etc. » Cf. Instit. litter. apostol. Regimini militantis, 27 sept. 1540, pag. 1, et Injunctum Nobis, 14 mars 1543, pag. 5. Florentiae, 1886.

46. (Page 179.) — Cf. Instit. litter. apostol. Exposcit debitum, 21 jui. 1550, pag. 20.

Histoire de S. Ignace de Loyola. 25

« Nobiscum, sed non fuerunt ex nobis ; neque enim pudet dicere quod dicit « eyangelista Joannes. » S. Amb.. epit., 82.

« Hoc de apostatarum fictis rumoribus nascitur ; neque enim possunt laudare « eos, quirecedunt. » Liv. IV, ep. 2, édit. d'Erasme et lettre 55, édit. des Bénéd.

47. (Page 180.) — Cf. Oliv. Manare, De reb. Soc. comment., cap. vm, § 2.

48. (Page 182.) — Lors de l'épouvantable orage qui fondit à Tolède sur la Compagnie, Ignace, s'entretenant sur ce sujet avec le P. Ribadeneira, lui dit avec beaucoup de tranquillité et le visage tout joyeux : « Je viens de recevoir une « lettre qui m'annonce d'heureuses nouvelles.» Et, racontant ce dont il s'agissait, il ajouta : « Nous devons regarder cette persécution comme une grande félicité, « puisque nous n'avons rien fait pour la provoquer. Elle est, en effet, une preuve « évidente que Notre-Seigneur nous fera recueillir de grands fruits dans cette « ville. Les moissons, dont la terre se couvre, sont d'autant plus riantes et plan- « tureuses que l'hiver, qui a précédé, a sévi avec plus de rigueur ; et c'est une « chose reconnue que la Compagnie a produit des fruits plus abondants là, où « les nôtres ont plus souffert. » — « J'ai entendu notre B. Père dire un jour au « P. Louis Gonçalvès, raconte le P. Manare, que lorsqu'il recevait de divers « côtés des lettres remplies de bonnes nouvelles, il soupçonnait que, quelque « part, la Société ne se montrait pas entièrement fidèle à servir Dieu et à se dé- « vouer à sa gloire. » Cf. Manare, De reb. Soc. comment, chap. vin, § 6 ; Hist. Soc. p. 1, lib. xi, n° 60 ; lib. xiv, n° 9.

49. (Page 182.) — Après avoir énuméré dans une lettre à Jean III, roi de Portugal, huit procès qu'il eut à subir à Alcala, à Salamanque, à Paris,à Venise, à Rome, Ignace ajoute: « Ni dans ces huit procès, ni depuis, je n'ai jamais été, « grâce uniquement à la miséricorde divine, condamné pour une seule propo- « sition, ni pour une seule syllabe ; je n'ai jamais reçu le moindre châtiment, et « n'ai jamais été banni d'aucune contrée. Si Votre Altesse désire savoir pourquoi <i j'ai été l'objet de tant d'enquêtes et d'une pareille inquisition, je puis lui dire « que ce n'est pas parce que l'on trouvait en moi quelque erreur des schis- « matiques, des luthériens ou des illuminés ; car je n'ai jamais eu de rapport <i avec eux, et je ne lésai jamais connus, mais parce que l'on trouvait étrange, suris; tout en Espagne, que n'ayant pas étudié, je prisse la liberté de parler longue- « ment et de m'entretenir de choses spirituelles. C'est une vérité dont le Seigneur, « qui m'a créé et qui doit me juger pour l'éternité, m'est témoin, que je ne « voudrais pas, pour toute la puissance et toutes les richesses temporelles, qui « sont sous le ciel, que tout ce que je viens de dire ne me fût pas arrivé ; et que « mon désir présent est qu'il m'en arrivât beaucoup plus encore à l'avenir, à la « plus grande gloire de sa divine Majesté. » Cf. Cartas de san Ignacio, lu.

50. (Page 184.) « Quis fecit ventis pondus ? » Job, xxvin, 25.

51. (Page 185.) — Cf. Cartas de san Ignacio, tom. 11, App. II, n° 14.

52. (Page 185.) — <i Votum autem, si recte memini, primo nuncupatum est « anno i534,die Augusti i5,eteodemBeatse Marise Virginis Assumptionis sacro, « quam quidem Virginem cuncti patres fautricem, hac in re, adjutricem atque « advocatam, apud filium Jesum Dominum nostrum, susceperunt. » Cf. Rodriguès, De orig. et progr. Soc. comment., pag. 14, Romœ, 1869.

53. (Page 185.) — Le P. Carlos Sommervogel, dans sa Bibliotheca Mariana, publiée à Paris, en 1885, a réuni les titres de 2207 ouvrages composés par les Pères de la Compagnie, pour établir ou propager le culte de la sainte Vierge. Dans ce catalogue, ne figurent point les divers traités théologiques, les panégyriques et les méditations qui se trouvent dans les cours de théologie, dans les recueils de sermons et de méditations. En 1620, le P. Jean Borghèse fit paraître à Douai le livre suivant qui traite de la protection spéciale de la sainte Vierge sur la Compagnie : Societas Jesu Mariœ Deiparœ Virgini sacra sive de Patrocinio et cultu Deiparœ Virginis ad hommes ejusdem Societatis, liber unus. Auctote R. P. Joanne Borghesio Societatis Jesu theologo. Duaci. 1620.

54, (Page 186.) — Le B. Canisius publia, contre les Centuriateurs de Magdebourg, un commentaire en cinq livres sur la sainte Vierge : De Maria Virgine incomparabili et Dei génitrice sacrosancta. Dilingge 1571, sans compter tout ce qu'il dit, à la louange de la Mère de Dieu, dans ses autres ouvrages. Ce commentaire est inséré dans la Summa aurea de laudibus B. Virginis Mariœ de Migne, tom. vin et ix, col. 613-1450, col. 9-408.

Le P. François de Torrès, théologien du Souverain-Pontife au concile de Trente, appelé par ses contemporains un grand docteur de l'Eglise, fut amené à entrer dans la Compagnie par les exemples de vertu des Pères Laynez et Salmeron, pendant la tenue du concile. Il se trouva au noviciat avec saint Stanislas Kostka,Stanislas Warscewizki, l'apôtre de la Pologne, Fabius de Fabiis et Claude Aquaviva qui fuyait la pourpre romaine.Jamais peut-être, dit le P. Sacchini, aucun noviciat ne fut et ne sera plus florissant : Sed inter omnes spectabilis erat, cana Turriani sapientia, ab ore f/iagistri pendens, et prima quodammodo eîementa discens abscoîidiiœ mundo sapieniiœ. Les pieux et savants cardinaux Stanislas Hosius et Baronius recouraient fréquemment à ses lumières et s'honoraient de son amitié. Lorsque la liturgie romaine fut corrigée, sous le Pontificat de saint Pie V, les principaux réviseurs proposèrent au Pape de retrancher, du nombre des fêtes de Notre-Dame, celle de sa Présentation au temple, comme de tradition trop moderne. Mais, grâce à son érudition, François de Torrès trouva, dans l'antiquité, des preuves si fortes en faveur de cette pieuse solennité qu'elle fut conservée à la dévotion des fidèles. Le Père de Torrès mourut, le 21 novembre 1584, fête de la Présentation, dans la maison professe de Rome. Cf. Hist. Soc, P. ni, lib. III, n°47, 89 ; Patrign., tom. iv, 21 novembre, page 154.

Le P. Richeome, né à Digne, en 1544, entra dans la Compagnie, à l'âge de 21 ans, et mourut à Bordeaux, en 1625, âgé de plus de 80 ans. Trois fois Provincial de France et sept ans Assistant à Rome, il fut honoré de l'estime des personnages les plus distingués, et en particulier de Henri IV qui lisait assidûment ses livres. Il composa sur la sainte Vierge les ouvrages suivants : Le Pèlerin de Lorette, vœu à la glorieuse Vierge Marie Mère de Dieu pour Mgr le Dauphin. A Bordeaux, 1640, pp. 983. — La sacrée Vierge au pied de la croix. A. Arras, in-12, pp. 163. Cf. Nadasi, Ann. die. mémo., 15 septembre; Patrign., tom. m, 15 septembre, page 134.

Le P. Pierre Coton, né à Néronde, dans le diocèse de Lyon, entra au noviciat d'Arone, à l'âge de 20 ans, et se distingua par son génie supérieur, son savoir, son éloquence et plus encore par sa vertu. La première fois que Henri IV l'entendit prêcher, il le choisit pour confesseur et lui confia ensuite l'éducation de

Louis XIII. Il obtint, à force d'instances, que le roi ne demandât pas le chapeau de cardinal pour lui, comme ce prince en avait le désir. Plusieurs fois, on le vit élevé de terre et resplendissant de lumière dans l'oraison. Il mourut à Paris, le 19 mars 1626. Le P. Coton publia dans son apologétique en six parties, une Apologie (la 5me) touchant les prérogatives, tiltres et passe-droicts de la très heureuse et très honorée Marie Mère de Nostre-Dieu, Avignon, 1600, in- 12 ; L'office de la Vierge Marie pour tous les temps de l'année, reveu et ordonné suivant la réformation du Concile de Trente, avec plusieurs pièces faites par le R. P. Coton de la Compagnie de Jésus. Le tout par le commandement de la Royne Régente. Paris, in-8°, pp. 634, 1618. Cf. Patrign., tom. 1, 19 mars, page 133 ; Lettre de Pelletier sur la mort du P. Coton, Provincial des Pères Jésuites. Paris, 1626.

Jean Pelletier, premier recteur du Collège Romain, fondateur du collège de Ferrare, appelé par saint Ignace le Saint Recteur, fut aussi le premier supérieur et le premier apôtre de la Compagnie dans le Languedoc. On lui donnait les titres glorieux de restaurateur du culte de la sainte Eucharistie, de colonne de la foi, de fléau des hérétiques, de docteur de Notre-Dame et de réformateur du Sacerdoce. En 1559, à la demande de l'évêque Robert de Pellevé, il vint avec le P. Edmond Auger à Pamiers, pour y fonder un collège. Au début, les élèves se rendaient au collège, en chantant les Psaumes de Marot ; mais, quelques mois après, ces enfants devenaient à leur tour les plus ardents catéchistes dans leurs familles et les plus utiles auxiliaires de Pelletier et d'Éd. Auger. Par une inspiration surnaturelle, semblable à celle du glorieux patriarche saint Dominique, au temps des Albigeois, Jean Pelletier conçut une ferme espérance que le plus sûr moyen de vaincre l'hérésie serait de remettre en honneur le culte, à peu près disparu, de la très sainte Mère de Dieu, de relever partout ses autels détruits, ses statues renversées, ses confréries, ses fêtes, ses pèlerinages. Il exécuta ce dessein avec tant de fruit et d'éclat, que bientôt tout le Languedoc ne le désigna plus que sous le beau nom de Docteur et d'Apôtre de Notre-Dame. Il mourut à Toulouse, en 1564, empoisonné par les hérétiques, qui, après l'avoir jeté en prison en haine de la foi, lui firent souffrir les plus cruels tourments. Cf. Oliv. Manare, De reb. Soc. comment., cap. vu, § 12, 13, 33; Hist. Soc, P. 11, lib. iii-vm, passim ; Nadasi, An?i. die. mem., ier janv. ; Drews, Fasi. Soc. /es., page 2 ; Patrign., tom. 1, ier janvier, page 6.

55. (Page 186.) — Le P. Martin Guttierez, un des grands contemplatifs de son temps, dont le zèle ardent faisait l'admiration du vénérable P. Dupont, se signala surtout par une dévotion incomparable à la Mère de Dieu. Marie le combla de faveurs. La sainte Vierge le visitait souvent. Elle le remercia d'avoir persuadé au P. Suarez de soutenir en public la thèse, depuis lors adoptée par les théologiens et les saints, que la grâce dont fut enrichie la Reine du ciel, surpasse, à elle seule, celle de tous les bienheureux et de tous les anges réunis. Elle lui apparut, un jour, plus éclatante que le soleil, couvrant de son manteau royal, tous les enfants de la Compagnie, pour lui donner à entendre, dit un de ses biographes, qu'elle était leur mère et les tenait tous sous les ailes de sa protection. Recteur du collège de Placencia, à l'âge de 33 ans, le P. Guttierez s'affligeait, outre mesure dans les premiers temps, des imperfections de ses inférieurs, tant il désirait en faire des saints. La sainte Vierge lui fit voir, un jour, dans un plateau d'or, un petit cœur étroit et comme étouffé entre deux gouttes de sang, et

lui demanda s'il le reconnaissait. — Non, répondit le P. Guttierez. C'est le tien, reprit alors la Reine des Anges; il ne faut que deux gouttes pour le submerger. Et, lui en montrant un autre large et qui se dilatait à l'aise : Voici, ajouta-t-elle, le cœur de Dieu que ne peuvent comprimer les flots de tous les péchés du monde. Imite-le. Le P. Guttierez se rendait à Rome, en traversant la France, lorsqu'il fut pris par les hérétiques, blessé d'un coup de poignard et jeté au fond d'un cachot, dans le château Cadillac, en Languedoc, où il mourut, le 21 février 1573. Sainte Thérèse le vit au milieu des saints, avec l'auréole des martyrs. Cf. Hisl. Soc, P. iv, lib. 1, nos 5, 6, 7, 8, 9 ; Rho, Var. virt., page 298; Alegambe, Mortes illust., page 68-75 5 Bartolî, Uomini e fatti, lib. iv, c. xn ; Tanner, Soc. Jes. usq. ad sang., page 5; Alcazar, Chrono. Hist., P. ir, page 436; Drews, Fast. Soc. Jes., page 70; Patrign., tom. 1, 21 février, page 185.

56. (Page 187.) — Le collège de Manrèse possède depuis peu le crucifix que saint Ignace portait, à son départ de Loyola, et qu'il garda jusqu'à son retour de Jérusalem. On le conserva longtemps, dans notre église de Barcelone. Au milieu des troubles politiques de notre temps, le F. Ducastell le remit au Dr Sola de Manrèse. A la mort de son père, le fils du Dr Sola a cédé au collège cette précieuse relique.

57.(Pagei87.) — Depuis les premiers jours de sa conversion jusqu'àsa vieillesse) saint Ignace porta, sur son cœur, cette image de Notre-Dame. Elle était peinte sur parchemin et encadrée de baguettes de bois doré. Cette précieuse relique se trouvait, en ces derniers temps, dans notre collège de Saragosse ; on la voyait à l'autel de saint Ignace, ornée d'un cadre fort riche incrusté de nacre et d'argent. En 1883, le cardinal Benavides, archevêque de Saragosse, en fit don à la maison de Veruela. Ce fut une occasion pour examiner de plus près cette relique. On trouva que l'image de Notre-Dame était une mauvaise et récente peinture, d'un dessin particulier et de dimensions fort différentes de l'image primitive. En soulevant la toile, on vit que l'on avait découpé la planchette de bois servant de fond, pour enlever l'ancienne image. Peut-être, à l'époque de l'exil, quelqu'un des religieux emporta-t-il cette relique. Personne ne sait ce qu'elle est devenue. Le cadre seul est resté. Cette image, dont les Bollandistes nous ont conservé la gravure et qu'on trouvera reproduite dans notre édition illustrée (page 201), a le cœur percé d'un seul glaive et non de sept.

58. (Page 187.) — Au temps où saint Ignace vint s'établir à Rome avec ses \ compagnons, la Vierge, appelée Notre-Dame de la Strada, était vénérée, dans une église paroissiale que, dès le XIIe siècle, Jules de Astallis avait fait construire, en son honneur, au pied du capitule. Saint Ignace conçut pour cette antique Madone, une dévotion particulière ; il la visitait souvent et aimait à célébrer le saint Sacrifice, à son autel. Plusieurs fois, mais sans succès, il avait demandé à Pierre Codace le desservant de l'église, de vouloir lui donner cette image, pour la placer dans l'église plus vaste et plus riche qu'il se proposait de construire à l'usage de la Compagnie. Un jour, Pierre Codace se donna lui-même à Ignace, et, en 1540, vers la fin de l'année, le Pape Paul III donnait à la compagnie l'église et, par suite, l'image de Notre-Dame de la Strada. Bientôt l'église ne fut plus suffisante, pour recevoir le concours toujours croissant des fidèles, et, en 1550, saint François de Borgia entreprit la construction d'une église et plus vaste et plus riche ; mais son projet ne fut réalisé que

plus tard, et dans des proportions plus grandioses, par le cardinal Alexandre Farnèse. Dans le plan du nouvel édifice, on réserva, entre le chœur et la \] chapelle de saint Ignace, un espace pour une petite chapelle, où l'on plaça la

statue de Notre-Dame de la Strada. C'est là, depuis que la chapelle existe, que les Pères font leurs vœux de profès. L'image a été couronnée une première fois d'un riche diadème par le chapitre de Saint-Pierre, en 1638, et, une seconde fois, en 1885, après que le sanctuaire eut été pillé par des voleurs. Depuis deux ans, les Pères Jésuites ont obtenu du Saint-Père de pouvoir réciter un office spécial de Notre-Dame de la Strada.

59.(Page 188.) — On connaît les insignes faveurs dont la Mère de Dieu combla Stanislas Kostka et saint Louis de Gonzague, ces deux enfants bien-aimés de Marie, ces deux gloires de la Compagnie de Jésus. L'un fut merveilleusement appelé, dès le sein de sa mère, à devenir un enfant de saint Ignace; l'autre, venu heureusement au monde, grâce à l'assistance de Notre-Dame de Lorette, reçut plus tard aussi, de Notre-Dame du Bon-Conseil à Madrid, l'ordre d'entrer dans la Compagnie.

Le V. P. Bernardin Realino, né le 1 décembre 1530, à Lecce, dans le royaume de Naples, se montra animé, durant sa vie, de la plus tendre et de la plus confiante dévotion à l'égard de la sainte Vierge. La Mère de Dieu lui apparut, une première fois, au sein d'une nuée resplendissante, et lui fit entendre distinctement ces paroles : Viens, mon ami, viens. Une seconde fois, elle se montra à lui, pour l'inviter à entrer dans la Compagnie de Jésus. Il fut admis par le P. Salmeron, le 13 octobre 1564. Peu de saints ont reçu comme lui, de leur vivant, d'aussi grandes marques de vénération pour leur vertu. A son lit de mort, les magistrats, suivis du conseil des anciens, vinrent lui signifier l'acte solennel rédigé l'année précédente, par lequel, au nom 'de toute la ville et du territoire de Lecce, ils le choisissaient pour protecteur et perpétuel avocat auprès de Dieu. Ils députaient en même temps quatre d'entre eux près de levêque, pour demander que, du vivant même de leur saint Père, on commençât le procès de ses vertus et de ses miracles, afin de pouvoir au plus tôt l'élever sur les autels, dès qu'il aurait reçu de Notre-Seigneur la couronne des Bienheureux. Le P. Realino mourut au collège de Lecce, le 2 juillet 16 16. Cf. Rho, Var. Virt., pag. 126,226, 325,392, 477, 569, 850; Tanner, Apost. imit., pag. 486 ; Drews, Fast. Soc. /es., pag. 252 ; Patrign. tom. m, 2 juillet, pag. 9 ; Fuligati, Vita del Padre Bernardino Realino ; Viterbe, 1644; Boero, Vita del V. P. Bernardino Realino. Roma, 1852.

Le P. Joseph Anchieta, surnommé par les Brésiliens et les Portugais l'Adam du nouveau Monde, à cause de l'empire qu'il avait sur tous les êtres de la création, fut reçu au noviciat,en 1551, par le P.Simon Rodriguès. Il avait fait vœu de chasteté, au pied d'une statue de la sainte Vierge, et dès lors, on put croire, à l'innocence de sa vie, qu'il était merveilleusement confirmé en grâce par l'Esprit-Saint. Envoyé au Brésil, en 1553, il fut, durant douze années, occupé aux études et à l'enseignement. Retenu comme otage parmi les barbares, il composa pendant sa captivité, sur les louanges de Notre-Dame,un poème latin de plus de quatre mille vers, qu'il écrivait, jour par jour, sur le sable ; il s'aidait ainsi à • graver ces vers dans sa mémoire. Devenu prêtre, riche de toutes les vertus religieuses, il prit rang, par les dons de prophétie et de miracles, parmi les plus

étonnants thaumaturges de l'Église. Les merveilles les plus inouïes lui étaient devenues si ordinaires, qu'elles lui échappaient en quelque sorte ; et il les multipliait, comme en se jouant, non seulement pour le salut des âmes ou le soulagement des corps, mais sur le plus léger désir de ses compagnons. Les serpents, les jaguars, les monstres des mers, s'approchaient familièrement, ou se retiraient à sa voix ; les flots s'arrêtaient à ses pieds, se recourbaient en voûte au-dessus de lui, comme lorsque au milieu d'un naufrage, on le trouva paisiblement assis au fond des eaux récitant son bréviaire. Il mourut,le 9 juin i597,àRérigtiba au Brésil. Cf. Hist. Soc. P., 1, lib. xm, n° 68; lib. xiv, n° 123, 124; Rho, Var. Virt., pag. 72, 105, 298, 351, 545, 792 ; Tellez, Chronica, P. 11, lib. v, c. 6 — 12, passim ; Nadasi, Ann. die vient., 9 juin ; Drews, Fast. Soc. Jes., pag. 219; Patrign., tom. 11, 9 juin, pag. 48 ; Beretaire, Jos. Anchietœ in Brasilia defuncti vita, Lugduni 161 7 ; Longaro d'egli Oddi, Délia vita del ven. servo di Dio P. Giuseppe Anchieta. Torino, 1824.

Le P. Thomas Sanchez, un des théologiens les plus éminents de son siècle, mourut, le 19 mai 16 10, à Grenade,en odeur desainteté.Notre-Dame des Saints- Fonts à Cordoue, en le guérissant miraculeusement, à l'âge de 16 ans, d'un bégaiement très prononcé, lui ouvrit les portes de la Compagnie. Depuis lors, il n'allait jamais à Cordoue qu'il ne passât, tout un jour, aux pieds de la Madone, pour la remercier du miracle opéré en sa faveur. Appliqué à la composition des ouvrages que la haine des Protestants et des Jansénistes s'étudia à travestir, il allait, tout le jour, sans jamais prendre aucune nourriture, avant l'heure du souper. Il ne s'interrompait que pour prier,de temps en temps. Ses austérités ne le cédaient pas à cette prodigieuse abstinence ; et l'on peut en juger par ce seul trait, que déjà sur son lit de mort, consumé par une fièvre ardante,il demeura trois jours entiers sans se résoudre à quitter le rude cilice dont il était revêtu. Cf. Drews, Fast. Soc. Jes., pag. 191 : Patrign. tom. 11, 19 mai, pag. 104.

Le P. Valère Ledesma obtint, après des instances répétées, lorsqu'il était déjà avancé en âge, d'aller évangéliser les Philippines. Il fut un des plus glorieux apôtres de ces îles lointaines. Homme d'oraison et de dévouement, chaque nuit, après trois heures de sommeil, il passait environ trois autres heures à prier, et reprenait ensuite quelques instants de repos, avant le signal du lever. Plusieurs fois, Notre-Seigneur approuva formellement ses desseins et lui promit son secours, en lui adressant notamment ces belles paroles : Tecum ego sumqui sum : Je suis avec toi, moi qui suis celui qui suis ! Longtemps avant sa mort, qui eut lieu au collège de Manille, le 6 mai 1639, la Mère de Dieu lui avait donné de sa propre bouche cette bienheureuse assurance : Mon fils, ne crains rien ; tu seras sauvé. Cf. Hist. Soc, P. 11, lib. 1, n° 61-67 ; lib. iv, n° 24 ; P. iv, lib. m, n° 15 ; Patrign., tom. 11, 6 mai, pag. 31.

Le P. Sébastien Barradas, surnommé par les Portugais V apôtre, le prophète, le nouveau Paul, n'avait pas encore atteint l'âge de seize ans, lorsque la sainte Vierge qu'il aimait et priait avec une tendresse toute filiale lui ordonna d'entrer dans la Compagnie de Jésus. Longtemps professeur d'Écriture sainte dans les Universités de Coïmbre et d'Evora, il composa son commentaire des saints évangiles, un des plus beaux livres qu'on ait écrits sur les mystères de Notre- Seigneur et de sa très sainte Mère. D'une mortification héroïque, il se flagellait souvent jusqu'à trois fois par nuit, et il poussait la rigueur jusqu'à prendre sou-

vent le peu de repos qu'il s'accordait, sur un lit tout semé d'orties ou d'épines. Il donnait aussi, en un jour, jusqu'à douze heures entières à la prière. Appliqué à la prédication, sa voix, sa conviction, sa parole entraînante remuaient profondément les multitudes. Dans l'espace d'un seul carême, à l'Université de Coïmbre, soixante de ses auditeurs se présentèrent à un seul monastère, celui des capucins, pour y obtenir l'habit de Saint-François, et le gardien finit par venir dire, en personne, au Recteur du collège de la Compagnie. Mon Pire, que le P. Barradas cesse de /n'envoyer des ?iovices, ou qu'il ??ie donne de quoi les nour-. rir ! Le P. Sébastien Barradas mourut à Coïmbre, le 14 avril 1615. Cf. Hist. Soc, P.v, lib. xxv, n° 24 ; Rho, Var. Virt., pag. 52, 35 x> 370, 394, 852 ; Nadasi, Annal, die mem., 14 avril ; Tanner, Apost. huit., pag. 464 ; Drews, Fast. Soc. /es., pag. 142 ; Patrign., tom. il, 14 avril, page 124.

60. (Page 189.) — Tout en s'adonnant aux œuvres de zèle, saint Ignace ne négligeait point les études. On possède le témoignage authentique de ses succès aux divers examens de bachelier, de licencié et de maître ès-arts. Allant, un jour, dire la messe à l'abbaye de Sainte-Geneviève, le P. Petau trouva par hasard un catalogue de gradués, parmi lesquels figuraient saint Ignace et ses compagnons ; il en adressa une copie à Rome, au P. Général. Dans le courant du mois de mars 1533 (1532 avant Pâques), Ignace obtint le diplôme de licencié qu'on appelait communément et qu'il appelle lui-même, dans sa lettre du 13 juin 1533, à Agnès Pascual, le diplôme de maître ès-arts. {Carias de san Ignacio v.) Deux ans après, le 14 mars 1534, après Pâques, il subissait avec succès le véritable examen de maître ès-arts, comme en fait foi le diplôme suivant. Cf. Acta Sanctorum, Jul., tom. vu, pag. 452, n° 168.

« Le Recteur de l'Université de Paris, à tous ceux qui verront les présentes, « salut dans le Seigneur, qui est le vrai Sauveur de tous. Comme tous ceux qui « professent la foi catholique sont tenus, et par naturelle équité et par la loi di- « vine, de rendre fidèle témoignage à la vérité, à plus forte raison convient-il que « les ecclésiastiques, maîtres en diverses sciences, chargés de scruter en toutes « choses la vérité et de l'enseigner aux autres, ne dévient jamais de la rectitude <l de la raison et de la foi, par désir de plaire ou pour tout autre motif. Désirant « donc rendre en ceci témoignage à la vérité, nous faisons savoir par la teneur « des présentes à tous et chacun de ceux qu'il appartient, que notre très aimée « et discrète personne, maître Ignace de Loyola, du diocèse de Pampelune, « maître ès-arts, a louablement et honorablement obtenu le grade de maître « dans l'illustre faculté des Arts de Paris, après avoir subi de sévères examens, « l'an de Notre-Seigneur 1534, après Pâques, selon les statuts et coutumes de la « faculté des Arts et avec les solennités accoutumées. »

« En foi de quoi nous avons jugé bon d'apposer notre grand sceau aux pré- « sentes. »

Fait à Paris, dans notre assemblée générale tenue solennellement à Saint- Mathurin, l'an du Seigneur 1534, le 14e du mois de mars.

Signé : Le Roux.

L'Université de Paris commençait l'année scolaire à Pâques. L'usage de commencer l'année au ier janvier ne fut universellement adopté en France qu'en 1567. De là les mots : avant et après Pâques. Au mois de mars 1535, on se trouvait dès lors, d'après cette manière de compter, dans l'année 1534. Cf. L'Art

de vérifier les Dates, Édit. de Paris 1770, tom. 1, pag. vin, ix. Au jour où Ignace et ses compagnons firent leurs vœux, à Montmartre, Xavier et Laynez étaient seuls maîtres ès-arts. S. Ignace obtint le diplôme le 14 mars 1535 ; Le Fèvre, Salmeron et Bobadilla, le 3 octobre 1536 ; Rodriguès, le 14 mars de la même année.

61. (Page 189.) — Ignace causait avec le docteur Fragus, lorsqu'un religieux vint prier ce dernier de l'aider à trouver un logement. Dans la maison où il habitait, les morts se succédaient, et tout portait à croire que ces nombreux décès étaient l'effet de la peste. Cette épidémie commençait à sévir dans la capitale. Le Dr Fragus et Ignace voulurent aller visiter cette maison et prirent avec eux une femme très habile à reconnaître ce genre de maladie. On constata bientôt tous les symptômes de la peste. Ignace entra dans l'habitation. Un malade gisait là, dans un lit. Ignace le consola, l'encouragea et de sa main toucha même une plaie ; puis il sortit. Mais peu après, il ressentit une douleur à la main et éprouva une telle frayeur d'avoir contracté la peste que, pour en triompher, il porta vivement son doigt à la bouche et l'y retourna plusieurs fois. Si tu as la peste à la main, se dit-il, tu V auras aussi dans la bouche. Et incontinent la

douleur qu'il ressentait disparut avec ses craintes. Toutefois, comme on sut qu'il avait pénétré dans une maison infestée par l'épidémie, on ne lui permit pas d'entrer dans le collège Sainte-Barbe ; et, pendant trois jours, il ne put suivre les cours. Cf. Acta Sanctorum, Jul., tom. vu, pag. 661, n° 83, 84.

62. (Page 190.) — Chaque vingt jours, il ressentait, pendant une heure, d'atroces douleurs suivies de fièvre. Une fois, la crise dura pendant 16 ou 17 heures. Cf. Acta Sanctorum, ibid.

63. (Page 193.) — Nous conservons une lettre de saint Ignace adressée à Jacques Cazador, archidiacre de Barcelone: Cf. Cartas de san Ignacio, vi. Elle est datée de Venise, le 12 février 1536. Dans son commentaire, Simon Rodriguès dit : « Le P. Ignace retourna en Espagne, plus d'un an avant que ses « compagnons ne quittassent Paris. Après avoir retrouvé en partie sa santé, il « vint à Venise, pour y attendre ses compagnons, comme c'était convenu avec « eux. » Cf. De orig. et prog. comment., pag. 16.

64. (Page 193.) — Ignace comptait se rendre, à pied, en Espagne ; mais ses compagnons, le voyant trop faible pour faire ainsi le voyage, lui achetèrent un cheval, sans le prévenir, et le lui firent accepter au moment du départ. Laynez dit qu'il fit néanmoins le voyage à pied et qu'il ne se servit de la monture que pour lui faire porter ses livres et quelques objets de première nécessité. Passant par Bayonne, il fut reconnu par des compatriotes, amis de la famille, qui donnèrent avis à Loyola de sa prochaine arrivée. A Saint-Sébastien, Ignace prit l'ancien chemin destiné aux chevaux et escarpé, qui passe par le village d'Asteasu, longe le pied d'une haute montagne, l'Hernio, d'où la vue s'étend sur l'Océan, et, courant entre les hauteurs de l'Arauntza et du Gainza, va aboutir au pont d'Azpeitia à côté de l'antique maison d'Emparan-Beccoa, la première de ce côté du village.

Informé de sa prochaine arrivée, son frère avait envoyé à sa rencontre deux hommes d'armes, pour l'escorter depuis la frontière. Ceux-ci le rencontrèrent, mais ne le reconnurent point dans son humble équipage ; de son côté, Ignace les prit pour des voleurs.

Pour se reposer un peu, le Saint s'arrêta à l'auberge de Iturriotz, hameau situé sur la hauteur et dominant la vallée. Peu après son arrivée, survint Jean d'Eguibar, son ami d'enfance. Apprenant qu'on venait de recevoir, dans l'auberge, un inconnu parlant basque, Jean alla regarder par le trou de la serrure, dans la chambre où s'était retiré le voyageur. « C'est Ignace ! » s'écria-t-il en le voyant; et, au plus vite, il descend la côte par Ezcurrua et Etumeta pour porter à Azpeitia et à Loyola l'heureuse nouvelle. Le bruit de l'arrivée du Saint se répandit aussitôt, et l'on résolut tout d'abord d'aller en grande pompe à sa rencontre ; mais, craignant de lui faire de la peine et peut-être même de le faire fuir, on changea d'avis.Un prêtre, D. Balthasar Arabaesa, fut chargé d'aller lui porter la bienvenue ; puis les parents, le clergé et un grand nombre de gens du village s'en allèrent sans bruit l'attendre, les uns derrière la maison d'Emparan ; les autres un peu plus loin à l'ermitage, aujourd'hui ferme de Landeta. Là, se croisent les deux routes d'Urrestilla et de Tolosa ; saint Ignace devait nécessairement venir par l'une des deux. Il arriva de fait par la seconde : passant par Ederrizaga et laissant le chemin de droite pour prendre un sentier qui, près du hameau d'Elormendicho, commence à descendre sur la gauche.

Après les premiers instants donnés aux salutations, à la joie, aux souhaits de bien-venue, commença une lutte non moins édifiante qu'acharnée entre le nouveau venu et ses parents. Ceux-ci voulaient le recevoir dans leur maison de Loyola ; lui s'en voulait aller tout droit par le chemin de Cestona à l'hôpital de Sainte-Madeleine où il alla, de fait, se loger. Ni prières, ni considérations d'aucune sorte ne purent triompher de la résolution qu'il avait prise, dans son humilité de vivre en vrai pauvre, tout le temps qu'il passerait dans sa patrie. Cf. Acta Sanctoritm, Jul., vu, pag. 456, n° 186-190; Maffei, Devita et moribus Ignatii, lib. 11, c. 1 ; Compendio de la vida de san Ignacio. Bilbao. 1872. Cap. vi, pag. 76.

65. (Page 197.) — « Après le sermon, on jeta les dés et les cartes à jouer « dans le ruisseau qui arrose Azpeitia, l'Urola, et, pendant les trois années qui suivirent, on n'en vit plus dans le pays. » Garcia, Vida lib. m, c. 6. Dans une lettre, qu'il adressa de Rome, en 1540, aux habitants d'Azpeitia, saint Ignace rappelle son dernier séjour à Loyola. « Je me rappelle souvent le temps que « j'ai passé au milieu de vous, les sentiments et la bonne volonté du peuple « qui adopta, avec tant de satisfaction et d'applaudissement, les saintes prati- « ques qui furent alors établies: comme , par exemple, de prier au son de la « cloche pour ceux qui sont en état de péché mortel, de secourir si bien les « nécessiteux, que personne ne fût plus forcé de mendier dans les rues, d'in- « terdire à tous, les jeux de cartes et de punir, par une peine sévère, ceux qui « les vendraient ou les achèteraient, enfin de faire disparaître, à tout jamais, « un exécrable attentat contre la majesté divine, qui consistait à ce que certaines « femmes osaient entourer leurs têtes d'ornements, marque et symbole d'une « vie sacrilège. Je me souviens du zèle religieux avec lequel vous commençâtes « à observer ces saintes lois et ces institutions, et vous y fûtes fidèles, tout le « temps que je demeurai parmi vous. » Cf. Car/as de san Ignacio, xxi.

66. (Page 198.) — Plus tard, saint Ignace envoya de Rome, en 1541, aux membres de cette confrérie, une Bulle du Pape et des indulgences précieuses : « J'ai cherché dans ma pensée, si, tout absent que je suis, je ne pourrais pas

« trouver quelque nouveau moyen de conduire à terme, au moins en partie, ce « que je m'étais proposé au milieu de vous. Or, ce qui fort à propos m'a donné « lumière, à ce sujet, c'est l'œuvre vraiment admirable qu'un religieux domi- « nicain de mes anciens et intimes amis a établie par l'inspiration et avec le « secours de Dieu, et qui rend au saint sacrement de l'Eucharistie l'honneur « et le culte qui lui sont dus. Aussi, m'a-t-il semblé bon de réjouir et'de fortifier « vos âmes dans le Saint-Esprit, en obtenant pour vous un Bref du Souverain- « Pontife. Ce Bref, que le bachelier Araoz est chargé de vous remettre de notre « part, contient deux ou trois indulgences qu'il indique. Elles sont d'un tel prix « et méritent d'être tenues par vous en si haute estime, que je ne saurais en « faire connaître la valeur, et que les paroles me manquent pour en parler « dignement... ». Cf. Cartas de san Ignacio, xxi, Le religieux dominicain, dont parle saint Ignace, est le P. Thomas Stella, de Venise, qui assista au concile de Trente et mourut évêque de Justinopolis. Il fonda une confrérie du Très-Sainl-Corps de Jésus-Christ, et en fit approuver les statuts par Paul III. C'est sans doute la Bulle d'approbation, datée du 30 novembre 1530, que saint Ignace envoya à Azpeitia.

67. (Page 198.) — Par une clause de son testament, dressé le 18 novembre 1538, D. Martin Garcia, seigneur de Onazet de Loyola, laissa une fondation à perpétuité de deux ducats d'or, pour que tous les jours, à midi, selon le désir de son frère Ignace, on sonnât trois fois la cloche de l'église paroissiale. Saint Ignace avait voulu par là inviter les fidèles à réciter, à genoux, un Pater et un Ave, pour obtenir à ceux qui se trouveraient en état de péché mortel d'en sortir, et leur faire dire un autre Pater et un autre Ave, pour que ceux qui prieraient de la sorte ne retombent point dans le péché. « J'aurais voulu, dit D. Martin, « laisser à mon frère Iûigo un tout autre souvenir ; mais il préféra celui-là, « parce qu'il offrait une satisfaction à son zèle pour le service de Dieu, et qu'il « me procurait un avantage. » D. Martin insiste, pour que ses dispositions testamentaires sur ce point ne soient et ne puissent être jamais changées : E quiero e mando que no se permutte en otra obra pia aunque haia licencia del Santo Padre que es 0 fuere ; e ruego al dicho miferedero e a sus successores lo guarden inviolabiliter despues de los dias mios e de mi viuger. Cf- Boletin de la real academia de lahistoria, tom. xix, n° 6. page 554.

68. (Page 200.) — Ignace apportait une lettre que François Xavier lui avait remise (le 25 mars 1535), pour son frère le capitaine Aspilcueta à Ovanos et où il signalait les services insignes que lui avait rendus Ignace de Loyola : « Afin « que vous sachiez clairement la grâce insigne que Notre-Seigneur m'a accordée, « en me faisant connaître Maître Ignace de Loyola, je vous affirme, dans cette « lettre, sur ma foi, que jamais de ma vie je ne pourrai m'acquitter de tout ce « que je lui dois. Non seulement c'est lui qui, maintes fois, par lui-même ou par « ses amis, m'est généreusement venu en aide, quand j'étais dans le besoin ; « mais c'est encore lui qui a été cause que je me suis éloigné de la compagnie « d'hommes pervers. Mon peu d'expérience m'empêchait de les connaître. Et « maintenant que le venin de l'hérésie, recelé dans leur âme, a infecté Paris, je « ne voudrais, pour rien au monde, avoir eu le moindre rapport avec eux. Ce « bienfait à mon égard, fût-il seul, je ne sais quand je pourrais payer à Maître « Ignace de Loyola la dette de reconnaissance qu'il m'impose. C'est parce qu'il

« a veillé sur moi, que je n'ai jamais eu d'entretien et que je n'ai point lié con- « naissance avec des hommes, qui au dehors semblaient être vertueux, mais qui « au dedans étaient remplis d'hérésies, comme leur vie l'a démontré. C'est pour- « quoi, je vous supplie de faire à cet ami par excellence de mon âme le même « accueil que vous feriez à ma propre personne, attendu que, par tout ce qu'il « a fait pour moi, je lui dois une reconnaissance sans bornes... » Cf. Cartas de sait Ignacio, tom. i, page 438.

69. (Page 203.) —A Valence, saint Ignace reçut l'hospitalité dans la maison de Martin Pérez, homme riche et charitable qui reconnut promptement sa sainteté et s'en fit le panégyriste. Cf. Garcia, Vida, liv. m, c. 7.

70. (Page 204.) — Saint Ignace arriva à Venise, vers les derniers jours de 1535. Dans une lettre qu'il écrivit à Jacques Cazador, archidiacre à Barcelone, le 12 février 1536, il dit : « Quinze jours avant la Noël, je fus retenu au lit à « Bologne, pendant sept jours, par des maux d'estomac, par le froid et la fièvre. « C'est ce qui me détermina à me rendre à Venise, où je suis depuis environ « un mois et demi. Ma santé s'est notablement améliorée, et j'ai le bonheur de « vivre dans la maison et la société d'un homme très docte et très vertueux ; en « sorte qu'il me semble que nulle autre part je ne pourrais être mieux, ni plus à « souhait. » Cf. Cartas de san Ignacio, vi.

71. (Page 204.) — Ils avaient fait le pèlerinage de Jérusalem, sur le conseil même d'Ignace. Après avoir suivi les Exercices sous sa direction, ils résolurent de suivre le saint Fondateur et entrèrent à Rome, dans la Compagnie. Etienne se sanctifia dans l'humble degré de F. coadjuteur, Jacques était prêtre. Laynez, le B. Pierre Le Fèvre et les autres Pères donnaient souvent à Jacques le nom de saint : Diego el santo . Un mot de saint Ignace donne une haute idée de son mérite : « Quand nous serons au ciel, Jacques sera si élevé au-dessus de « nous que nous aurons de la peine à le voir. » Cf. Garcia, lib. m, c. 8. ; Oliv. Manare, De reb. Soc. comment., cap. vin, § 18. ; Hist. Soc, P. 1, lib. 1, n° 54; lib. 11, n° 97 ; lib. xvi, n° 91. ; Nadasi, Ann. die mem., 15 juin. ; Alcazar, Chrono Hist., P. 1, page xciv. ; Patrign., tome ni, 15 juin, page 90.

72. (Page 206.) — Dans leur déposition pour le procès de canonisation, les PP. Laynez et Salmeron nous font connaître la vie qu'ils menaient tous, après le départ d'Ignace : « A la fête de l'Assomption, nous renouvelions nos vœux, à « Montmartre, et, ce jour-là, ainsi que plusieurs autres fois dans l'année, nous « mangions tous ensemble, étroitement unis pat la charité. Aux époques fixées, « mettant en commun ce que tous apportaient, nous nous rendions successive- « ment dans la maison de quelqu'un de nous. Ces réunions fréquentes et les « pieuses conversations, dont elles fournissaient l'occasion, servaient beaucoup à « entretenir en nous la divine ferveur. En ce même temps, le Seigneur nous « aida singulièrement dans nos études, et nous y fîmes d'assez grands progrès « que, par la grâce de Dieu, nous rapportions à sa gloire et au salut du prochain. « Mais nous dûmes surtout au secours divin l'ardente charité qui nous unit et « nous porta à nous assister mutuellement, même dans les nécessités tempo- « relies. Tel est le genre de vie que nous avait tracé le Père maître Ignace, en « nous laissant sous la conduite de l'excellent et bien aimé Père maître Le Fèvre, « qui était pour nous tous un frère aîné. »

73. (Page 207.) — Dans une lettre confidentielle, sur le choix du Patriarche d'Ethiopie, lettre qu'il écrit au P. Simon Rodriguès à Lisbonne, saint Ignace faisait plus tard l'éloge de Paschase Broët : « S'il entre dans les desseins de Dieu « Notre-Seigneur que quelqu'un de cette Compagnie aille en Ethiopie, je crois « que le sort tombera sur M. Paschase Broët. Du moins, si le choix m'en était « laissé, après avoir tout examiné, en général et en particulier, comme ma « conscience m'y oblige, je n'en choisirais point d'autre, et voici pourquoi. Sup- « posé qu'un profès seul convienne pour une pareille charge, ce que je n'oserais « affirmer, il me semble que trois choses sont grandement nécessaires à celui « qui devra la remplir : la bonté, la science et la dignité extérieure, avec des « forces et un âge convenable. Or, dans aucun membre de la Compagnie, je ne « trouve ces trois qualités, réunies au même degré que dans M. Paschase Broët. « Premièrement, il est d'une bonté telle, que dans la Compagnie nous le regar- « dons tous comme un ange. Secondement, à la science qu'il possède, il joint « une rande expérience en ce qui regarde la réforme des évêchés et des monas- « tères. Durant sa nonciature en Irlande, il s'est plus occupé de ces monastères v< que ne l'a fait aucun autre membre de la Compagnie. Il a admirablement con- « duit toutes les affaires qu'il a eues entre les mains ; car il est de son naturel « plein de sollicitude et très ami du travail et des livres, ayant constamment « une foule de cas épiscopaux et de cas de conscience à résoudre, ce qu'il devra « faire encore davantage en Ethiopie. Avec cela, il a un extérieur imposant, des « forces, de la santé, et il n'est âgé que d'environ quarante ans. » Rome, 26 octobre 1547. Cf. Cartas de san Ignacio. CXXII.

Paschase Broët évangélisa Sienne, Foligno, Montepulciano, Faenza et Bologne, avec le plus grand succès. Parlant des fruits de son ministère apostolique, l'évêque de Sienne écrivait à saint Ignace : « Le P. Paschase Broët exhorte « par sa parole, stimule par ses exemples, attire par son humilité et enflamme « par sa charité, tous les cœurs du désir du bien. » Avec le P. Salmeron, il fut envoyé en Irlande, comme nonce du Saint-Siège. En 1551, Ignace constitua, en Province, les maisons d'Italie et mit, à leur tête, le P. Paschase comme Provincial. Plus tard, il l'envoya à Paris, où le Parlement refusait aux Pères de la Compagnie d'user de leurs privilèges, comme préjudiciables aux droits des évêques. Paschase Broët s'abstint du ministère de la prédication et se borna à administrer les sacrements, dans l'église de Saint-Germain exempte de la juridiction de l'évêque. L'orage disparut bientôt, et Paschase Broët vit cinq collèges s'établir en France. Cependant une peste désastreuse vint fondre sur Paris et enleva plus de 80000 habitants. Les Pères Jésuites quittèrent Paris. Le P. Broët resta avec deux Frères coadjuteurs pour garder le collège,mais l'un de ces Frères tomba malade et mourut dans les bras du Père. Celui-ci contracta la maladie et succomba victime de sa charité, en 1562, à l'âge de 55. On trouva sur sa table la liste des objets qu'il avait touchés, en donnant ses soins au Frère malade. Il avait voulu prémunir contre le danger tous ceux qui viendraient ensevelir ses restes ou résider dans le collège. Cf. Sim. Rodriguès, De orig. et prog. Soc. comment., page n ; Oliv. Manare, De reb. Soc. comment, cap. vu, § 24, 25 ; Hist. Soc, P. 1, lib. 1-15 passm ; P. n, Ub. 1, n° 74 ; lib. 11, n° 30, lib. m, n° 65 ; lib. vi, n° 93-98 ; Rho, Varice virt. hist., page 820 ; Nadasi, Ann. dier. mem., page, 14 sept ; Alegambe, Heroes, cap. i-ix, page 1-17 ; Tanner, Apost. imit.,

page 76. ; Alcazar, Chrono-Hist., P. 1, page xcvi ; Drews, Fasti Soc. /es., page 359 ; Patrign., tome m, 14 septembre, page 103; Bonucci, Istoria délia Vita e preziosa morte del V. S. de Dio, il P. Pascasio Broël. Roma 17 13.

74. (Page 208.) — Cf. Acta Sanclorum, Jul., tom. vin, page 464, n° 233.

75. (Page 208.) — Pour se rendre à Venise, les voyageurs prirent, par la Lorraine, la voie la plus longue, mais la plus sûre en ce temps de guerre. Le Duc de Lorraine dont les états confinaient au royaume de France, et du côté de la Belgique aux possessions espagnoles, était en paix avec les deux monarques belligérants. Ignace avait écrit au confesseur de la reine de France : « Maître « Le Fèvre et sa compagnie auront à faire un voyage bien pénible. J'estime que <i par suite de la guerre et des grands troubles qui affligent la chrétienté, pour « le châtiment de nos misères et de nos péchés, ils se verront réduits à une « extrême nécessité. Je vous prie donc, pour le service et le respect de Dieu Notre- <i Seigneur, d'avoir à les aider et à les favoriser, dans la mesure que Dieu vous « inspirera et qui vous sera possible. Tout ce que vous ferez sera pour l'amour « et la gloire de la divine et souveraine Bonté, et je le regarderai comme fait à « moi-même. » Cf. Carias de san Ignacio. IX. C'est pendant la première nuit du voyage, que survint à Simon Rodriguès l'accident dont parle Bartoli. Le lendemain, au lever du jour, tout le mal avait disparu, sans laisser la moindre trace. Ils continuèrent leur marche jusqu'à Meaux, où ils devaient attendre leurs compagnons. Ceux-ci vinrent les rejoindre, cinq ou six jours après. A Meaux, ajoute Rodriguès, ils visitèrent le tombeau de saint Fiacre situé à deux lieues de la ville. Cf. Simon Rodriguès, De orig. et prog. Soc. comment., page 17-20.

76. (Page 208.) — « En 1536, le 15 novembre, nous partîmes tous de Paris, « pour l'Italie, sauf Ignace, qui un an et demi auparavant était parti pour <i l'Espagne, et qui de là s'était rendu à Venise, où il nous attendait. Nous y <i arrivâmes après les fêtes de Noël. Durant ce voyage, le Seigneur nous combla « de tant de bienfaits, que jamais on ne pourra les décrire. Nous allions à pied; « nous traversâmes la Lorraine, l'Allemagne et plusieurs villes déjà luthérien- « nés ou zwingliennes, parmi lesquelles Bâle, Constance, etc. C'était en plein <i hiver, et le temps était très froid. De plus, la France et l'Espagne se trouvaient <L alors en guerre. Mais le Seigneur nous délivra et nous préserva de tous les « périls. » Mémorial du B. Pierre Le Fèvre.

77. (Page 209.) — D'après le récit de Simon Rodriguès cette émouvante rencontre eut lieu, deux ou trois jours après le départ de Meaux. Cf. Simon Rodriguès, De orig. et prog. Soc. comme?it., page 23.

78. (Page 211.) — « Nos pèlerins, raconte le Père Rodriguès, voyageaient « vêtus d'un long habit usé, un bourdon à la main, sur la tête un chapeau à « larges bords et, sur le dos un sac de cuir contenant le bréviaire, quelques « livres et leurs écrits, un rosaire pendait ostensiblement à leur cou ; afin de « n'être point gênés dans leur marche, ils tenaient leur vêtement relevé par une « ceinture. » Cf. Comment, page 19. Après leur réunion à Meaux et avant de poursuivre leur voyage, ils se demandèrent s'il conviendrait de se rendre à Venise, en plusieurs groupes et demandant l'aumône ou de garder l'argent indispensable pour le voyage. Après s'être confessés et avoir communié, pour attirer sur eux

les bénédictions du ciel, ils résolurent de ne pas se séparer et de garder, à titre d'aumône reçue, la somme d'argent nécessaire pour le voyage. Cf. Simon Rodriguès, De orig. et prog. Soc. comment., page 22.

79. (Page 211.) — Ribadeneira fait dire à ce paysan : « Monsieurs réformateurs, ils vont reformer quelques pays. » Liv. il, c. 7. L'incident, selon le récit de Simon Rodriguès, « arriva aux derniers partis de Paris, après le premier jour € de marche, non loin d'une auberge quelque peu écartée du chemin. Des « paysans et des soldats les voyant passer dans leur singulier costume, furent <£ intrigués : Qui êles-vous? leur dirent-ils. D'où venez-vous? Où allez-vous? « Les Espagnols gardant le silence, les Français répondirent à ces questions : « Nous sommes des étudiants de Paris. Un soldat insiste : Mais quel est votre <i pays ? Êtes-vous carmes, moines ou du moins clercs ? Allons voyons, approchez- « vous ; il fious faut savoir qui vous êtes ? Mais une vieille femme qui se trouvait « là, s'adressant aux soldats, leur dit : Laissez donc partir ces hommes-là ; ils <L vont réformer quelque province. Les soldats se mettent à rire et laissent les « voyageurs poursuivre en paix leur chemin. Sur le territoire français, les « pèlerins, qui étaient français, se mêlaient à leurs compatriotes, dans de sem- <L blables rencontres, et liaient conversation avec eux, pour couvrir les Espagnols, <L dont deux seulement parlaient très bien la langue du pays. Si l'on demandait « aux Espagnols de quel pays ils étaient, ils devaient répondre qu'ils étaient des « étudiants de Paris. Ainsi, ils parviendraient à cacher leur nationalité. Pourtant, « un jour qu'un des Espagnols, parlant très bien le français, marchait avec un « soldat, celui-ci lui demanda de quel pays il était originaire. — Je suis un <i étudiant de Paris, lui répondit notre pèlerin. — ■ Le soldat insiste : 77 est « question de votre patrie ; d'où êtes-vous ? — Le Père lui fait la même réponse. «Le soldat vexé reprend: Oh ! cela je le sais. (Proh ! inquit, bellua pinguis- « sima, id ego scio) ; et, le quittant, il s'en alla avec d'autres. » Cf. De orig. et prog. Soc. comment., page 21.

80. (Page 213.) — Sur la frontière, avant de quitter le territoire français, ils se confessèrent et communièrent, comme pour dire un dernier adieu à la France. Après leur repas, un français appartenant à la noblesse, suivi de nombreux soldats, les aborda et engagea avec eux une vive discussion sur l'Église catholique et romaine ; mais, comme ils lui firent d'excellentes réponses, il s'en alla. Sur tout leur parcours, ils rencontrèrent des soldats qui se livraient à tous les désordres, et ils coururent de vrais dangers. A Metz, où l'on tenait enfermée pour l'empêcher de nuire cette soldatesque effrénée, ils purent entrer et séjourner durant trois jours, en se donnant comme des étudiants qui allaient faire un pèlerinage à Saint-Nicolas, dont le sanctuaire se trouvait en Lorraine, sur les frontières d'Allemagne. Cf. Simon Rodriguès. De orig. etprogr. Soc, page 25.

81. (Page 216.) — Tous les détails de ce long et périlleux voyage ont été consignés par Simon Rodriguès,l'un des neuf voyageurs, dans son commentaire, De orig. et prog. Soc, pag. 19-33.

82. (Page 217.) — « Étant donc arrivés à Venise sains et saufs, nous allâmes, « le cœur plein de joie, nous loger dans les hôpitaux, quatre dans l'hôpital de « Saint-Jean et de Saint-Paul, et cinq dans celui des Incurables. Là,nous devions « attendre le carême, pour aller alors à Rome demander au Souverain-Pontife,

« le pape Paul III, la permission de nous rendre à Jérusalem. » Mémorial dii B. P. Le Fevre.

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